Invités / Entretiens

Chloé Ploncard

Exemple de résilience

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Photo de Chloé Ploncard
Chloé Ploncard a appris à surmonter les obstacles que la vie a mis sur son chemin et sur son corps pour en faire une activité professionnelle au service des autres. Crédit : JDP.

Chloé Ploncard multiplie les allers-retours à l’hôpital jusqu’à l’âge de 14 ans avant de poursuivre les traitements chez elle. Malgré un redoublement au collège et une période de rébellion provoquée par un ras-le-bol d’être différente, elle obtient son brevet et enchaîne avec un BEP Carrières sanitaires et sociales. « J’ai grandi dans un environnement tourné vers le social. Je voulais moi aussi venir en aide aux autres. » En 2007, elle obtient son diplôme et ambitionne de devenir éducatrice. « Le jour où j’ai appris que j’étais acceptée en formation, j’ai aussi appris que j’avais un nouveau lymphome, de stade quatre. Du coup, je n’ai pas pu faire ma rentrée. »

Une nouvelle année de chimiothérapie suivie d’un break pour se reconstruire et reprendre ses marques, elle touche du doigt son retour à l’école. Malheureusement, le sort s’acharne. Chloé Ploncard doit subir une nouvelle greffe hépatique et patientera six mois dans un hôpital parisien, entourée de sa mère qui mettra sa carrière entre parenthèses pour épauler sa fille. Son opération en juillet 2011 lui fera l’effet d’un premier déclic. « J’ai pris conscience de ma chance quand tout le monde ne peut pas être greffé. Ça a changé ma perspective de vie et j’ai décidé de saisir les opportunités qui se présenteraient. »

Chercher sa voie…

Chloé Ploncard aura mis quatre ans de plus que prévu mais finira par intégrer sa formation d’éducatrice et obtiendra son diplôme deux ans plus tard après un parcours complexe. « C’était dur de retourner à l’école après un long arrêt. Il y avait la fatigue, le brouillard cérébral. J’ai réappris à réfléchir, à structurer ma pensée tout en jonglant avec les rendez-vous médicaux. » Elle enchaînera avec un premier emploi à temps partiel qui correspond à ses besoins. Pendant un an et demi, elle accompagnera un enfant avec un trouble autistique en maternelle. Quand l’enfant intègre la primaire, son contrat est suspendu, lui laissant un sentiment d’inachevé et d’injustice. « J’ai cru que l’on me rejetait à cause de mon handicap, conséquence de mes nombreux médicaments. Cette colère m’a donné l’élan nécessaire pour me mettre à mon compte, mais il me restait à trouver dans quelle activité. »

« Je me suis construite à l’hôpital, j’y ai même fait une partie de ma scolarité ! »

Pendant ses réflexions, Chloé Ploncard pose pour des photographes amateurs mais aussi professionnels, attirés par sa peau pâle, ses cheveux roux, ses yeux bleus et son dynamisme qui dépasse sa petite taille, d’1,48 m. « Ça me permettait de côtoyer l’univers de la création que j’affectionne. J’ai donc décidé de me former au maquillage – beauté. » En mai 2017, elle crée son entreprise « Poudre de fée » avec l’envie de valoriser l’image des femmes. Elle commence par maquiller des futures mariées mais souhaite accentuer encore son travail auprès de celles qui manquent de confiance en elles. Chloé Ploncard se forme alors en conseil en image. « Je n’étais pas à l’aise avec les diktats d’une beauté qui reposerait sur les mêmes critères. Je préférais envisager la beauté des femmes à travers leur identité personnelle pour la révéler avec des couleurs et des formes plutôt que d’imposer un standard. »

Et finir par la trouver

Aider ces femmes l’a aidée à se reconstruire d’autant que Chloé Ploncard s’était convaincue qu’elle ne vivrait pas au-delà de 30 ans. Elle a donc vu les jours qui ont suivi son trentième anniversaire comme des bonus. « J’ai alors eu envie de faire quelque chose de ce que j’avais vécu mais j’avais besoin de temps pour l’accepter et être prête à le partager. » Sa rencontre avec des coachs lui donnera une première occasion de s’y essayer. En mars 2023, elle monte sur la scène du théâtre du Gymnase à Paris avec 15 minutes devant elle pour « livrer ce que je voulais dire au monde si je devais mourir le lendemain. » Devant 250 personnes, elle s’exécute malgré l’appréhension. « C’était une sorte de coming-out. Je ne voulais plus cacher mes cicatrices, c’était fini la honte. »

Suivie par le pôle d’économie sociale et solidaire, elle décide de se lancer avec l’objectif de mettre en lumière les personnes qui ont des cicatrices liées à un accident de la vie. « Nos cicatrices racontent notre histoire. » À travers des ateliers collectifs ou un accompagnement personnel, Chloé Ploncard utilise son histoire, ses compétences acquises en formation d’éducatrice mais aussi ses recherches et différents outils comme la photographie ou la danse pour aider ceux qui en ont besoin à se réapproprier leur corps marqué. Son témoignage inspirant est également sollicité à l’occasion de conférences.

Regrettant que les médias ne mettent qu’occasionnellement en lumière les personnes avec des cicatrices, la dynamique et pétillante jeune femme envisage désormais de faire une exposition photo pour mêler artistique et parcours de vie. Pour l’heure, elle a récemment remporté le défi pitch de l’ESS dans la catégorie développement.