Hommes et chiffres

Antoine Sportès : vignerons, vignes et champignons, le mariage parfait

Viticulture. Le projet Mycoptim, incubé par Deca-BFC, entend mesurer l’efficacité de la symbiose entre la vigne et les champignons du sol, un levier majeur de la transition agroécologique.

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Photo de Antoine Sportès
Antoine Sportès (Crédits : DECA-BFC)

Docteur en biologie moléculaire au sein de l’UMR Agroécologie de l’Inrae de Dijon, bénéficiaire du dispositif « itinéraire chercheur entrepreneur » de la région BFC, Antoine Sportès a consacré sa thèse, soutenue en 2023, à une alliance vieille de 450 millions d’années : la mycorhize. Le principe de cette association à bénéfice réciproque est simple : le champignon, composé de longs filaments blancs microscopiques, explore le sol pour dénicher de l’eau et des nutriments (phosphore, azote) qu’il livre à la vigne. En échange, la plante, grâce à la photosynthèse, lui offre du carbone. Ainsi, une vigne bien « mycorhizée » bénéficie généralement d’une meilleure croissance et d’une plus grande capacité d’adaptation aux contraintes de son environnement.

Mais comment savoir si ce réseau fonctionne vraiment sous nos pieds ? C’est tout l’enjeu de Mycoptim. « Jusqu’ici, l’analyse ADN permettait de savoir si un champignon était présent dans le sol, mais pas si son association avec la vigne était réellement fonctionnelle et bénéfique au moment du prélèvement ». Antoine Sportès a donc étudié le génome de la vigne en présence et en absence de champignon afin d’isoler des gènes qui seraient spécifiquement exprimés en cas de symbiose. À l’issue de ce long travail en laboratoire, le chercheur a identifié une quarantaine de « marqueurs fonctionnels de la mycorhize ». En déterminant et en quantifiant la présence sur le terrain de ces marqueurs, il est alors possible d’établir un score de performance de la symbiose.

Reprendre la viticulture à la racine

« Jusqu’ici, nous n’avions aucun outil pour déterminer comment la symbiose améliore la plante en conditions de production, chose que nous avons parfaitement démontré en laboratoire. Mais sur le terrain, rien ne nous permettait de dire si l’interaction était bonne ou pouvait être améliorée », explique le chercheur. Grâce à l’outil d’aide à la décision Mycoptim, qui prendra à terme la forme d’une application web et mobile, les viticulteurs pourront adapter leurs pratiques agricoles - comme l’usage de couverts végétaux ou la limitation du labour trop profond, qui peut briser ce précieux maillage - pour « bichonner » ces alliés invisibles.

« Notre travail sur la vigne présente de multiples enjeux à la fois environnementaux et économiques. En France, la viticulture occupe seulement 3 % de la surface agricole utile, mais elle consomme pourtant plus de 20 % de la masse totale des produits phytosanitaires. Ce constat fait de la vigne l’une des cultures prioritaires pour réussir une transition écologique efficace en réduisant les intrants chimiques grâce à des solutions naturelles comme la mycorhize », explique Antoine Sportès. « La vigne est une plante fragile soumise à de multiples stress abiotiques, tels que le gel, les fortes chaleurs, la sécheresse ou les pluies intenses, des aléas climatiques de plus en plus fréquents... Elle dépend donc énormément de la symbiose mycorhizienne pour sa croissance et son bon développement ».

Soutenu par l’incubateur Deca-BFC, et divers subventions publics (région BFC, Institut Carnot, Inrae Transfert), le projet bénéficie d’un réseau d’accompagnement et de conseil pour structurer sa future entreprise, dont la création est prévue d’ici un à deux ans. Au-delà des vignerons, Mycoptim lorgne également le marché des pépiniéristes pour labelliser des plants « pré-mycorhizés ». À terme, cette technologie pourrait même garantir une meilleure qualité de raisin et des vins (arômes, propriétés organoleptiques...).