Claude Signolet
Invités / Entretiens

Claude Signolet

95 ans... bon pied, bon oeil

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(Crédit : JDP.)

Cultiver le corps et l’esprit, voilà ce qui anime chaque jour Claude Signolet. S’il tique un peu lorsqu’on lui parle de son âge, « ce n’est qu’un chiffre... mais ça donne un peu le vertige », l’ancien instit’ et directeur d’école ne se fait pas prier pour évoquer quelques souvenirs et - surtout - parler de l’avenir. Le jeune homme de 95 ans ne compte plus depuis belle lurette le temps donné aux multiples activités qui rythment sa vie.

Une vie entamée en janvier 1931 à Aubervilliers où le paternel est mécanicien. Mais le berceau des Signolet est à Varzy, dans la Nièvre. Depuis 1626 ! En toute logique, la famille s’y replie quand éclate la Seconde Guerre mondiale. « Mes parents tenaient le restaurant de l’Agriculture, rue Delangle. C’est là que j’ai chopé le virus du ping-pong, qu’on n’appelait pas encore tennis de table. Il y avait des clients qui pratiquaient ce sport, sourit-il. J’ai donné mes premiers coups de raquette sur le billard du café tenu par Rex Barrat (photographe et peintre reconnu) dans notre rue. »

Lycéen à Clamecy, le jeune Claude prolonge son perfectionnement avec la petite balle blanche dans les bistrots de la cité de Romain Rolland. Le bachelier est alors nommé prof de français au lycée professionnel de... Varzy. « J’ai ensuite opté pour la voie des remplacements dans les écoles. » Il y aura La Machine, Villiers-le-Sec et puis Courcelles dont sa fertile mémoire d’instit’ conserve une trace inaltérable. « Je faisais les cinq kilomètres qui séparent Varzy de Courcelles à vélo, rien d’extraordinaire, mais en février 1956, j’ai vraiment galéré. Il a gelé jusqu’à -20°c pendant trois semaines. Vingt-neuf jours exactement. Aucun élève ne venait en classe. Ma collègue me préparait du café et je bouquinais... » La suite passe par... Varzy où, rapidement, il devient le directeur de l’école primaire. Il le sera durant trente ans, jusqu’à l’heure de sa retraite en 1989.

Une retraite très active autour du « ping »

Comprenez retraite professionnelle, parce que Claude Signolet est tout l’opposé du père pantouflard. « Claude est sûrement le recordman de la retraite active », assure Tania, l’une des licenciées de l’Association Sportive de Varzy (ASV) tennis de table. « Il s’occupe de tout au club, presque tous les jours. Et tous les jours, il est en reportage pour le Journal du Centre... »

(Crédit : JDP.)

Le club, Claude Signolet l’a créé en 1960 avec Paul Millot, le facétieux facteur qui avait dégoté une table de ping-pong dans la salle de bal d’un village alentour. Un an plus tard, place aux débuts officiels. « Pour le premier match contre Saint-Léger-des-Vignes, j’ai dû marquer un seul point, mais peu à peu, des jeunes de Varzy et de la région sont venus grossir les rangs. En 1970, on a atteint le niveau régional. Et, cinquante-six ans plus tard, notre petit club est toujours accroché à ce niveau. Pas mal non pour un village de 1.200 âmes [1] ! »

Le nonagénaire alerte tient, lui, toujours sa place de redoutable défenseur dans l’une des équipes de niveau départemental. S’il a aussi mouillé le maillot quelques saisons aux côtés de ses amis footballeurs, et s’il n’est pas rare de le croiser à vélo, « désormais à assistance électrique », s’excuse-t-il, sa vie sportive est essentiellement axée autour du « ping ». Joueur, secrétaire et président, il cumule les fonctions avec le même enthousiasme qu’autrefois. « Sa grande force, c’est d’être tourné vers l’avenir, analyse Jean-Louis Bridiau, l’un de ses fidèles adjoints au club. Et puis il alterne à merveille l’entretien du corps et celui de l’esprit, ce qui explique sûrement en grande partie sa forme générale au vu de son âge. »

À 95 ans, toujours sur le terrain

L’intellect, Claude Signolet l’entretient avec son rôle de correspondant local de presse. « Je pige pour le Journal du Centre depuis 1968 », précise celui dont l’aîné de ses deux fils, Pascal, donne lui aussi dans les médias : on lui doit notamment la réalisation d’une partie des Enfants du Rock, des documentaires (Ma poubelle est un trésor, Techno Story, Welcome to Portishead)... ou encore la direction du festival « Atmosphères » (cinéma, arts et science autour de l’écologie) à Courbevoie.

La fine plume de Claude Signolet s’exprime donc plusieurs fois par semaine dans le journal nivernais. « Il écrit même de mieux en mieux, avec toujours cette petite touche d’humour », note avec une certaine admiration Georges Marchand, l’autre figure emblématique de Varzy, ancien maire, historien et actuel président de l’association des Amis du Vieux Varzy.

Entre reportages et activités pongistes, Claude Signolet prend tout de même le temps de quelques balades dans les bois de La Chapelle, autour de ces buttes si caractéristiques du Haut Nivernais ou sur les hauteurs de La Bordafaux, hameau perché qui surplombe ce joli village aux toits pentus. Un petit moment contemplatif dans l’agenda bien rempli d’un bel exemple de longévité. Le corps sain dans l’esprit sain n’a pas de limite...

[1] En septembre 2026, l’AS Varzy tennis de table compte 80 licencié.e.s pour six équipes dont la première évolue au niveau régional.