Carole Grandgirard, peintre par nature
Art. En résidence à la Halle 38, les ateliers de la ville de Dijon, mis à disposition d’artistes émergents, elle créé une oeuvre aussi atypique que son parcours d’autodidacte.
Une meute de cochons, des oiseaux à l’immobilité glaçante, des carpes koï monstrueuses... sous des dehors baroques et une esthétique joyeuse, le projet de la peintre Carole Grandgirard baptisé « Tweed et pompons » opère des carotages dans la psyché de celles et ceux qui s’y perdent, happés par les entrelacs d’aplats colorés, prétexte à autant d’inquiétantes introspections.
Mais que veulent poissons, porcs dodus et ovins fluffy à ces femmes élégantes, héroïnes hitchcokiennes ou plus contemporaines - n’est-ce pas une sorte d’Anna Wintour en tailleur Chanel cernée de moutons chargés de colliers ? La ferme des animaux de Georges Orwell, tout comme le bestiaire d’Alice au Pays des merveilles ne sont pas loin, mais ce n’est pas tout... « J’ai voulu interroger notre rapport au monde animal, complète Carole Grandgirard. La façon dont on les pare, dont on les regarde, dont on s’en sert, dont on s’en inspire... Bref, notre rapport au vivant ». Rapport pour le moins chaotique même si se profile également une possible métamorphose, voire une fusion apaisée et futuriste des espèces... chacun son point de vue !
La vingtaine de tableaux qui constituera le projet Tweed et pompons marque en tous cas une véritable évolution dans l’œuvre de l’artiste, dont les explorations picturales précédentes (scènes de plages d’esprit Miami 1970 ou French Riviera, tranches de vie hyperréalistes) possédaient certes une dimension esthétique et une maîtrise indéniables, mais pas forcément cette injonction à l’interrogation intime. Carole Grandgirard en convient, même si d’autres séries sur les concours de Miss ou d’enfants porteurs de masques animaliers (déjà !) recelaient une bonne part de malaise.
IA dans sa palette
Née dans une famille de scientifiques, Carole Grandgirard n’a pas suivi le parcours classique d’une école d’art. Mais en parallèle de ses études puis de sa carrière, elle s’est formée dans les disciplines où elle se savait « à sa place » : prestigieuses écoles Boulle et Duperré à Paris, puis cours au conservatoire Jean-Philippe Rameau de Dijon (dessin, anatomie, modèle vivant, chromatographie, modelage, peinture à l’huile). C’est cette dernière technique qui a aujourd’hui ses faveurs, à laquelle elle a rajouté sa patte : aux images mentales générées par son cerveau fertile, elle appose un texte et des intentions qu’elle confie à l’IA qui lui en propose des intentions graphiques qu’elle recompose ensuite sur toiles, la peinture n’intervenant qu’en fin de processus... « L’IA, assure-t-elle, a décuplé mon imagination ! »
L’artiste qui avait autrefois annexé une partie de sa maison pour y installer son atelier dispose désormais d’un lieu à elle à la Halle 38, que la ville de Dijon met à la disposition d’artistes émergents, fraîchement sortis (ou non !) d’écoles d’art pour faire éclore leur travail dans de bonnes conditions. Tweed et pompons et sa cohorte singulière seront visibles au mois de juin 2027 à Talant.
Sur instagram : @carolegrandgirard2