À la Défense, dans le sanctuaire de verre et d’acier de TotalEnergies, il flotte parfois une odeur de cave d’affinage. C’est le « pack de survie » de Delphine Merle : plusieurs kilos de Comté et de Morbier sous vide, en provenance directe de son Jura natal pour être partagés lors des comités de direction. Un morceau de terroir, une madeleine de Proust, comme une ancre pour celle qui, depuis le 1er février, pilote la stratégie verte de la compagnie en tant que directrice générale de TotalEnergies Renouvelables France. Delphine Merle est ce qu’on appelle une enfant du pays, ou plutôt un « pur produit Jurassien ».
Du noir au vert
Sa trajectoire est un hommage vibrant à l’école de la République : « je suis allée à l’école du coin, au collège du coin, au lycée à Dole, puis j’ai fait une classe prépa à Besançon, avant d’intégrer l’École Polytechnique et l’Institut français du pétrole, à Paris ». De cette éducation financée par l’État, elle tire une conviction : « Très tôt, je me suis dit que je travaillerai pour une entreprise française sur des sujets stratégiques pour le pays, une manière pour moi de rendre à la nation ce qu’elle m’avait offert ». Ses premiers contacts avec l’or noir se font en raffinerie. Pendant douze ans, elle multiplie ainsi les sites : Le Havre, Donges, l’Angleterre, l’Allemagne. Puis vint 2020, l’année du « grand écart ». La multinationale veut accélérer dans le biogaz, une « nouvelle aventure » où tout reste à construire. Pour Delphine Merle, les énergies fossiles font place à celles issues des déchets agricoles, alimentaires et animales.
« Il n’y a pas une année qui se passe sans quelques randonnées dans le Haut-Jura »
Aujourd’hui, Delphine Merle pilote un paquebot vert, troisième acteur des renouvelables en France, dont la puissance n’a plus rien d’anecdotique : 48 TW de production en 2025, soit l’équivalent de huit réacteurs nucléaires de taille moyenne. Pour elle, la transition n’est pas qu’une affaire de climat, c’est un impératif de souveraineté nationale. Dans ce sens, la publication le 13 février, par le gouvernement, de la nouvelle édition de la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE 3) est une bonne nouvelle. « L’attente autour de cette loi a suscité des inquiétudes en début d’année quant aux ambitions réelles de la France. Mais aujourd’hui, la déclinaison opérationnelle de la PPE3, notamment via le calendrier des appels d’offres pour l’éolien et le solaire annoncé par Bercy, offre enfin la visibilité nécessaire aux acteurs industriels ainsi qu’un socle pour poursuivre l’électrification des usages », affirme Delphine Merle.
En Bourgogne Franche-Comté, une région « riche de promesses décarbonées », Delphine Merle prévoit de renforcer la présence de TotalEnergies. « En BFC, on est à 25 GW de production, soit l’équivalent de la consommation énergétique d’une ville comme Belfort ou Chalon-sur-Saône. On peut sans doute faire beaucoup plus ! », confie celle que l’on peut croiser l’été sur les sentiers escarpés du Creux du Croue, sur le massif du Noirmont, près des Rousses. Pour faire de sa région natale le nouveau fer de lance de la décarbonation, Delphine Merle évoque notamment une montée en puissance de l’agrivoltaïsme. « Avec cet impératif, qu’il faut que l’installation apporte une plus-value agricole, que ce soit pour le bien-être animal ou la gestion du stress hydrique », martèle celle qui siège également au conseil d’administration du Syndicat des énergies renouvelables. Un projet innovant est ainsi en cours dans les environs de Dijon, consistant en un parc solaire surélevé qui permettra de lancer une plantation d’arbres truffiers sous les panneaux. Celle qui pilote aujourd’hui le développement, la construction et l’exploitation des infrastructures solaires, éoliennes, hydroélectriques et agrivoltaïques en Métropole et dans les Outre-mers inaugura, en juillet, une installation de deux centrales agrivoltaïques sur les communes de Valforêt et de Chamboeuf, en Côte-d’Or. Ce projet d’envergure d’un montant compris entre 25 et 27 M€ permettra, à terme, de couvrir la production annuelle de 26.700 habitants.