Carole Rosell
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Carole Rosell

Une céramiste Grand cru

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Photo de Carole Rosell
Grâce à son nouvel atelier installé dans le centre de Nuits-Saint-Georges, Carole Rosell peut accroître son activité et mieux accuellir ses stagiaires. (Crédit : DR.)

Paris, Bruxelles, Barcelone puis Toulouse. Enfant, Carole Rosell a souvent déménagé pour suivre son père, juriste international. La famille posera plus longuement ses valises en Haute Garonne, où Carole Rosell passera un bac littéraire orienté vers les langues, influencée par sa vie à l’étranger et des origines britanniques. Elle enchaîne avec une fac de droit « pour faire comme papa » mais se rend compte que ce n’est « pas son truc ». En septembre 1999, elle expérimente les vendanges sur la côte de Beaune. Une rencontre inattendue la poussera à rester dans la région et à passer un BTS viticulture et oenologie. « Je ne connaissais ni ce secteur ni la région. Je voulais travailler en gardant les langues étrangères puisque j’ai toujours évolué dans un univers polyglotte. J’ai choisi de m’orienter dans le commerce du vin mais je ne pouvais pas vendre un produit que je ne connaissais pas, donc j’ai débuté par un diplôme technique pour mieux appréhender le vin. » Elle passe les deux ans de son BTS en alternance dans un domaine de Premeaux Prissey et obtient son diplôme en 2003.

Concilier technique et commerce du vin

Avec son compagnon rencontré pendant ce cursus, ils décident de poursuivre leur parcours avec une licence en commerce international à Narbonne pendant un an avant de revenir en Bourgogne. En 2005, Carole Rosell intègre Bouchard père et fils, où elle restera pendant huit ans. D’abord à l’administration des ventes, son appétence pour l’aspect technique l’encourage à enrichir sa formation et à collaborer dès qu’elle en a l’occasion avec les équipes de laboratoire. Elle s’oriente alors vers un mastère commerce international des vins et spiritueux grâce à un aménagement de son temps de travail accordé par son employeur. Pendant un an et demi, une week-end par mois, elle se rend à Paris pour suivre les cours de la BSB. « J’ai ensuite pu évoluer dans mon poste en devenant chargée de relation clientèle. Ma mission consistait à créer un parcours de relation client. » Elle interrompt son travail le temps d’un congé maternité mais ne retrouve pas son poste comme elle l’avait quitté. « Une crise financière a bouleversé les choses et j’ai quitté l’entreprise. » À cette époque, le couple quitte Dijon pour se rapprocher du lieu de travail de son compagnon, à Nuits Saint Georges. Carole Rosell trouve un emploi dans un négoce où elle s’occupe de l’export pendant deux ans. Quand la société est rachetée, elle rejoint ensuite un importateur de vins pour les particuliers américains, maniant l’anglais au quotidien pour assurer la coordination logistique.

Repenser sa carrière

(Crédit : DR.)

La crise de la Covid donnera un coup de frein à sa carrière. « Je suis restée au chômage technique pendant neuf mois. J’ai perdu mes dossiers et mes responsabilités et, par la même occasion, j’ai perdu foi et sens dans ce que je faisais. Cette période a été difficile à vivre », se souvient Carole Rosell. À cette époque, son compagnon lui offre une initiation à la poterie. « J’ai aimé cette pratique, donc j’ai recommencé avec des stages. Dans ma famille, on a toujours baigné dans l’artisanat et l’art. Je crois que ça a éveillé mon goût pour ce genre de choses. » Peu à peu la poterie et la céramique s’intègrent à sa vie. Les week ends, elle fait la route jusqu’à Saint Mesmin pour rejoindre un atelier. « Je me souviens de ces temps de créativité, un temps pour moi, les mains dans la terre. » À 40 ans, elle qui assume sa chevelure poivre et sel arrivée très tôt, considère que si elle doit changer de vie pour transformer sa passion en activité, c’est à ce moment là. Elle réalise donc les indispensables dossiers pour financer sa transition professionnelle et se lance en septembre 2021 avec un CAP Tournage en céramique.

Les mains dans la terre au quotidien

Diplômée en juillet 2022, elle installe son atelier à son domicile et débute officiellement son activité quelques mois plus tard sous le nom de Rosebelle Céramique. « J’ai commencé par une petite production de débutante parce que je ne savais pas vers quoi me diriger. J’ai tâtonné. » En février 2023, une voisine, cheffe du restaurant Premnord à Premeaux Prissey, la sollicite pour constituer la vaisselle du futur établissement.

Pendant trois mois, Carole Rosell s’attelle à répondre à cette commande et réalise les 350 pièces nécessaires. « Ça m’a reboostée, j’ai aimé relever ce challenge qui donnait du sens à ce que je faisais. Je préférais faire quelque chose d’utile plutôt que des objets d’art. » La céramiste accueille sa première stagiaire qui deviendra ensuite sa salariée. Ensemble, elles suivront désormais cette voie en répondant aux commandes des professionnels de l’hôtellerie restauration mais aussi de particuliers. En décembre 2023, elle décide de mettre à profit ses connaissances du monde viticole pour imaginer un objet en céramique adapté à la filière. Elle réalise alors un crachoir de dégustation qui deviendra son produit phare grâce à son réseau dans le secteur et à la dimension utile et esthétique de l’objet.

« Dans ma famille, on a toujours baigné dans l’artisanat et l’art. »

« Aujourd’hui, j’en ai fait plus de 600 grâce au bouche à oreille », sourit elle derrière ses grandes lunettes. Depuis août 2025, Rosebelle Céramique profite d’une meilleure visibilité auprès de la clientèle locale et de passage grâce à la boutique dans laquelle elle s’est installée pour profiter d’un atelier plus grand au coeur de Nuits Saint Georges. « J’avais besoin de place pour dispenser les cours et installer plus de matériel. » Sa reconversion et son parcours ont été salués par le réseau Initiative. L’artisane avait en effet bénéficié de l’accompagnement d’Initiative Côte d Or pour financer son investissement et a pu candidater aux trophées. Elle a été récompensée du deuxième prix régional accompagné d’une dotation de 4.000 €. « Ce prix me permettra d’améliorer l’accessibilité du local mais aussi d’acheter une boudineuse, un équipement qui malaxe la terre afin de gagner en temps et en confort de travail. » Et autant de tables supplémentaires où l’on pourra admirer les créations de l’atelier de Rosebelle.