Informations régionales économiques et juridiques
93e année

Francis Blanchet : dernier “champagnisateur” de la Nièvre

Viticulture. À Pouilly-sur-Loire, Francis Blanchet est le dernier “artisan embouteilleur de mousseux” de la Nièvre. Un savoir-faire qui lui a valu le Trophée des réussites internationales 2021.

Francis Blanchet, dernier embouteilleur de mousseux de la Nièvre. JDP

À Pouilly-sur-Loire (Nièvre), le domaine Blanchet, dirigé par Matthieu et ses parents Francis et Evelyne, produit depuis 1760 du Pouilly-Fumé, l’une des stars des vins récoltés sur les bords ligériens en cépage sauvignon. Mais au milieu des 90.000 bouteilles des quatre cuvées produites annuellement et qui s’exportent pour 35% aux États-Unis, se cache une autre boisson, dont 2.000 bouteilles sortent chaque année des caves du domaine depuis 1985 : le mousseux made in Nièvre, en cépage Chardonnay, comme une célèbre boisson dont Reims est devenue la capitale. « Je préfère parler d’embouteillage artisanal de mousseux, sourit Francis Blanchet. Le terme champagnisation dérange un peu les producteurs de la Champagne ».

Ce mousseux nivernais, c’est le domaine de Francis qui, après avoir transmis la vigne à son fils a conservé une activité économique unique dans le département : un atelier d’« embouteillage artisanal de vins mousseux » : « Mon oncle Gérard Coulebois procédait déjà à la champagnisation pour plusieurs viticulteurs locaux depuis 1960. En 1990, il a pris sa retraite. Le lycée agricole et viticole de Cosne-sur-Loire propose le procédé mais ne pouvait pas répondre à la demande des viticulteurs. Alors j’ai repris la suite et j’ai continué à travailler avec les viticulteurs ».

Un savoir-faire artisanal

Chaque année donc, Francis Blanchet « champagnise » de 20 à 80.000 bouteilles de propriétaires récoltants d’Auxerre, de Saint-Pourçain-sur-Sioule, du Giennois, de Sancerre ou de Tannay qui ont chacun leur secret de fabrication : « Il y a trois choses importantes : le sirop d’export, c’est-à-dire le taux de sucre et la fermentation. C’est cette dernière qui va définir la troisième qualité, la taille des bulles. Plus elles sont petites, plus elles sont crémeuses ». L’ensemble du procédé donne à chaque viticulteur ses finesses et ses particularités. La méthode de champagnisait est toujours la même : le vin est filtré puis mis en bouteilles avec du sucre et de la levure pour qu’il fasse, trois mois durant sa « prise de mousse » avant de rester neuf mois minimum à plat : « C’est le délai imparti pour avoir droit à l’appellation Méthode traditionnelle ».

La mise en bouteille est alors précédée du dosage en sucre qui va définir le goût, le brut, ou demi-sec : « L’étape importante pour donner son identité au mousseux ». L’embouteillage se fait de façon mécanique. En quelques minutes, la machine retire la capsule, expulse le dépôt, dose le sirop de sucre. La bouteille est ensuite brassée, bouchonnée et sertie de sa capsule. Un savoir-faire artisanal qui a valu à Francis Blanchet d’être couronné du Trophée des réussites internationales en 2021 remis par la CCI de la Nièvre.

Antoine Gavory