« Après le bac, je ne savais pas quoi faire alors je me suis dirigée vers le droit », se souvient Aline Vieille. Malheureusement, l’étudiante de l’université de Franche-Comté ne se sentait pas à sa place dans ce cursus. Elle change donc d’orientation et opte pour la filière administration économique et sociale, AES. « J’y ai vu une formation généraliste qui me servirait et j’avais de l’intérêt pour le domaine social, l’économie, les sciences humaines. » Trois ans plus tard, elle quitte son Besançon natal pour poursuivre son parcours à Lille avec un master en sciences politiques qu’elle obtient en 2013.
Bien qu’elle ait réalisé ses stages de licence et de master au sein du département du Doubs et de la région Franche-Comté, Aline Vieille, de retour à Besançon, ne s’y projette pas et se cherche encore. « J’avais une appétence pour la cause écologique, donc quand le bouche-à-oreille m’a fait savoir que l’association Trivial Compost cherchait un service civique, j’ai postulé. »
Premier pas dans le compost
L’activité historique de l’association Trivial Compost, créée en 2010, consiste à accompagner les habitants dans la mise en place de sites de compostage en pied d’immeuble. « Besançon était précurseuse dans cette démarche, précise Aline Vieille. J’avais échangé avec les équipes de l’association à l’occasion de la fête du compostage et ça m’avait intéressée ». En 2013, la jeune diplômée commence par un contrat de neuf mois en tant que service civique, avec la charge d’informer les habitants et de les guider dans l’installation d’un composteur. Elle avait également pour mission de développer le compostage dans les écoles mais aussi d’assurer une activité d’animation autour de l’éducation à l’environnement.
À l’issue de son service civique, elle signe un CDD avant de contractualiser un CDI en 2015. Un an plus tard, quand l’un des bénévoles fondateurs quitte la structure, Aline Vieille reprend ses missions de gestion de l’association.
Alors que le compostage en pied d’immeuble est en perte de vitesse, Trivial Compost porte l’ambition de développer une nouvelle offre destinée aux professionnels et à leur important gisement de biodéchets. Outre l’hôtellerie-restauration, l’association pense aux boulangers ou encore aux fleuristes. « Il y avait un besoin et de la demande, mais la démarche apparaissait complexe à mener avec le statut d’association », résume la jeune femme brune aux yeux bleus.
« Le métier se construit... C’est très enrichissant et je m’éclate. »
Dans un souci d’efficacité, Trivial Compost, qui compte alors six salariés, devient une Scop, un « statut qui nous a semblé logique et naturel ». La bascule est opérée avec succès notamment grâce au soutien de l’Urscop. « Nous avons régulièrement échangé. Les équipes nous ont aidés à faire un prévisionnel, à définir nos projets d’investissement… » À l’heure où la nouvelle structure devait se choisir un responsable, sa connaissance de l’association, sa vision transversale de la gestion et son sens de l’entrepreneuriat ont permis à Aline Vieille d’être élue gérante.
Changer d’échelle face à des besoins grandissants
Désormais entreprise, Trivial Compost donne vie à son projet destiné aux professionnels après l’avoir expérimenté à petite échelle avant la crise du Covid. Débutée à vélo et traitée à la fourche, cette collecte se confronte à des limites de quantité. Retenue dans le cadre d’un appel à projet de l’Ademe et de la Région, la Scop étudie alors la faisabilité de ses ambitions et trouve les financements pour accroître son activité.
« Nous avons investi environ 200.000 € dans ce projet », rappelle Aline Vieille. Quatre vélos avec remorque, deux camions, de nombreux contenants de collecte de différentes capacités pour les professionnels de tous horizons, du restaurant à l’agence bancaire, et une compostière construite sur une exploitation agricole à Torpes participent au changement d’échelle.
L’activité de la structure ne cesse de croître. En 2025, Trivial Compost a ainsi récupéré 300 tonnes de biodéchets qui ont fourni quasiment autant de compost utilisé par l’agriculteur partenaire. « Nous devrions atteindre 370 tonnes en 2026 mais on peut monter à 600 tonnes. »
Alors que la Scop compte maintenant neuf salariés et réalise 260.000 € de chiffre d’affaires, elle déploie de nouveaux projets en travaillant sur la réduction des déchets dans les restaurants scolaires en collaboration avec le Sybert, syndicat de traitement des déchets de Besançon. « On prévoit aussi de nouveaux investissements pour faciliter le travail des équipes et gagner en efficacité, comme un tunnel de lavage pour nos 200 bacs quotidiens. »
La filière étant encore en développement, la Scop a sollicité un ingénieur pour concevoir sur mesure la machine nécessaire pour les retourner. « Nous avons aussi une citerne qui récolte les jus de compost et que nous voudrions traiter sur place par phytoépuration, mais c’est encore expérimental. »
Le métier se construit et Aline Vieille se réjouit d’y contribuer. « C’est enrichissant et je m’éclate », sourit cette jeune maman récemment nommée parmi les finalistes du Prix des dirigeantes de l’Économie sociale et solidaire. En plus du sentiment d’utilité qu’elle ressent, cette passionnée y voit une façon de mieux supporter une certaine écoanxiété désormais omniprésente.