De la chute du Mur de Berlin à la remontée de l’AJ Auxerre en Ligue 1, Attila Farkas représente à lui seul un morceau d’histoire. Né à Budapest en 1978, dans un État qu’on nommait encore République Populaire de Hongrie, le futur entraineur des gardiens a grandi dans un pays communiste dont il garde néanmoins le souvenir d’une enfance heureuse. Son père tient deux petites « stations essence » à Budapest. Sa mère travaille dans la restauration. « Quand tu étais moins bien payé, tu roulais en Trabant, quand tu gagnais plus d’argent tu roulais en Lada, mon père, lui, roulait en Lada », dit-il dans un sourire.
En 1992, Attila Farkas a 14 ans. Jeune footballeur, il fait partie des gardiens les plus prometteurs de Budapest. À deux pays de là, Kalman Kovacs enfile les buts comme les perles en première division avec l’AJ Auxerre. Profitant de ses relations avec l’attaquant auxerrois, le père d’Attila envoie son fils faire un essai dans l’Yonne. C’est finalement à Paris chez son oncle qu’il pose ses valises. Quelques années plus tard, l’AJ Auxerre le rappelle pour renforcer l’équipe réserve. En 1998, son avenir s’écrit route de Vaux. Au poste de gardien où les places sont chères, les portes de l’équipe première ne s’ouvrent pas, le jeune gardien alterne les matchs avec les équipes B et C de l’AJ Auxerre. Nourri, logé, blanchi, sa situation n’est pas à plaindre mais son avenir en tant que footballeur est incertain. Alors, en 2005, en parallèle de sa carrière, il commence à entraîner les jeunes gardiens de la section sport-étude du collège Paul-Bert, tout en passant ses diplômes d’entraîneur.
« On a cette mauvaise habitude de vouloir aider partout. Chacun à son fer de lance, moi c’est dans la performance. Je cherche à intervenir à travers mon savoir du sport, à faire sortir le meilleur de chacun.
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L’histoire dure sept ans jusqu’à ce qu’un concours de circonstances l’amène à entraîner au plus haut niveau. En 2012, l’AJ Auxerre vient de descendre en Ligue 2. L’entraîneur Jean-Guy Wallemme claque la porte après une défaite, suivi de l’entraîneur des gardiens, Guillaume Warmuz. « Un lundi, on m’appelle pour entraîner les gardiens professionnels en attendant l’arrivée d’un nouveau staff. Le soir-même, Bernard Casoni est nommé entraîneur et j’apprends lors de sa conférence de presse que je suis nommé entraîneur des gardiens de l’équipe professionnelle. » Un poste qu’Attila Farkas occupera durant huit saisons auprès de six entraîneurs différents. Les maintiens difficiles en Ligue 2, une finale de coupe de France en 2015 face au Paris-Saint Germain ainsi que la remontée en Ligue 1 au printemps 2022, le Hongrois est l’indéboulonnable entraîneur des gardiens jusqu’à ce qu’un énième changement d’entraîneur à l’automne 2022, entraîne son rapatriement au centre de formation. Un an plus tard, Attila Farkas est en fin de contrat. La parenthèse se ferme brusquement, 24 ans après être arrivé par la petite porte et avoir gravi patiemment tous les échelons. Son aventure route de Vaux prend fin.
Ressources psychologiques
Diplômé dans le domaine de la préparation mentale, Attila choisit cette voie pour se reconvertir. Tout sauf un hasard pour celui qui a accompagné pendant des années des gardiens de buts au plus haut niveau, un poste concurrentiel où le volet mental occupe une place importante. Attila Farkas monte un site internet fin 2023, crée quelques formations et propose ses services à des entreprises. « On a cette mauvaise habitude de vouloir aider partout. Chacun à son fer de lance, moi c’est dans la performance. Je cherche à intervenir à travers mon savoir du sport, à faire sortir le meilleur de chacun. »
Pour celui qui coachait encore Donovan Léon et Benoît Costil un an plus tôt sur les pelouses de Ligue 1, les difficultés rencontrées sont nombreuses pour se faire connaître dans ce nouveau domaine. « Quand j’allais voir des entreprises en disant je peux vous coacher, on me répondait : tu veux nous faire courir, tu veux nous faire plonger, témoigne le chef d’entreprise. J’avais une étiquette dans le dos, celle de l’entraîneur. » Pas découragé pour un sou, le Hongrois se saisit de son bâton de pèlerin. Pour le moment, l’intéressé n’en vit « pas suffisamment ». Dans le creux de la vague, l’ex-entraîneur des gardiens n’a pas hésité à reprendre un emploi à temps partiel pour joindre les deux-bouts. « J’ai travaillé quelques mois comme vendeur chez Decathlon, puis à l’institut médicoéducatif (I.T.E.P) de Saint-Georges-sur-Baulche, confie Attila Farkas. Je m’applique la recette du sport de haut niveau : il faut de la concentration, du lâcher prise et de la persévérance. » Aujourd’hui, Attila Farkas intervient auprès de chefs d’entreprise et de sportifs. « Il fallait quelque part qu’à travers mes interventions je puisse prouver mes connaissances ». L’entrepreneur travaille sur de nouveaux formats comme les conférences mais aussi le coaching de séniors qui éprouvent des difficultés à retrouver un emploi. Convaincu de son projet et malgré la dure réalité du monde de l’entrepreneuriat, le Hongrois veut continuer d’étendre son offre et d’innover pour faire profiter de son savoir-faire. « Je suis un lent mais j’atteins toujours mes objectifs, parfois avec un peu de retard… », sourit Attila Farkas. L’enfant de Budapest s’accroche, et n’a pas prévu de perdre le match.