Les nouveaux magistrats présentés
Justice. Vendredi 18 septembre, le tribunal judiciaire a procédé à la présentation des nouveaux magistrats ainsi que d’Arnaud Viornery, nouveau procureur de la République. Le cap de ce dernier est clair, en phase avec les priorités du ministre de la Justice : lutte contre le narcotrafic, contre les violences intrafamiliales et les violences sexuelles commises sur les mineurs.
Bruissement de robes, cloche et salle bondée : le tribunal judiciaire de Dijon vivait, ce 18 septembre, sa traditionnelle audience de rentrée durant laquelle sont présentés les magistrats, ainsi que les greffières, issus du « mercato » estival. Le tribunal judiciaire de Dijon a notamment accueilli un nouveau procureur de la République : Arnaud Viornery qui succède à Olivier Caracotch, appelé à exercer les fonctions de procureur général près la cour d’appel de Besançon.
En ouvrant l’audience, la présidente du tribunal Nathalie Poux a salué le travail accompli par son prédécesseur. Durant cinq années, Olivier Caracotch aura contribué à structurer et à conduire le parquet dijonnais, dans une « diarchie harmonieuse » a souligné la magistrate, fondée sur le dialogue, le respect mutuel et une ambition commune : rendre la meilleure justice possible aux justiciables.
Le parcours d’Arnaud Viornery témoigne d’une expérience diversifiée, à la croisée de la pratique judiciaire, de l’administration centrale et de la conduite des réformes.
De la Corse au cabinet du ministre
Il a d’abord exercé en Corse et dirigé un pôle économique et financier compétent à l’échelle du tribunal pour les affaires complexes, en lien avec des juridictions spécialisées, une expérience exercée dans un contexte de fortes tensions : l’agression mortelle d’Yvan Colonna dans sa cellule à Arles.
En 2011, Arnaud Viornery rejoint le ministère de la Justice, au sein du bureau du droit économique et financier de la Direction des affaires criminelles et des grâces. Il participe alors à l’élaboration de textes législatifs et réglementaires ainsi qu’à la définition de la politique pénale nationale. En 2018, il est nommé sous-directeur de l’organisation judiciaire et de l’innovation à la Direction des services judiciaires. À ce poste, il contribue au pilotage de transformations importantes de l’institution judiciaire, notamment à la mise en oeuvre de la réforme ayant conduit à la création du tribunal judiciaire.
Il rejoint ensuite l’Inspection générale de la justice, où il participe à des inspections dans les tribunaux et les établissements pénitentiaires et prend part à une mission interministérielle consacrée au contrôle des frais de justice, avec l’Inspection générale des finances et l’Inspection générale de l’administration. Arnaud Viornery a enfin exercé à deux reprises comme conseiller auprès du garde des Sceaux, chargé des services judiciaires : d’abord auprès d’Éric Dupond-Moretti, puis auprès de Gérald Darmanin. Il y a travaillé sur les ressources humaines, l’organisation et le fonctionnement des juridictions ainsi que sur la réforme des carrières des magistrats.
Ce parcours lui donne une connaissance à la fois concrète et institutionnelle de la justice : celle des juridictions, mais aussi celle de l’administration centrale et de la conduite des politiques publiques.
Une justice de dialogue et de responsabilité
Dans son allocution, le nouveau procureur a insisté sur la complémentarité des fonctions judiciaires et sur la nécessité d’un dialogue constant entre les différents acteurs de la justice. « Cette distinction est fondamentale. Elle n’interdit ni le dialogue ni la construction d’une ambition commune pour cette juridiction. Elle les rend au contraire nécessaires », a rappelé le magistrat.
Il a également placé la relation avec les avocats sous le signe d’un échange direct et pragmatique, tout en rappelant que la fermeté du débat judiciaire « est parfaitement compatible avec le respect des personnes et des fonctions. » Le procureur a aussi rendu hommage aux greffiers et aux fonctionnaires de justice, dont il a souligné le rôle essentiel dans le fonctionnement quotidien de la juridiction. Trois nouvelles greffières ont d’ailleurs été présentées le même jour : Anne Deshayes, Hanane Jaafar et Lucie Millet.
« Un collectif singulier »
S’adressant aux magistrats et aux personnels du parquet, Arnaud Viornery a décrit le ministère public comme un « collectif singulier ». Un collectif soumis à des exigences particulières : permanences, urgences, nuits, accumulation des dossiers et décisions susceptibles de modifier profondément la vie des personnes concernées. Après ses premières semaines à Dijon, il dit avoir déjà constaté la loyauté, l’engagement, la compétence et le dynamisme des équipes.
Il entend désormais mettre en oeuvre, en Côte-d’Or, la politique pénale définie au niveau régional et national, avec trois priorités : la lutte contre les narcotrafics, qui avait été particulièrement intense à Dijon (Place nette XXL, arrêts aux Grésilles des points de deal revendiqués par Olivier Caracotch à son départ...) ; les violences intrafamiliales, Arnaud Viornery insistant sur une ligne qui « doit donc rester claire : ne rien banaliser, ne rien laisser sans réponse et protéger chaque fois que la situation l’exige. » Enfin, alors que la mort de la jeune Lyhanna a mis en lumière des dysfonctionnements dénoncés régulièrement par des collectifs de citoyens, le procureur de la République a souligné « les constats effectués par l’inspection générale de la justice [qui] mettent notamment en lumière la nécessité de mieux identifier les procédures les plus sensibles, d’assurer leur suivi dans la durée et de garantir que l’information utile circule entre ceux qui ont la responsabilité de protéger. (...) Car si nos réussites sont collectives, nos échecs le sont aussi. »
L’audience a enfin permis la présentation de Christine Lachaud-Baudry, première vice-présidente ; Emmanuel Roguet, vice-président chargé des fonctions de juge des contentieux de la protection ; Matthieu Verdugo, vice-président, Nathalie Pequignot, vice-présidente ; Alexandre Marey, juge et Manon Bert et Laure Pelletier, substitutes du procureur. À noter que la Protection judiciaire de la jeunesse était partie prenante du traditionnel moment de convivialité qui a suivi cette audience de rentrée.