L’emploi salarié en recul : la région sous tension économique
Région BFC. Le panorama de l’emploi salarié privé en Bourgogne Franche-Comté affiche des signes de faiblesse au troisième trimestre 2025. Selon les dernières données de l’Urssaf, la région subit une érosion de ses effectifs plus rapide que la moyenne française, impactant presque tous les secteurs et territoires.
Le constat chiffré est sans appel. Romain Gibert, directeur comptable et Financier et pilote statistiques, précise qu’à l’échelle nationale, la baisse des effectifs salariés est de 0,1 % au troisième trimestre 2025. Cependant, la situation régionale est plus préoccupante : « Malheureusement, on a une baisse qui est beaucoup plus rapide de nos effectifs par rapport au niveau national puisqu’on a une perte de 0,2 % ce qui correspond à 1.590 postes qui ont été perdus ce trimestre ». Sur une année glissante, la chute en région est de 0,9 % (6.160 postes supprimés), contre 0,2 % (12.560 postes perdus) au niveau national, soit un recul quatre fois plus marqué qu’au niveau national.
Industrie et services à la peine, l’intérim en chute libre
Le déclin de l’emploi ne se limite pas aux contrats stables. Jeanne-Clémence Andrey, responsable statistiques Urssaf Bourgogne, note une double difficulté ce trimestre : « on a une baisse des effectifs permanents (980 postes qui ont été perdus ce trimestre) à laquelle s’ajoute une baisse des effectifs intérimaires qui perdent environ 610 postes ».
Dans le détail et par secteurs :
- L’industrie, pilier régional représentant un quart des effectifs - et qui a subi la pression des coûts énergétiques et des matières premières après la crise sanitaire – perd 230 emplois ce trimestre (-0,1 %). Sur un an, le recul est de 1.230 postes (-1,2 %), soit une baisse deux fois plus rapide que la moyenne nationale (-0,4 %).
- Les services, qui regroupent 50 % des effectifs privés, enregistrent un déclin de 810 postes (-0,2 %).
- La construction, freinée par les taux d’intérêt élevés des trimestres précédents continue de décliner avec la perte de 100 postes permanents (-0,2 %) sur ce trimestre.
- Seul le commerce se distingue avec une légère croissance de 160 postes (+0,1 %). Toutefois, cette embellie reste fragile face à une tendance annuelle négative (- 0,5 %).
- L’intérim, souvent considéré comme une variable d’ajustement, confirme cette tendance négative avec une baisse de 5,1 % sur un an (-610 postes) en région, contre seulement -2,9 % au niveau national.
Des disparités départementales marquées
La situation géographique n’est pas homogène. Isabelle Wehr, responsable statistiques Urssaf Franche-Comté, observe qu’« un seul département tire son épingle du jeu à savoir la Saône-et-Loire qui enregistre une croissance modérée certes mais quand même une croissance de 0,1 % quand tous les autres départements de notre région sont à la baisse ».
La Saône-et-Loire a gagné 130 postes permanents tous secteurs confondus, portée par l’industrie (+220) et la construction (+100). À l’inverse, le Territoire-de-Belfort présente la situation la plus défavorable, avec tous les secteurs d’activité en baisse. Le Doubs subit également une crise industrielle marquée, perdant 250 postes dans ce secteur ce trimestre. En Côte-d’Or, si les effectifs permanents résistent légèrement (+40 postes), le département subit un « effondrement » de l’intérim avec une baisse de 7,4 %. Dans la Nièvre, les pertes se concentrent dans l’industrie (-100) et les services (-40). Dans l’Yonne, on observe un recul marqué des services (-200) et un commerce en léger rebond (+40). Dans le Jura, les services décrochent (-330) et l’industrie fléchit (-20). Enfin en Haute-Saône, on assiste a une stabilité globale des effectifs permanents et à un commerce en hausse (+30).
Signaux financiers : entre stabilité et vigilance
Malgré ces suppressions d’emplois, le taux d’impayés de cotisations reste globalement bas à 0,8 % en septembre 2025, un chiffre stable et inférieur au taux national (1,1 %). Quant aux procédures collectives (redressements et liquidations), bien qu’en augmentation depuis 2021, « elles restent pour l’instant à un niveau moyen inférieur à celui de la période pré-crise sanitaire où l’on enregistrait 1.545 procédures par an alors qu’entre 2020 et 2024, on est sur une moyenne de 1.235 procédures collectives annuelle », précise Lionel Matz, directeur de l’Urssaf Bourgogne.