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93e année

Le nouvel or jaune de Dijon

Alimentation. La pénurie de graine de moutarde frappe de plein fouet la filière qui appelle à un engagement massif de l’État.

La graine de moutarde connait depuis 2021 sa pire crise depuis la fin des années 1990. Avec une récolte fortement affectée par la sécheresse au Canada (premier producteur mondial qui est passé de 200 000 à 100 000 tonnes en 2021) et le réchauffement climatique, les fabricants de moutarde sont à la peine. En Bourgogne, c’est aussi la moitié de la récolte qui a été perdue par les gels tardifs en avril et mai. Résultat : un prix de vente qui explose : le prix de la graine de moutarde a été multiplié par quatre, voire cinq… et certains fabricants sont tout bonnement dans l’incapacité de produire.

En France, les principaux fabricants de moutarde (réunis au sein de l’AMB (Association moutarde de Bourgogne) et les agriculteurs ont produit en 2021 10 000 tonnes de graine de moutarde, soit le tiers des besoins annuels, dont 4OOO en Bourgogne qui compte 6000 hectares de culture. Pour la Fédération des industries condimentaires de France (FCIF), d’autres facteurs sont aussi à prendre en compte : l’interdiction de certains produits phytosanitaires qui favorisent la multiplication des insectes ravageurs et la pénurie de certaines matières premières après la crise sanitaire du COVID-19.

Un appel à l’État

Si la situation est inédite, elle n’est pourtant pas nouvelle. Déjà en 2001, le Canada avait vu sa production réduite de 40%. En 2018 également, le prix de la moutarde avait augmenté de 5% pour les consommateurs face à la pénurie de… verre et de carton…

Alors quel impact pour le consommateur français, plus gros consommateur de moutarde au monde avec 1kg par an et par habitant ? Une hausse de 10 à 15% sur le produit fini et la pénurie pourrait durer voire s’aggraver avec le réchauffement climatique mais aussi l’envolée des matières comme l’acier, le verre ou le carton.

Face à cette situation inédite, les acteurs de la filière en appellent à plus de soutien de l’Etat. Ils jugent en effet indispensable et urgent d’accélérer le développement de la culture de la graine en France, notamment en local, et de regagner en souveraineté nationale sur un produit emblématique de la culture culinaire française. Si tous les acteurs de la filière en sont pleinement conscients et fortement mobilisés en ce sens, ils demandent que l’Etat s’empare du sujet. D’ores et déjà, des échanges ont été initiés afin d’impulser une nouvelle dynamique.

Antoine Gavory