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Industrie : la crise énergétique de 2022 accélére sa recomposition

Industrie. À l’aune de nouvelles perturbations d’ampleur sur les marchés de l’énergie en ce début d’année 2026, la Banque de France a publié le 19 février un bulletin sur la recomposition industrielle qui s’est accélérée avec la crise énergétique de l’hiver 2022.

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À l’aune de nouvelles perturbations d’ampleur sur les marchés de l’énergie en ce début d’année 2026, la Banque de France a publié le 19 février un bulletin sur la recomposition industrielle qui s’est accélérée avec la crise énergétique de l’hiver 2022. La rupture progressive des flux de gaz russes entre 2021 et 2023 a déclenché une crise énergétique d’une ampleur inédite en Europe. Le choc a d’abord frappé les économies les plus dépendantes de ces approvisionnements, au premier rang desquelles l’Allemagne, ainsi que les branches industrielles fortement consommatrices d’énergie comme la chimie ou la métallurgie. Au-delà de cet épisode conjoncturel, cette séquence a surtout mis en lumière une transformation plus profonde de l’appareil productif européen, engagée depuis le début des années 2000.

Pendant plusieurs décennies, le gaz soviétique puis russe a constitué l’un des piliers énergétiques de l’industrie européenne. Des contrats de long terme, appuyés sur des infrastructures dédiées comme les gazoducs Yamal ou Nord Stream, ont permis d’assurer des approvisionnements abondants à des prix relativement compétitifs. Ce compromis énergétique a particulièrement soutenu le développement d’industries intensives en énergie – métallurgie, chimie, verre ou papier – dont les procédés reposent largement sur l’usage du gaz, à la fois comme source d’énergie et comme intrant de production.

Cette configuration a cependant créé des dépendances fortes. À la veille de la guerre en Ukraine, la Russie fournissait environ 40 % du gaz consommé dans l’Union européenne. Certains pays cumulaient une forte exposition énergétique et une spécialisation industrielle dans les secteurs les plus gourmands en énergie. L’Allemagne et l’Italie illustraient particulièrement cette double vulnérabilité, tandis que la France ou l’Espagne apparaissaient légèrement moins exposées.

Lorsque les livraisons russes ont diminué puis presque cessé, les prix de l’énergie ont brutalement flambé. En 2022, le prix du gaz a été multiplié par près de huit et celui de l’électricité par 5,5. Face à cette envolée des coûts de production, les entreprises ont souvent tenté de répercuter la hausse dans leurs prix de vente. Mais cette stratégie a pesé sur la compétitivité-prix et, dans certains cas, conduit à des réductions d’activité ou à des arrêts temporaires de production.

Le recul de la production industrielle s’est ainsi concentré dans les branches les plus intensives en énergie. Entre 2021 et 2023, la production de ces secteurs a nettement reculé dans la zone euro, avec une contraction particulièrement marquée en Allemagne. À l’inverse, les branches moins dépendantes de l’énergie ont mieux résisté, soutenues notamment par la demande de biens technologiques dans le sillage de la pandémie.

Cette divergence n’est toutefois pas apparue avec la crise énergétique. Depuis le milieu des années 2000, le poids relatif des industries énergivores tend déjà à diminuer dans l’économie européenne. À chaque épisode de crise – financière en 2008-2009, crise des dettes souveraines au début des années 2010, puis choc énergétique de 2022 – ces secteurs enregistrent un repli prononcé sans retrouver ensuite leur niveau d’avant-choc. À l’inverse, des activités comme la pharmacie, l’électronique, ou l’optique tirent davantage profit des phases de reprise.

La nature des débouchés explique en partie cette évolution. Les industries intensives en énergie produisent surtout des intrants destinés à des secteurs eux-mêmes fragilisés, comme la construction ou l’automobile. À l’opposé, les branches technologiques sont davantage portées par la demande finale, stimulée par la numérisation, l’innovation, et le vieillissement démographique. La crise énergétique a ainsi agi comme un révélateur et un accélérateur d’une recomposition industrielle déjà à l’oeuvre ; le modèle industriel fondé sur un gaz abondant et bon marché appartient désormais au passé. Dans ce contexte, la capacité des secteurs les plus intensifs en énergie à investir, à moderniser leurs procédés et à réussir leur transition environnementale sera déterminante pour préserver leur place dans l’industrie européenne de demain.

Source : banque-france.fr/system/files/2026-02/BDF262_5_Choc_gazier_web.pdf