+ 60% : les liquidations judiciaires explosent en Côte-d’Or
Analyse. Hausse des procédures collectives, explosion des liquidations judiciaires, recul inquiétant de la prévention : les chiffres 2025 de l’activité du tribunal de commerce de Dijon dressent le portrait d’une économie locale sous forte tension. Pour son président, Jérôme Prince, la situation est sans précédent : « les entreprises n’anticipent plus, elles encaissent ». Une photographie brute d’un tissu économique fragilisé par la trésorerie, l’incertitude et l’absence de visibilité.
En Côte-d’Or, l’état de l’économie locale apparaît sans fard à travers les données 2025 du tribunal de commerce de Dijon. Pour son président, Jérôme Prince, le constat est clair : « Les chiffres, on ne peut pas les contester. Ils sont ce qu’ils sont. »
Sur un an, le nombre de procédures collectives ouvertes progresse de 10 % dans le département. Une hausse significative, d’autant plus préoccupante qu’elle s’inscrit dans un contexte national déjà record. Mais au-delà du volume, c’est la nature même des procédures qui alerte. Les liquidations judiciaires connaissent une envolée spectaculaire de 60 %, passant de 75 à 120 dossiers. « Là où c’est plus grave cette année, ce ne sont pas des petits dossiers », insiste Jérôme Prince. « Ce sont des entreprises avec des actifs, des fonds de commerce, parfois de l’immobilier, et surtout des salariés. »
Les défaillances multipliées par 1,8
Cette évolution se lit directement dans l’impact social des défaillances. Le nombre moyen de salariés concernés par entreprise liquidée passe de 0,80 en 2024 à 1,5 en 2025. « On embarque aujourd’hui beaucoup plus de salariés qu’avant dans les procédures », observe le président du tribunal. « C’est presque un doublement. » Les défaillances ne touchent plus des structures sans effectif ou des sociétés dormantes : elles frappent désormais le tissu économique réel, celui qui emploie et structure les bassins de vie. En tout, 424 salariés ont été concernés en 2025 contre 298 sur l’exercice antérieur.
Autre indicateur scruté avec attention : les injonctions de payer, en hausse de 12 %. Pour Jérôme Prince, il s’agit d’un révélateur précoce des difficultés. « Pour moi, c’est le premier signal faible », explique-t-il. « Quand une entreprise paie mal, c’est qu’elle manque de trésorerie. Donc que ses carnets de commande sont vides. » Et ce phénomène s’auto-entretient : « Vous payez mal parce que vous n’êtes pas payé. Et cela provoque des dommages collatéraux. » Fournisseurs, sous-traitants et partenaires se retrouvent à leur tour fragilisés par ces tensions de trésorerie en chaîne.
« Vous payez mal parce que vous n’êtes pas payé. Et cela provoque des dommages collatéraux. »
Mais ce qui inquiète le plus le président du tribunal de commerce de Dijon, c’est le recul marqué de la prévention avec une baisse de 20 % des dossiers. Non pas parce que les entreprises iraient mieux, mais parce qu’elles n’anticipent plus. « Beaucoup de dirigeants n’ont même plus le temps de penser à étaler leurs paiements », constate Jérôme Prince. « Ils savent qu’ils ne tiendront pas et préfèrent entrer directement en redressement judiciaire pour figer le passif. » La dégradation est si rapide que certaines sociétés basculent en cessation de paiements avant même d’avoir pu engager une démarche amiable.
Une dynamique en trompe-l’œil
Face à cette situation, le président du tribunal assume un discours tout à fait cash. « Je suis contre la méthode Coué. Il faut plus de réalisme. » Pour lui, la crise actuelle est inédite : « Des crises de confiance, on en a déjà connues. Mais une crise où tous les pays moteurs vont mal en même temps, je n’ai jamais vu ça », analyse-t-il, assurant tout de même que la crise provoquée « par la Guerre du Golfe dans les années 90 était pire ».
À cette conjoncture mondiale dégradée s’ajoute une instabilité politique nationale durable. « Il n’y a pas de cap, pas de budget, pas de visibilité. Et je ne vois pas comment la situation pourrait s’améliorer avant 2027 et l’élection présidentielle. » Le président pense que le salut pourrait venir en partie des USA, qui, comme toujours feront irriguer leurs économies jusqu’au bloc européen.
Un paradoxe subsiste pourtant : les créations d’entreprises augmentent de 16 % en Côte-d’Or. Un chiffre à manier avec prudence. « Il s’agit très souvent d’entreprises unipersonnelles, parfois de TPE », rappelle Jérôme Prince, dans un contexte où « l’effort demandé aux entreprises est clairement confiscatoire ». Autrement dit, une dynamique entrepreneuriale bien réelle, mais portée par des structures fragiles, peu capitalisées, très exposées au moindre retournement. La photographie économique est donc sans ambiguïté. La Côte-d’Or avance sous forte contrainte : son économie encaisse les chocs, mais, pour l’instant, elle ne se projette plus.