Aubin Barillon n’est pas né avec une vocation de sportif. Enfant, il se souvient de quelques randonnées avec ses parents et de parties de basket entre copains, mais rien qui le prédestinait au haut niveau.
Originaire de Strasbourg, il a une douzaine d’années lorsqu’il commence à éprouver des difficultés à marcher, sans en comprendre la cause. Le diagnostic tombe : un angiome de la moelle épinière. L’espoir d’une guérison s’éloigne au fil des opérations et des hospitalisations, il se retrouve en fauteuil roulant.
Après une période difficile faite d’incompréhension et de rééducation, le jeune homme finit par rebondir. « J’ai eu la chance d’être bien entouré par ma famille, mes amis », souligne-t-il. Il trouve dans le sport un formidable moyen de se reconstruire.
STAPS, à l’épreuve des préjugés
À mesure qu’il pratique, une idée s’impose : faire du sport son métier. Aubin s’inscrit donc en STAPS à Strasbourg, sans signaler d’emblée son handicap. « Je voulais prouver que c’était possible, être le premier à y arriver. J’ai averti l’infirmière quinze jours avant. Ils ont réuni les profs et ça s’est bien passé. Tout le monde a été ouvert. Ils ont mis en place des aménagements, plus ou moins réussis. Ce fut une belle expérience, y compris pour l’équipe éducative. »
En parallèle de ses études, il se lance dans le basket-fauteuil de haut niveau avec le club de Strasbourg. Il évolue en deuxième puis en première division. Son cursus universitaire le conduit ensuite à Dijon.
Cap sur la Bourgogne
Aubin Barillon devient Bourguignon et rejoint naturellement l’Élan Chalon, dont l’équipe de basket-fauteuil évolue alors en troisième division « mais affichait de grosses ambitions ».
En 2017, il obtient son Master 1 en activité physique adaptée avant d’effectuer un service civique au comité handisport de Saône-et-Loire. Sa mission ? La sensibilisation des jeunes. « Je suis allé dans les écoles pour partager mon récit de vie, parler du handisport. »
« Il y a eu quelques évolutions dans l’accessibilité, mais ça n’a pas suivi partout. Et les fauteuils roulants ne sont pas encore totalement remboursés… ».
Il travaille ensuite pendant cinq ans chez Decathlon, avant de créer sa propre entreprise spécialisée dans la commercialisation de fauteuils roulants. Il collabore avec plusieurs sociétés, dont le fabricant japonais Whill.
Le sport reste omniprésent. Mais après cinq saisons à l’Élan Chalon, Aubin ressent le besoin de changer d’horizon. « J’ai arrêté le basket parce que je commençais à me lasser. Je voulais goûter à autre chose, faire du sport avec des valides, avec mes potes. » Il s’essaie notamment au badminton et aux voyages, notamment un tour de l’Islande. L’envie de découverte est intacte, elle va le mener au cœur du désert marocain.
Une roue dans le trail
C’est une première participation au Marathon des Sables Handi qui lui ouvre les portes du trail. Une version handisport de cette course mythique, adaptée pour permettre à des personnes en fauteuil de prendre part à l’aventure. « La première fois, c’était plutôt un test, la découverte d’un milieu. Après, je suis revenu en mode compétiteur. »
Le principe de cette compétition repose sur une équipe de quatre personnes : l’athlète en fauteuil et trois accompagnants valides, qui se relaient pour pousser ou tirer le fauteuil sur les terrains difficiles. Aubin, qui conserve le plein usage de ses bras, contribue lui aussi à l’effort en poussant sur ses roues. Une course qui repose autant sur la solidarité que sur l’endurance. « On partage l’effort pour avancer », résume l’athlète. Cette année, les organisateurs ont ajouté des épreuves en solo durant lesquelles le participant en situation de handicap pousse et dirige lui-même son fauteuil, avec des temps bonus à la clé.
La victoire au bout des roues
Début octobre, Aubin et ses trois équipiers, Florian Lamalle, Samuel Alampi et Jérôme Plantegenet, se sont ainsi attaqués à quelque 70 kilomètres de dunes, de rochers et de sols caillouteux, répartis sur trois étapes, le tout en totale autonomie sous une chaleur accablante (jusqu’à 43 °C). « On partait tôt le matin. Les étapes duraient entre 2 h 30 et 3 heures. » Seize équipages handisport, venus principalement de France, mais aussi de Suisse, d’Italie, de Belgique et d’Angleterre, étaient au départ.
Au terme de cette aventure, Aubin Barillon et son équipe ont décroché la victoire. Une belle performance sportive, évidemment, mais l’essentiel est ailleurs : contribuer à installer durablement le Marathon des Sables Handi parmi les grands rendez-vous internationaux du sport inclusif.
D’autres grandes courses commencent à s’intéresser au trail handisport, à l’instar de l’Ultra-Trail du Mont-Blanc (UTMB). Cet été, Aubin et ses équipiers ont été invités à tester le dispositif en montagne, lors d’une course où quatre équipages se sont relayés sur le parcours.
De nouveaux défis en ligne de mire
On l’imagine aisément : la victoire marocaine a donné de nouvelles idées. Lors de cette course, Aubin a rencontré le traileur Sélim Deterpigny. Les deux hommes ont décidé de se lancer un défi de taille : réaliser une « Crazy Loop », un format d’ultra-trail consistant à enchaîner des boucles, dans une station de montagne. Leur ambition ? Dépasser les 100 kilomètres en 24 heures. « Ça n’a jamais été fait, c’est un gros objectif. »
Si les Jeux paralympiques de Paris 2024 ont contribué à mettre le sujet sur le devant de la scène, Aubin estime que l’élan est retombé trop rapidement. « Il y a eu quelques évolutions dans l’accessibilité, mais ça n’a pas suivi partout. Et les fauteuils roulants ne sont pas encore totalement remboursés… »
À Chalon, avancer au quotidien
À Chalon-sur-Saône, où il vit aujourd’hui, Aubin Barillon ne cherche pas à dramatiser les difficultés, mais son expérience lui donne un regard concret sur les progrès qui restent à accomplir. « J’ai la chance d’habiter au rez-de-chaussée et j’ai une voiture adaptée, avec des commandes au volant. Je suis donc indépendant. » Il se montre plutôt satisfait de l’accessibilité des petits commerces, épiceries, restaurants. Mais certains lieux publics restent plus compliqués à fréquenter, notamment les gares et les mairies. À bon entendeur…