David Smadja : repenser la santé par la prévention
Politique. Dans La République de la Prévention, le professeur David Smadja propose de repenser le système de santé français en privilégiant l’anticipation.
Le Laboratoire de la République de Jean-Michel Blanquer se déroulait à Sens du 27 au 29 août 2026. Une 3e université d’été à Sens articulée autour d’une question centrale : « Quel projet de société pour la France au XXIe siècle ? » Bien implanté depuis 2021 dans le paysage politique, ce think tank ouvrait le débat pour différentes thématiques telles que la défense des valeurs de la république, la lutte contre la radicalisation ou encore des enjeux de santé publique.
La naissance d’une réflexion
C’est dans ce contexte que le professeur David Smadja, à la tête de la Commission Santé du cercle de réflexion, présentait son essai intitulé La République de la Prévention. Un ouvrage riche de propositions pour améliorer le système de santé français : « cet engagement est né de mon expérience hospitalière universitaire mais aussi beaucoup de la pandémie Covid-19 », explique le professeur, chef de service d’hématologie biologique à l’Hôpital Européen Georges-Pompidou (HEGP) à Paris, responsable d’une équipe de recherche spécialisée notamment dans les maladies cardio-vasculaires. Il estime que cette période a été révélatrice des forces de ce système, mais également de ses faiblesses, notamment « des hétérogénéités territoriales, de mise en place de certaines pratiques de santé publiques ».
Un système de santé obsolète
Pour lui, le système de santé français a d’abord été pensé pour répondre aux besoins de l’après-guerre, avec l’objectif de « soigner tout le monde ». Plusieurs institutions sont alors mises en place ou développées, notamment la Sécurité sociale et les CHU, à partir des années 1950. Un modèle qui reste aujourd’hui indispensable, mais qui doit s’adapter aux évolutions démographiques du pays. Depuis 1945, la population française a ainsi augmenté de près de 73 %, avec un phénomène de vieillissement que David Smadja considère comme « la conséquence de notre réussite dans le système médical à soigner les maladies ».
Prévenir plutôt que réparer
Dans cet essai s’opposent « deux visions profondément différentes du rôle de l’action publique » : la réparation des conséquences et la réduction des causes. David Smadja indique que la France consacre seulement 2 % de ses dépenses de santé à la prévention. Tandis que le Canada et le Danemark y consacrent respectivement près de 6 % et 8 %. Selon les chiffres de l’OCDE, la France n’est pas moins bonne élève, affichant globalement en 2023 de bons indicateurs de santé : 83 ans d’espérance de vie et une faible mortalité évitable (162 décès pour 100.000 habitants). Mais le professeur tend à démontrer que l’approche curative montre ses limites face à l’essor des maladies chroniques liées aux modes de vie, aux conditions sociales et à l’environnement.
Une fondation hospitalo-universitaire
Le professeur évoque différents leviers pour cette refonte du système de santé public : l’éducation à la santé, dans les écoles, « ça doit se faire dès le plus jeune âge », l’intégration des sportifs dans les communications officielles, le développement de l’IA en tant qu’outil prédictif ou encore le placement de la santé scolaire sous cotutelle du ministère de la Santé, à l’instar de la santé pénitentiaire en 1994. Il ouvre d’autres débats, dont la création d’une fondation hospitalo-universitaire qui s’appuierait notamment sur le principe de mécénat : « Aujourd’hui, on vit avec des fonds publics, mais on n’a aucune maniabilité dans les fonds et notamment dans l’innovation ».