Clément Sommier goûte en ce début juillet à quelques jours de vacances bien méritées après un flot d’émotions. Le 29 juin dernier, dans le cadre prestigieux du théâtre des Célestins à Lyon, il est devenu le meilleur sommelier de France deux ans après avoir échoué en finale derrière Bastien Debono.
Comme un athlète de haut niveau
Un soulagement après un vrai parcours du combattant, en trois étapes : les premières épreuves lors de Wine Paris en février, la demi-finale à 6 concurrents et la finale à 3, avec des épreuves multiples sur les vins bien sûr mais aussi les cocktails, les thés, les softs… « Il faut mobiliser ses capacités, ses connaissances dans un timing serré. C’est parfois désarçonnant, le cerveau doit aller très vite ». Et le tout, devant un public de 500 personnes. « On est tellement concentrés qu’on ne les voit pas. C’est un peu comme les JO, il faut être bon le jour J. Il y a tout un travail au préalable, une prépa mentale, comme un sportif… C’est beaucoup de bonheur de constater que les sacrifices payent. »
Dans les bras du père
Cerise sur le gâteau, comme dans un scénario hollywoodien, il est tombé dans les bras de son père, Fabrice, président l’Union de la sommellerie française, chargé de lui remettre son prix. Un père dont on présume l’influence sur l’orientation professionnelle de son fils. Alors oui, Clément a pu baigner dans l’univers des grands vins grâce à lui « mais il ne m’a jamais forcé pour que je me lance dans la sommellerie », tempère-t-il. Ainsi, après son lycée à Mâcon, Clément s’en va… passer une licence de Sciences Po à Lyon. Il voulait devenir journaliste sportif, fasciné par le regretté Thierry Gilardi. « Puis je me suis dit que ce n’était pas forcément pour moi ». C’est là qu’il est rattrapé par le virus bachique. Il s’oriente alors vers un Master en commerce des vins à Dijon. Autrement dit, le nouveau meilleur sommelier de France… n’a pas de diplôme de sommellerie.
Bourguignon pur jus
Le jeune homme qui a toujours vécu en Mâconnais, et qui s’est installé du côté de Grièges, de l’autre côté de la Saône, avoue un lien fort avec le territoire : « le Mâconnais, la Bresse, le Beaujolais, ce sont mes terroirs de prédilection. » Et quand on lui demande ses chouchous dans la région, il se lance après une petite analyse liminaire : « Aujourd’hui, on a un peu dépassé le concept des AOC pour aller vers des signatures de vignerons ». Il ne tarde pas à citer des noms : les domaines Lafarge à Volnay et Carrette à Vergisson, la maison Faiveley ou encore le château de Chamirey à Mercurey.
Pas en salle
Si Clément avait débuté par un passage chez Georges Blanc, il n’officie pas en salle aujourd’hui. « Je n’ai pas eu envie de quitter la salle tout de suite, d’ailleurs j’ai failli travailler pour un 3 étoiles près de Lausanne mais ça ne s’est pas fait. J’ai eu l’opportunité Berthaudin à Genève. C’est une façon différente d’exercer le métier ». Son rôle ? Faire bénéficier de son expertise en tant que sommelier-conseil. Il s’occupe des achats chez les vignerons et de la revente, principalement vers les restaurateurs. « J’aide à créer des cartes de vins avec des cuvées de France, d’Italie, de Suisse ou d’Espagne. »
Sommelier face à la crise
Clément Sommier arrive dans le métier à une époque où la filière vin est chahutée. « Depuis 2023, la baisse de la consommation se généralise », reconnaît-il sans amertume car le métier est plus large que le vin : « on travaille toutes les boissons : les cafés, les thés, les eaux. Notre mission sur le vin est de partager cet aspect culturel qui est fabuleux, mais je ne suis pas sûr qu’on puisse influer sur les millions d’hectolitres non bus… ». Et il accueille la tendance des vins sans alcool avec une pointe de scepticisme. « J’en goûte régulièrement, il y a quelques effervescents ou cépages aromatiques avec une acidité marquée qui sont intéressants mais globalement, ça manque de persistance, ça n’a pas la personnalité d’un vin avec alcool… Je préfère orienter vers des boissons type kéfir ou kombucha. »
Et maintenant, le monde ?
Les sommeliers ne résoudront pas la crise viticole à eux seuls, Clément poursuit son bonhomme de chemin. De quoi rêve-t-il ? Pas d’un changement majeur. « Je travaille pour une entreprise qui me laisse énormément de temps, ça n’a pas de prix. Je suis bien chez Berthaudin, c’est ma priorité. Je n’ai pas vocation à créer mon propre business. Dans un premier temps, j’aimerais profiter de mon titre pour pouvoir écrire… » comme un retour à ses premières amours.
« J’ai toujours eu de l’ambition. Si je n’ai pas d’objectif, j’ai du mal à avancer. »
« J’ai toujours eu de l’ambition. Si je n’ai pas d’objectif, j’ai du mal à avancer. Avec la pression d’un concours, il y a la nécessité d’être au courant de l’actualité. C’est une bonne excuse pour continuer à apprendre, à s’ouvrir l’esprit… ». La suite logique serait de viser le titre de meilleur sommelier d’Europe ou du monde… un autre challenge encore plus relevé. Il ne dit pas non « mais plus tard. C’est extrêmement difficile, c’est une prépa de dingue. » Alors en attendant, il soutient la française Pascaline Lepeltier et espère la voir monter sur la plus haute marche du podium dans quelques mois.