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93e année

Cent ans d’alambic

Artisanat. La Distillerie Guy vient de fêter ses 100 ans. Si l’histoire commence quand Armand Guy distillait de l’absinthe pour les garnisons militaires de Pontarlier, elle débute officiellement quand il s’est installé dans les bâtiments flambants neufs de la rue Lavaux et a imaginé le Pontarlier Anis en 1921.

Les foudres du vin jaune du Jura, tonneaux de conservation des vins et spiritueux, accueilleront bientôt de l’absinthe de Pontarlier pour donner naissance à un produit aux saveurs locales. Distillerie Guy

Sur les 650.000 litres de spiritueux produits chaque année par la Distillerie Guy, 600.000 concernent le Pontarlier Anis. « Nous avons battu un record en 2021. C’est une institution en Franche-Comté tandis que l’anisé est particulièrement apprécié en France » souligne François-Laurent Vitrac qui a repris l’entreprise en novembre 2020.

Cette enseigne historique de Pontarlier a d’abord été l’une des 23 distilleries de la commune à produire de l’absinthe, jusqu’à son interdiction en 1915, se tournant alors vers la boisson anisée mais aussi les liqueurs de fruits et de plantes comme les liqueurs de sapin ou de framboise, toutes deux réputées. À force de persévérance, François Guy, dernier de quatre générations de distillateurs, a redonné ses lettres de noblesse à l’absinthe, contribuant largement à sa re-légalisation en 2001 avant de céder l’entreprise. « Il a obtenu la médaille du monde agricole pour ce travail en faveur de cette boisson. »

Une pointe d’innovation dans un fond de traditions

La Distillerie Guy est d’ailleurs « la seule » a bénéficié de l’IG, indication géographique, pour l’absinthe de Pontarlier. Liée au terroir, cette norme implique que la plante pousse sur un plateau calcaire, à plus de 800 mètres d’altitude et soit récoltée à la main. « Nous connaissons une croissance de 20% pour l’absinthe bien que nous ne puissions que peu l’exporter en raison du taux de plante élevée dans la boisson, supérieur aux normes étrangères. » Entreprise du patrimoine vivant depuis 2007, la Distillerie Guy élabore toujours ses boissons dans des alambics plus que centenaires.

« Nous allons sortir un nouveau produit, véritable concentré de la région avec une absinthe vieillie en fût du vin jaune du Jura. » En parallèle, l’entreprise n’hésite pas à se moderniser et prévoit d’investir 200.000 euros en 2022 pour de nouvelles cuves et machine d’assemblage. Chaque année, les curieux peuvent pousser la porte de la distillerie. En 2019, avant la crise, pas moins de 19.000 personnes ont visité le site.

Nadège Hubert