Xavier Boidevézi : un spray buccal contre l’obésité
Art. Fondée en 2021 sur les bancs de l’Université Bourgogne Europe, la start-up Ektah s’apprête à fêter ses cinq ans avec des résultats cliniques particulièrement prometteurs.
Il y a cinq ans naissait Ektah. Issue des travaux du professeur Naim Khan sur les récepteurs du goût du gras situés sur la langue, la start-up portait l’ambition de s’attaquer à ce que son cofondateur Xavier Boidevézi qualifie de « plus grand fléau du 21e siècle. L’obésité aujourd’hui, c’est un milliard de personnes dans le monde. Un chiffre qui croît au rythme d’un nouvel obèse par seconde ! ».
Le duo a démontré que ces récepteurs du goût du gras sont défectueux chez les personnes obèses, les poussant à manger davantage pour atteindre la satiété. La solution d’Ektah ? Une molécule, le NKS-3, injectée via un spray, capable de « réactiver la sensibilité du récepteur ».
Après des tests de toxicité probants sur 27 volontaires sains en France, une étude récente, qui doit s’achever en décembre, sur 120 patients en situation d’obésité en Tunisie a, à la fois, confirmé l’innocuité de la molécule et l’efficacité du mécanisme. « Les résultats sont extrêmement encourageants. Seul 20 % des patients n’ont pas répondu positivement au traitement, leurs récepteurs étant trop endommagés. Ce qui indique que ce mécanisme pourrait permettre de traiter une grande partie de la population obèse », s’enthousiasme le dirigeant.
Surtout, contrairement aux traitements actuels (GLP-1) qui entraînent souvent une perte de muscle et des effets secondaires gastro-intestinaux lourds responsables d’un taux d’abandon de plus de 60 %, la molécule d’Ektah permet une baisse significative de la masse grasse tout en maintenant une masse musculaire stable. « Après quatre semaines de traitement, nous avons pu atteindre -4,30 % de masse grasse et +0,36 % de masse musculaire squelettique », précise-t-il.
Vers un réseau d’alumni Deca-BFC
Parallèlement à ces succès scientifiques, Xavier Boidevézi souhaite « rendre ce que le territoire lui a donné ». Lui, dont la société a été « incubée dès son démarrage » par Deca BFC. Membre du bureau de l’incubateur, il porte un projet ambitieux qui sera officiellement annoncé lors de l’assemblée générale du 16 juin à Polytech Dijon : la création d’une communauté d’alumni. L’objectif est de permettre aux anciens incubés de partager leur expérience avec les entrants. « L’idée c’est de partager de manière plus informelle, plus rapide et plus efficace, des retours d’expérience, les bons contacts ou les erreurs à éviter », explique-t-il.
S’inspirant de l’écosystème de Boston, la « Mecque mondiale pour la biotechnologie » où il s’est rendu récemment, Xavier Boidevézi croit fermement en la force des liens entre acteurs de l’écosystème local. Pour lui, cet engagement n’est pas à sens unique mais repose sur un principe de réciprocité. « C’est du donnant-donnant. Oui, je suis prêt à faire du mentorat, mais si je le fais, c’est aussi parce que j’ai potentiellement encore besoin de l’écosystème et que je peux apprendre de ces start-up qui se créent », confie le dirigeant. En structurant ce réseau, Deca BFC espère pérenniser l’accompagnement des jeunes pousses et faire rayonner durablement l’innovation en Bourgogne Franche-Comté.