Stacy Jault veille sur les tombes
Entrepreneuriat. À Châtillon-en-Bazois, Sepulclean58 est une jeune entreprise qui entretient les sépultures pour le compte des familles éloignées de leurs défunts.
Pour les mairies, le sujet est explosif : légalement responsables de la sécurité d’un cimetière et des tombes qui s’effondrent, elles n’ont ni le droit de les toucher sans une procédure (de trois à cinq ans), ni les moyens de les entretenir à la place des familles qui, bien souvent, sont éloignées de leurs défunts.
Et c’est au détour d’une visite au cimetière, sur la tombe de ses proches, que Stacy Jault, CAP pâtisserie en poche, a eu l’idée de créer son entreprise, Sepulclean58 : « À force d’aller dans les cimetières, de tout ramasser dès qu’il y avait du vent, je me suis dit qu’il y avait un besoin et j’ai eu l’idée de cette entreprise ». Stacy s’installe en 2024 mais n’obtient ses premiers contrats qu’il y a un an : « On m’avait dit que ça ne marcherait pas mais j’ai heureusement eu le soutien de la BGE qui m’a accompagnée ».
Depuis un an, Stacy Jault « nettoie, frotte et gratte » les monuments, remplace les graviers présents sur certaines tombes, désherbe les contours, redore les lettres. Des prestations commandées par les familles des défunts, parfois par les mairies directement : « Tout est fait à la main, avec des brosses douces, des produits naturels. On ne peut pas utiliser de nettoyeur haute-pression ou de javel. Ce sont des matières fragiles ».
Un service de proximité pour les familles éloignées
En un an, grâce au bouche-à-oreille et aux réseaux sociaux, Sepulclean 58 a déjà assuré une cinquantaine de prestations. Un secteur en plein essor : « Quand j’ai commencé, j’étais seule ; aujourd’hui nous sommes plusieurs, mais je me limite à un secteur géographique. Grâce aux réseaux, j’ai eu des demandes à Lyon par exemple, mais je reste entre Châtillon-en-Bazois et Nevers. » Au tarif de 20 € de l’heure, une prestation complète sera facturée autour de 200 € pour une remise en état intégrale : « Je n’interviens qu’après la signature d’un devis, c’est une obligation d’être mandatée par les familles ou les mairies et j’ai une assurance en cas de problème, si je casse quelque chose, parce que ce sont parfois des tombes très anciennes. »
Et pour pérenniser une activité ponctuelle et saisonnière, elle propose trois formules d’entretien : tous les mois, tous les deux mois et tous les trois mois. Une manière d’assurer l’entretien de sépultures parfois très éloignées des familles : « Celle-ci, ce sont des gens de Bordeaux. Ils sont rassurés de savoir que quelqu’un veille sur les tombes de leurs défunts », montre-t-elle dans le petit cimetière où elle nous a donné rendez-vous.
Et veiller n’est pas un vain mot. Stacy dit entretenir un dialogue quotidien avec les défunts : « Je leur dis bonjour en arrivant. Parfois quand je me cogne, je dis "je suis désolée" ». Une familiarité qui la fait sourire : « Les morts sont parfois plus aimables que certains vivants. » Et si, dans un lieu réservé au recueillement, elle ne cesse de sourire, y compris sur ses vidéos, c’est aussi parce que son métier est indissociable de son histoire personnelle. Après les pertes successives de son grand-père, de sa tante et de son père, elle a le sentiment de ne pas être seule sur les allées : « Je me dis peut-être ils sont là avec moi quand je fais les nettoyages. La mort est quelque chose à la fois de tellement étrange et beau mais je n’oublie pas que tous ces défunts ont une histoire. Ils ont eu une vie avant. Ils ont été heureux ».