Tous les diplômes n’ont pas la même valeur. Celui décroché par David Chomat il y a quelques jours n’a pas de prix ! La certification en stratégies d’entreprise validée auprès de la prestigieuse HEC Paris ne symbolise pas moins qu’une résurrection pour le fondateur du groupe Davem. « Le troisième et dernier module, je l’ai passé en chambre stérile avec une épaule fracturée et j’ai obtenu 88/100. C’est ma meilleure note », souligne fièrement le néo-diplômé qui a noué pendant un an des amitiés fortes grâce à la boucle WhatsApp des étudiants d’HEC. « Avant la cérémonie, nous ne nous n’étions jamais vus. Ils m’ont encouragé et certains m’ont dit que je les avais impressionnés. » Car la vie de David Chomat a basculé précisément le 22 janvier 2024 lorsqu’à la suite d’une période d’épuisement inexpliquée et d’une batterie d’examens, le corps médical lui annonce un verdict implacable : leucémie myéloblastique aiguë. Soit une forme de cancer hématologique hyper agressive « potentiellement mortelle ». « Tu as beau faire deux mètres et plus de 100 kilos, tu t’écroules et chiales comme un môme », confesse-t-il. D’autant que ce père « célibattant » pense d’abord au sien, de môme, qu’il élève seul et à qui il se doit de trouver rapidement une solution d’éducation et d’hébergement pour une période encore indéterminée, puis à son entreprise et ses salariés. Le dirigeant vient de célébrer le dixième anniversaire de son groupe de sécurité incendie qui compte une vingtaine de collaborateurs et affiche une santé éclatante avec ses 3,5 M€ de chiffre d’affaires.
« C’est dans ces moments-là que vous ressentez toute la solitude du chef d’entreprise et que vous savez sur qui vous pouvez compter. Et, ils sont peu nombreux… » Sans associé et sans personne de confiance en interne, cet « homme-clé » devra, au bout de l’histoire, se résigner à faire appel à un mandataire judiciaire et à céder sa boîte. Toute une vie s’envole. Enfin, la première.
Rencontre avec Juliette…
L’heure est donc au protocole médical et celui que doit suivre David Chomat est particulièrement lourd. Pour tuer les cellules cancéreuses, il doit subir une chimiothérapie d’induction qui le met en état d’aplasie et l’oblige à demeurer en chambre stérile. Seule solution de guérison à long terme : la greffe de moelle osseuse, sous forme de transfusion de cellules souches. « Le problème est que ma maladie est ethnique et qu’il n’existe que 3.000 cas enregistrés en Europe, au Canada, aux États-Unis et en Israël. J’avais une chance sur un million de trouver un donneur compatible. » En parallèle, il suit à distance les procédures avec la mandataire judiciaire pour la gestion des affaires courantes de l’entreprise et s’emploie à tordre le cou aux rumeurs qui courent sur son compte en ville.
« Tu as beau faire deux mètres et plus de 100 kilos, tu t’écroules et chiales comme un môme. » - David Chomat
« J’ai notamment appris que j’étais mort… » Il puise ses ressources physiques et mentales dans son passé d’ancien pratiquant d’arts martiaux. C’est aussi à cette époque-là qu’il décide d’entrer dans un cursus universitaire pour « s’occuper l’esprit ». En mai, le centre hospitalier lui trouve une donneuse nord-américaine et la transplantation est programmée le 5 septembre 2024. « J’ai décidé de baptiser cette greffe Juliette en hommage à la jeune infirmière stagiaire qui m’a prodigué des soins le jour de l’intervention. Elle signifiait une forme de renaissance. » Et un instant de répit.
…Puis avec Hélène
Néanmoins, son chemin de croix est loin d’être terminé puisque, neuf mois après sa « rencontre avec Juliette », les résultats attendus ne sont pas au rendez-vous. Le myélogramme indique un retour des blastes dans son organisme. Autrement dit : Retour à la case départ. « Sauf que la donne avait changé. Les médecins m’indiquent que la donneuse américaine est indisponible pour raison de santé et je comprends alors que la situation va devenir très compliquée. Dans ma tête, j’étais déjà reparti pour recréer une entreprise… » Et pour cause : les probabilités de trouver un second donneur compatible, à moins d’un an d’intervalle, s’élèvent à une sur 15 millions. Soit la même probabilité pour un individu lambda d’être frappé par la foudre… Et comme dit l’adage : « La foudre ne frappe jamais deux fois au même endroit. » David Chomat poursuit son œuvre de résilience et d’abnégation jusqu’à ce jour où Hélène, l’infirmière coordinatrice du CHRU de Besançon lui annonce qu’une seconde donneuse — néerlandaise cette fois — a été identifiée. Le 30 septembre 2025, marque ainsi le jour où il renaît une nouvelle fois. Grâce à Hélène.
Et enfin Carla
Après plusieurs mois de « convalescence » marqués par des « effets secondaires ultra-violents » et malgré quelques neuropathies résiduelles qui l’empêchent, notamment, de conduire, l’Auxerrois affiche aujourd’hui un moral rompu à toute épreuve. Sur le plan biologique, l’analyse du chimérisme — la capacité d’un patient allogreffé à « accepter » les cellules souches — est « une réussite à 100 % ». Outre l’obtention de la certification HEC, il poursuit son rôle au sein du conseil d’administration du Medef pour lequel il a été élu juge prud’homal. Il siège par ailleurs au sein du conseil municipal de son village pour lequel, sans surprise, il s’occupe de la sécurité des bâtiments. Il envisage, par ailleurs, de devenir expert judiciaire incendie. « Une grosse entreprise avec des salariés et des journées à n’en plus finir, ce n’est plus pour moi. J’ai recentré ma vie autour de celle de mon fils », se promet-il. S’il a fait le choix de médiatiser sa maladie et son parcours, c’est d’abord pour mettre en garde les chefs d’entreprise du risque de se retrouver isolés en cas de coup dur. Et surtout pour faire la promotion de Carla Biotherapeutics, une medtech bisontine en quête de fonds pour le développement de thérapies cellulaires innovantes à destination des personnes atteintes du cancer pour laquelle l’Auxerrois pourrait jouer un rôle de représentant des investisseurs. Un ambassadeur insubmersible.