Steerway, ou comment utiliser l’IA intelligemment...
Start-up. Camille Teruel met en garde contre le risque de perdre la maîtrise des logiciels. Sa startup assure une interaction ingénieuse entre l’homme et la machine laissant l’humain au coeur de la décision.
« J’ai toujours été passionné par l’ingénierie logicielle et les interfaces entre l’homme et la machine. Je me suis donc tourné vers ce qui est à l’intersection des deux, le langage de programmation et la conception d’outils d’aide à la programmation », introduit Camille Teruel, cofondateur de Steerway. Fort d’une thèse sur la conception des langages de programmation, il a assisté à la naissance d’outils d’un genre nouveau avec les assistants de code en 2021 et le développement des agents reposant sur l’intelligence artificielle.
Quand les géants de la tech ont annoncé que les ingénieurs logiciels évolueraient pour devenir des managers de robots, Camille Teruel s’est montré dubitatif. « J’ai identifié certains problèmes associés à cette vision des choses. Décrire une tâche à un agent pour qu’il l’exécute comme attendu apporte une certaine déception. » Soit la mission doit être décrite avec un tel niveau de précision que la demande prend autant de temps que de la réaliser directement ; soit la demande n’est pas exhaustive et l’ingénieur n’obtient pas le résultat escompté. « Souvent, l’agent prend des décisions tacites qui ne correspondent pas aux attentes. »
Une autre relation avec l’ia
En laissant les agents décider, Camille Teruel interpelle sur le risque de perdre la compréhension des systèmes élaborés et de leur fonctionnement. « Ce n’est pas un problème d’IA mais d’interaction entre l’homme et la machine », insiste-t-il. Avec Steerway, l’ingénieur prend donc le contrepied de l’approche en remettant l’humain au coeur de la boucle décisionnelle avec une interface qui optimise la collaboration. « L’humain reste le pilote et l’IA accélère plutôt que remplace. »
Pour vulgariser son propos, le dirigeant fait le parallèle avec un exosquelette dans le rôle de Steerway, qui viendrait épauler plutôt que de se reposer sur un robot qui ferait à la place de l’ingénieur. « La vitesse peut être un avantage mais aussi un risque si on ne comprend plus les choses. »
Ingénieusement entouré
Pour commercialiser sa solution d’ici quelques mois, Steerway s’appuie sur Deca BFC depuis 2024. « Le financement de Deca nous a permis de développer notre solution et de poser les fondamentaux de l’entreprise. L’accompagnement nous a également permis de rencontrer les acteurs de l’écosystème régional. » Le dirigeant a aussi profité de formations indispensables pour entrer dans la peau d’un entrepreneur. Enfin, pour déployer sa solution qui devrait être dix fois moins énergivore grâce à une IA plus sobre, Steerway, soutenu par Deca BFC, a initié une levée de fonds, toujours en cours, et dispose d’une bourse French Tech Emergence ainsi que d’un partenariat avec Centrale Supélec.