Hommes et chiffres

Adrien Frigerio et Kélian This lèvent les verrous de l’analyse spectrométrique

Start-up. Percevoir est une deeptech dijonnaise issue du CEA Valduc, fondée par deux ingénieurs et docteurs en mathématiques.

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(Crédits : DR)

L’histoire de Percevoir commence en 2018, dans les couloirs du CEA de Valduc. Adrien Frigerio et Kélian This, alors ingénieurs et futurs docteurs en mathématiques, sont confrontés à une problématique opérationnelle sur la caractérisation des déchets radioactifs. À l’époque, les logiciels existants sont lents et manquent de précision, obligeant les opérateurs à prendre des marges d’incertitude conséquentes qui freinent la logistique du site.

Face à ce constat, les deux chercheurs décident de consacrer leur thèse à redévelopper une chaîne complète d’algorithmes de traitement du signal. Le succès est tel qu’ils réalisent que leur technologie peut s’appliquer à n’importe quelle donnée spectrométrique, aussi bien dans l’industrie, dans le traitement des déchets, que dans le médical.

Soutenue par le programme d’essaimage Magellan du CEA, la start-up, qui a déposé plusieurs brevets, voit officiellement le jour en mai 2025 à Dijon. Sa mission : transformer des données brutes réputées difficiles à interpréter - telles que les spectres d’émission - en informations claires, fiables et directement exploitables.

Rupture technologique et débouchées multiples

Contrairement aux solutions d’intelligence artificielle classiques qui peinent souvent à garantir la répétabilité des résultats, Percevoir « conçoit des instruments de perception artificielle à haute valeur métrologique, positionnés entre l’instrument de mesure et l’opérateur décisionnaire, qu’il soit humain ou algorithmique. Ces instruments, disponibles en ligne ou installés directement sur site, visent à améliorer la qualité des mesures, automatiser l’interprétation de signaux complexes et fiabiliser les processus industriels critiques, explique Adrien Frigerio. Aujourd’hui, il y a toujours un compromis à faire entre la rapidité de traitement, la profondeur de l’analyse et la qualité métrologique du résultat. Avec notre solution, ce compromis disparaît : on obtient très rapidement des résultats avec une très grande profondeur d’analyse, tout en maîtrisant les incertitudes sur nos résultats de A à Z. Ce qui permet aux équipes de se recentrer sur leur expertise, d’éclairer leurs décisions, pour favoriser l’action et l’innovation ».

Aujourd’hui composée de trois personnes, l’entreprise qui finalise le déploiement de sa solution a déjà contractualisé avec le CEA et objective que « pour fin 2026, nos premiers clients commencent à utiliser de manière routinière notre logiciel sans qu’on ait à intervenir ». Si le secteur nucléaire reste la priorité immédiate, avec des perspectives de déploiement à l’échelle nationale et européenne, Percevoir mène déjà en parallèle une diversification sur d’autres activités industrielles.

En rejoignant l’incubateur DecaBFC, la start-up a trouvé l’allier idéal pour assurer un relais dans l’accompagnement et la croissance de leur projet après avoir quitté le dispositif Magellan, mais également pour rompre l’isolement du créateur et tisser des liens avec le tissu industriel régional ainsi que l’écosystème lié à l’innovation.