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92e année

Quand une belle histoire devient une success story

Artisanat. À Loray, dans le Doubs, Délicassie produit du pain d’épice de Vercel et d’autres biscuits. L’entreprise qui a vu le jour dans la chambre d’étudiant d’Antoine Boileau grandit peu à peu, notamment en France.

Les pains d’épice Délicassie pourrait bientôt se retrouver dans les chambres du célèbre hôtel Ritz à Paris. Délicassie

En rejoignant l’école de commerce de Troyes, Antoine Boileau se destinait à devenir cadre. Pourtant, ce parcours bien écrit ne l’a finalement pas inspiré. Après un an passé aux Philippines en tant que responsable innovation pour une multinationale américaine de l’automobile, il rentre en France. « J’ai vu ce que je ne voulais pas devenir, ce que je ne voulais pas faire, et entrepreneur dans l’âme, ce à quoi mon entreprise ne devait pas ressembler. » L’idée qui donnera naissance à son activité professionnelle émerge au cours d’un repas de famille.

« J’ai découvert que les pains d’épice de Vercel que je faisais le mercredi avec ma grand-mère s’appuyaient sur une recette vieille de plusieurs siècles, tombée en désuétude depuis les années 60 au profit de l’industrialisation. » Avec l’envie de redonner vie à cette gourmandise, il se lance dans une microentreprise de vente en ligne, Délicassie, et réalise ses premiers gâteaux dans sa chambre d’étudiants. Il n’hésite pas par exemple, quand une grosse commande arrive, à rentrer chez lui toutes les heures environ, délaissant ses soirées entre amis. Incubé au Technopôle de Troyes, il décide finalement de rejoindre ses grands-parents à Loray dans le Doubs pour débuter plus intensément sa production en août 2016.

Grandir sereinement

En mai 2017, Délicassie devient une SARL et le jeune homme investit toutes ses économies dans du matériel d’occasion pour se développer : pétrin, laminoir, four. En 2018, il embauche ses premiers salariés à qui il confie la production. Dans la foulée, il s’associe à Hugo Hiolin, un ami, qui l’aide à structurer et organiser le concept. Ensemble, ils développent peu à peu la gamme et créé une seconde marque, la barre chocolatée Hubert. « Au moment de la Covid, nous avons investi 300.000 euros dans un outil de production. » Opérationnel depuis fin 2020, le site emploie désormais trois salariés en plus des deux associés. Pains d’épice, languettes, lunes, autant de biscuits qui s’achètent en ligne.

Si cette voie représente 40% du chiffre d’affaires de Délicassie, le reste repose sur les 300 boutiques revendeuses en France mais aussi à l’étranger. « Nous visons un chiffre d’affaires de 300.000 euros d’ici deux ans et profitons pour l’instant d’une belle progression. » Antoine Boileau se réjouit par ailleurs des échanges qu’il mène avec le luxueux hôtel Le Ritz à Paris pour que les pains d’épice Delicassie trouvent une place dans les chambres pour accueillir les clients. Pour autant, le jeune entrepreneur de 29 ans insiste sur le partenariat qu’il a mis en place avec un ESAT du territoire pour l’emballage et le conditionnement de ses produits. La recette a quitté les tiroirs de sa grand-mère pour désormais profiter au monde entier.

Nadège Hubert