Travailleurs frontaliers : attractivité record et revenus en hausse
Région BFC. L’Urssaf a récemment dévoilé les chiffres de son troisième recueil statistique dédié aux travailleurs frontaliers résidant en France et exerçant en Suisse. Entre croissance démographique et dynamisme économique, ce statut continue de séduire malgré des spécificités administratives et fiscales marquées.
En 2024, on dénombre environ 450.000 travailleurs frontaliers en Europe travaillant en Suisse, dont 58 % résident en France, soit un total de 234.000 personnes. Cette population est en nette progression : le nombre de frontaliers résidant en France a augmenté de 4,5 % en un an. Selon Romain Gilbert, directeur comptable et financier et pilote du service statistique à l’Urssaf BFC : « Le fait de travailler en Suisse demeure attractif et dynamique puisqu’on voit qu’il y a une croissance au fil des années de ces travailleurs [...] La structure économique qui attire les travailleurs frontaliers en Suisse est également stable. » Une situation qui pour le moment ne semble pas souffrir de la conjoncture Suisse chahutée par les taxes imposées par l’administration Trump, « le volume des radiations du statut de travailleurs frontaliers est constant sur une année, même s’il est apparaît plus important en fin d’année », précise Romain Gilbert.
Profil type et lieux de travail
Le profil du frontalier reste constant : il s’agit majoritairement d’un homme, salarié, âgé en moyenne de 43 ans. Son quotidien est marqué par la mobilité, avec un trajet moyen de 32 kilomètres pour rejoindre son poste.
L’implantation géographique se concentre principalement sur trois départements :
- Haute-Savoie : accueille 43 % des frontaliers (soit 68.000 personnes).
- Doubs : 14 % (31.500 personnes).
- Haut-Rhin : 12 % (28.500 personnes).
Genève reste le pôle d’attraction majeur, concentrant 48 % de l’activité des frontaliers résidant en France, suivie par le canton de Vaud (19 %) et la ville de Bâle (8 %).
Des revenus supérieurs à la moyenne française
Le Revenu fiscal de référence individualisé (RFRI) moyen s’est établi à 59.790 € des travailleurs frontaliers de moins de 65 ans en 2023, enregistrant une hausse de 8 % par rapport à l’année précédente. À titre de comparaison, le RFRI moyen en Bourgogne Franche-Comté se situe aux alentours de 29.000 € à 30.000 €. « Attention toutefois, les périmètres statistiques ne soient pas strictement identiques », précise Romain Gilbert.
Le choix crucial de l’assurance maladie
Un enjeu majeur pour ces travailleurs est le droit d’option pour leur couverture santé. Ils disposent de trois mois après leur prise d’emploi pour choisir entre l’assurance maladie suisse ou française. Ce choix est irrévocable, sauf événements exceptionnels comme un changement d’emploi ou de pays de résidence. Depuis ces dernières années, on constate que la proportion des frontaliers affiliés à la sécurité sociale française diminue. Amandine Durupthy-Perriand, pilote du service des travailleurs frontaliers à L’Urssaf BFC, précise les tendances observées : « Un travailleur frontalier avec un très haut revenu sans ayant droit et relativement jeune ira plutôt s’affilier en Suisse (régime forfaitaire plus avantageux). À contrario, un travailleur avec un revenu plus faible, avec des ayants droits et potentiellement plus avancé en âge, s’affiliera en France (où les ayants droits sont automatiquement pris en charge). » Dans le Doubs, près de 15 % des salariés de moins de 65 ans ont choisi le statut de travailleur frontalier en Suisse, soit près d’un salarié sur sept.
Les secteurs d’activité clés
Près des 2 / 3 des frontaliers résidant en France sont concernés par 5 secteurs d’activité :
- L’industrie manufacturière (20 % des frontaliers, soit 47.000 salariés).
- Les activités de services administratifs et de soutien (13 %, 31.000 salariés).
- Le commerce et la réparation automobile (13 %, 31.000 salariés).
- La santé humaine et l’action sociale (11 %, 26.000 salariés).
- Les activités spécialisées, scientifiques et techniques (10,5 %, 25.000 salariés).
Une grande partie des frontaliers des départements du Doubs (40 %) du Jura (37 %) et du Haut-Rhin (26 %) travaillent dans l’industrie manufacturière. Pour les autres départements, Ain et Haute-Savoie, la répartition est plus homogène. « L’Urssaf adapte ses services à cette population spécifique, précise Romain Gilbert, avec une ligne téléphonique accessible 24h/24 et 7j/7 ainsi que des accueils physiques sur rendez-vous. L’un nos prochains défis statistiques et administratifs sera l’application d’un nouvel accord sur le télétravail : dès 2026, si un frontalier télétravaille plus de 49,9 % de son temps, il sera automatiquement affilié à la sécurité sociale française ».