Jérémie Nestel
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Jérémie Nestel

Passeur entre le Québec et la France

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Photo de Jérémie Nestel
Né à Paris, désormais installé au Québec, Jérémie Nestel a durablement marqué la BFC lorsqu’il a travaillé à Nevers et possède encore une maison dans la Nièvre. Directeur d’un corridor économique entre la France et le Québec, il est régulièrement en contact avec l’AER-BFC pour discuter ensemble de possibles implantations d’entreprises québécoises dans la région. Crédit : DR.

Son enfance, Jérémie Nestel la passe au sein d’un foyer parisien « intellectuel de gauche » et artistique. À cela s’ajoute une scolarité au sein de l’une des premières écoles de la nouvelle pédagogie : « C’était une école alternative sans murs, un modèle d’avant-garde axé sur la créativité permanente qui préfigurait le fonctionnement des start-up actuelles. Le problème est que l’on était mal préparé à intégrer les collèges classiques ». Adolescent, le théâtre devient également une passion : il entre au Cours Simon qu’il quittera à 19 ans. Car, entre temps, parti en voyage scolaire en Russie, Jérémie Nestel y rencontre sa première femme. Cinq ans plus tard, ils se marient et s’installent en Ukraine : « Quand je l’ai connue, c’était l’Union soviétique. Quand j’ai vécu là-bas, c’était le début de l’indépendance. » Pourtant quelques mois plus tard, dans une ex-Union soviétique qui peine à se construire, ils préfèrent partir : « Des amis se faisaient enlever dans la rue. On retrouvait des personnes sans leurs organes en plein coeur de Kiev ». Mais cette expérience lui révèle également la puissance de la formation scientifique soviétique et un « savoir-faire d’ingénieur » exceptionnel. De cette enfance et de cette adolescence traversées par les ruptures, Jérémie Nestel retient finalement une capacité essentielle : « s’adapter puis voir rapidement l’évolution du monde ».

Voir vite, et loin

Son père, Philippe-Charles Nestel, est un précurseur d’internet, cofondateur de la plateforme pionnière d’internet Babelweb. C’est en 1998, alors qu’il travaille à la Cité des sciences et de l’industrie à Paris que Jérémie Nestel découvre, à travers une exposition consacrée à Internet, l’ampleur du bouleversement numérique : « J’ai vu ce qu’était cette nouvelle technologie en termes de changement de paradigme et comment ça pouvait aller très vite. » Avec un DESS d’ethnométhodologie et informatique en poche, il développe alors une réflexion sur les liens entre usages humains et technologies : « J’avais une vision de la manière dont les processus et les interactions humaines pouvaient aider à concevoir des programmes informatiques. » La découverte du logiciel libre agit comme un déclic. Il organise alors une semaine dédiée aux logiciels libres à la Cité des sciences et rencontre Richard Stallman - initiateur en 1983 du projet GNU (GNU’s Not Unix), qui vise à créer un système d’exploitation entièrement libre, dont le code peut être utilisé, étudié, modifié et redistribué. Une expérience qui lui fait mesurer la puissance du collectif : « Des gens qui ne se connaissent pas, dans le monde entier, capables de se coordonner et de développer un logiciel aussi performant, voire plus sécurisé, qu’un logiciel payant. »

Le numérique au service des territoires

À 27 ans, il prend la direction d’un centre social. Une expérience de terrain qui lui donne une connaissance concrète des territoires et nourrit « une responsabilité transverse sur les politiques des quartiers ». Avec Silicon Banlieue, la robotique éducative ou encore l’accompagnement d’entreprises, il défend un numérique au service des territoires.

« On partage des expériences pour créer un système vertueux autour de la filière de la transition énergétique et accélérer le déploiement commercial des entreprises. »

Une approche qu’il poursuit ensuite en BFC à Nevers, où il devient en 2015 directeur du territoire intelligent et de l’innovation et développe des projets d’open data, de robotique éducative et de smart city. Parmi eux, l’e-Tree, arbre photovoltaïque offrant notamment wifi et point d’eau : « L’e-Tree a permis d’incarner la smart city aux yeux de tous. »

Lors d’une mission en Israël, Jérémie Nestel découvre les avancées technologiques, notamment les premières voitures autonomes. Puis viennent le CES de Las Vegas et une rencontre avec Shawinigan, au Québec. Avec Nevers, deux territoires qui partagent le même objectif : faire de l’innovation un levier de transformation économique. De cette coopération et de cette époque naît le SIIViM, le Sommet de l’innovation des villes moyennes, organisé alternativement à Nevers et à Shawinigan, dont il va diriger les trois premières éditions… et une maison dans la Nièvre, où Jérémie Nestel revient régulièrement.

L’enjeu de la transition énergétique

Depuis Béthune (Hauts-de-France) où il rejoint l’équipe du maire et président de l’agglomération de Béthune-Bruay Olivier Gacquerre et alors que le territoire cherche à tourner la page de la fermeture de Bridgestone, Jérémie Nestel retrouve au Québec des problématiques similaires : électrification des mobilités, filière batterie, efficacité énergétique et accompagnement des entreprises innovantes. Sous l’impulsion de Donald Angers, alors PDG du Centre d’excellence en efficacité énergétique (C3E, organisme québécois) et l’appui d’Olivier Gacquerre qui en devine la nécessité, Jérémie Nestel développe pour la partie française la configuration du Corridor économique de la transition énergétique France Québec. L’objectif est alors de créer une passerelle économique entre les deux pays pour faciliter l’implantation des entreprises de la transition énergétique de part et d’autre de l’Atlantique. Il s’installe à Montréal avec sa deuxième épouse, l’artiste Michele Magema, pour se mettre au service des ambitions du C3E, « favoriser les premières ventes des technologies québécoises en transition énergétique en France et, dans l’autre sens, de la France vers le Québec. » Une mission aujourd’hui incarnée par le nouveau PDG de l’organisme, François Bordeleau.

Mais dans les nouvelles technologies, l’innovation ne suffit pas : « Le nerf de la guerre, c’est la commercialisation. » Son rôle consiste donc à évaluer l’ensemble du projet - modèle économique, ressources, production, réseau commercial et financement - et à créer les bonnes connexions : « On chasse en meute et on partage des expériences pour créer un système vertueux autour de la filière de la transition énergétique et accélérer le déploiement commercial des entreprises. »

Une dynamique qui se concrétise sur le terrain : lors des 10 ans de Vivatech, plus de 50 entreprises québécoises sont venues rencontrer leurs homologues européennes, avec des échanges également organisés en Bourgogne. Plusieurs ont depuis annoncé leur implantation en France.