Jean-Vincent Holeindre
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Jean-Vincent Holeindre

À l’équilibre entre deux mondes

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Photo de Jean-Vincent Holeindre
Chemise en lin, bibliothèque chargée... nul doute que Jean-Vincent Holeindre est universitaire ! Crédit : JDP.

Né à Creil, Jean-Vincent grandit dans le petit village de Noisy-sur-Oise, en banlieue, à 1 h 28 de Paris en RER. Une vie à la campagne. Ses parents travaillent dans le secteur industriel. « Ma mère nous a poussés, avec mon frère, pour les études. On est les premiers dans la famille à avoir le bac ». Son frère s’oriente vers le droit, lui pense déjà aux lettres. « Quand j’étais au collège, je voulais être écrivain. Ce qui m’a toujours intéressé, c’est l’écriture. » Après un stage au journal Le Parisien, Holeindre se rêve journaliste. À 18 ans, le banlieusard monte à la capitale pour suivre une prépa littéraire, puis une maîtrise d’Histoire suivie d’un DEA d’études politiques. Ses études affinent son projet, c’est dans l’édition que le Valdoisien veut écrire son avenir. L’étudiant en sciences humaines s’en va en école de commerce pour mieux appréhender ce monde, débute sa carrière dans l’édition quand ses collègues l’invitent à prendre un chemin différent. « Tout le monde m’a dit : pourquoi tu ne fais pas une thèse ? ». Why not, la recherche était un domaine qui aiguisait son intérêt d’étudiant. Une bourse de doctorant en poche, Holeindre se lance donc dans l’écriture de sa thèse (« Le renard et le lion. La ruse et la force dans le discours de la guerre »). « Puis ma mère m’a dit : "tu devrais enseigner" ». Alors, en parallèle de ses recherches, Jean-Vincent Holeindre enseigne et devient maître de conférences à l’université Paris Panthéon-Assas.

Guerre et climat auxerrois

Durant ses études, Jean-Vincent rencontre celle qui partage sa vie depuis plus de vingt ans, la journaliste Héloïse Lhérété. Et c’est le parcours professionnel de sa compagne, devenue journaliste pour la revue Sciences Humaines, domiciliée à Auxerre, qui amène Jean-Vincent à emménager dans l’Yonne fin 2007. « On a fait le choix de s’installer sur place parce que ça correspondait à un choix de vie. Pour elle, de vraiment s’engager dans son travail en étant pleinement disponible. Pour moi, de quitter Paris pour finir ma thèse et avoir le temps de la réflexion, confie Jean-Vincent Holeindre. C’est vivre un peu à l’écart de Paris, avoir la distance suffisante par rapport à cette ville qui peut parfois rendre malheureux. J’adore Paris mais beaucoup de Parisiens ne voient pas assez d’espace vert, sont dans des microcosmes, vivent dans une certaine homogénéité sociale. Vivre à Auxerre, y élever mes enfants, est un choix que je suis très heureux d’avoir fait car on a une qualité de vie. Et ça n’a pas du tout empêché ma carrière, au contraire, j’ai pu faire tout ce que je voulais ». Entre deux trains (en retard) direction Paris-Bercy, il termine sa thèse puis devient professeur d’université à l’âge de 35 ans. « C’est devenu mon but principal, ça me permettait de lier l’ensemble de mes passions. L’écriture, l’édition, la transmission ». Autre avantage de cette profession, la direction de thèse. Un atout que l’Auxerrois d’adoption va dégainer de sa manche en 2016 lorsqu’il entre à l’Irsem en tant que directeur scientifique, institut où il chapeaute une trentaine de chercheurs : « Mon rôle était de coordonner les recherches de cet institut qui est le think tank du ministère des Armées ».

« Vivre à Auxerre, y élever mes enfants, est un choix que je suis très heureux d’avoir fait car on a une qualité de vie. Et ça n’a pas du tout empêché ma carrière, au contraire, j’ai pu faire tout ce que je voulais. »

Le militaire, un sujet auquel Holeindre a consacré une grande partie de ses recherches, à une époque où la question semblait passer de mode. « La guerre ne m’intéresse pas en tant que telle (...), ce qui m’intéresse à travers la guerre, c’est le fonctionnement politique des sociétés. La guerre comme une sorte de concentré chimique de l’être humain et de sa nature profondément politique (...). Quand j’ai commencé mes recherches, je me suis demandé pourquoi si peu de spécialistes s’intéressent à ces sujets. Les gens me disaient en 2003 : pourquoi tu travailles sur la guerre ? T’es fasciné par la guerre ? T’es de droite ? (sourire). Ces mêmes personnes me disent aujourd’hui que j’ai fait le bon choix. Il faut savoir que la caractéristique première d’un chercheur sur le plan du comportement humain, c’est de creuser son sillon et d’être un peu obsessionnel. J’ai un programme intellectuel sur 30 ou 40 ans, je me suis fixé un objectif de plusieurs ouvrages. Mon idée c’est, indépendamment de la conjoncture, de travailler sur cette question en espérant que le monde demain soit plus pacifique, et s’il l’était, ça ne changerait rien à ce projet intellectuel, à la limite ça le ferait peut-être évoluer à la marge ».

Une intégration culinaire

Dès son arrivée à Auxerre en 2007, Holeindre n’a pas dédaigné s’intéresser aux us et coutumes locales. S’il a pris de multiples responsabilités associatives comme la présidence de l’association des entretiens d’Auxerre, le chercheur a également développé dans l’Yonne une passion accrue pour le vin. « En arrivant à Auxerre, j’avais une maison avec une cave, je me suis dit qu’il fallait la remplir, je n’allais pas la laisser vide ! ».

Fin nez, son intérêt pour le pinard ne se limite pas à la simple consommation. Holeindre est avant tout un chercheur passionné, en quête de connaissances. « Au début l’idée était de s’insérer dans la région, de découvrir ce qui s’y faisait. Il y a deux sujets auxquels je me suis intéressé : le fromage et le vin. J’allais au marché tous les vendredis acheter mon fromage, et forcément j’ai réfléchi aux accords mets-vins. Tout ça est venu progressivement, j’ai constitué une cave, je me suis abonné à la Revue des Vins de France puis j’ai commencé à prendre des notes... Dans le vin, ce qui m’intéresse, c’est ce que ça révèle de l’être humain, de sa socialisation (...), c’est un phénomène social total à partir duquel on peut comprendre l’être humain ». Professeur d’université, chercheur, auteur, amateur de vin, président d’une association d’éducation populaire, papa partageant son quotidien entre Auxerre et Paris... Holeindre aime vivre dans l’Yonne et le rend bien au département, qui profite du dynamisme de cet urbain-provincial à cheval entre deux trains, entre deux villes, entre deux mondes.