Invités / Entretiens

Jessica Vavasseur

L’Agence des jours J

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Photo de Jessica Vavasseur
« Malgré une équipe de seulement quatre personnes, nous avons dépassé le million d’euros de chiffre d’affaires », prouvant qu’« il est possible de réussir en restant une structure à taille humaine, proche de ses clients et de ses valeurs. » (Crédits : L’Ajence)

Dans un secteur, l’évènementiel, par essence ostentatoire voire poseur, Jessica Vavasseur préfère l’authenticité, l’échange et la profondeur pour créer le fameux « effet whaouh » cher aux événements business. Du « no limit » pour satisfaire les desiderata de ses clients qui voulaient avant tout prouver l’opulence de leurs entreprises, la native de Chenôve en a pourtant fait, à la limite de l’écœurement, jusqu’à vouloir tout plaquer alors que son chiffre d’affaires était, lui, en pleine forme. Et puis le Covid est arrivé et avec la pandémie, un regard neuf sur l’événementiel : « Finalement, cela a presque été une bénédiction pour remettre les gens en face des réalités », estime la fondatrice de l’Ajence, avec un J comme Jessica... mais pas seulement, on le verra.

Une p’tite touche en plus

C’est en 2013 que la jeune femme qui a fait « 1.000 métiers : j’ai bossé à l’étranger, dans l’immobilier, dans le milieu bancaire, j’ai tenu un bar à jus de fruits protéinés dans une salle de sport, j’ai travaillé dans une librairie... » fonde sa société. Les débuts sont rudes, comme on peut s’y attendre dans un milieu « très masculin avec un côté hyper terrain. On met les mains dans le cambouis, on se met à quatre pattes pour débrancher ou brancher des câbles... » mais au fil du temps, la « blondinette » que l’on prend pour la stagiaire fait ses armes et apprend à devenir le chef d’orchestre des événements qu’elle organise et contrôle de bout en bout en s’entourant peu à peu, et exclusivement, de femmes, dont Agathe, son associée et bras droit. « Une fille, dans notre domaine, doit prouver 100 fois plus que les autres parce que ce n’est pas encore naturel, analyse Jessica Vavasseur. Pourtant c’est une richesse exceptionnelle parce qu’on a une capacité d’analyse très fine et on a, surtout, ce côté très empathique.

« On va essayer de surprendre nos clients sur quelque chose qui n’était peut-être pas prévu dans le devis signé, pour leur faire plaisir et avoir ce côté expérientiel en plus. »

On arrive très facilement à se mettre à la place des gens. On met peut-être un peu moins d’ego quand on reçoit des briefs. Dans mon équipe en tout cas, ça marche vraiment pas mal. Certes, dans un métier hyper technique, avec de la logistique, on est extrêmement professionnelles et carrées, mais avec cette petite touche en plus qui fait que ça marche ». Ce qui marche, c’est, aussi et surtout, l’implication extrême de la fondatrice et de son équipe pour créer des évènements exclusifs, pour des PME comme des grands groupes, en local comme à l’étranger, allier la gestion de la logistique - et des aléas, tout en conservant son sang-froid - jusqu’au moindre détail en s’appuyant sur un solide carnet d’adresses de prestataires, l’expérience du terrain (et de l’inertie propre à un groupe de collègues catapultés en dehors des bureaux), tout en répondant aux cahiers des charges clients alors que désormais, l’événementiel doit non seulement s’adapter aux réalités budgétaires, mais aussi s’inscrire pleinement dans les projets d’entreprise. « Les clients font les choses différemment, de manière peut-être un peu plus intelligente. C’était peut-être un peu too much avant, même si c’était génial et que j’ai passé des soirées exceptionnelles. Je pense que les clients ont compris que l’adhésion à leur entreprise ne passait pas forcément par une soirée open bar avec des cracheurs de feu. Ils ont compris que l’expérience était plus marquante que le bling-bling », reconnaît Jessica Vavasseur, qui est ravie d’avoir vu évoluer son métier, « en allant, par exemple, chercher un intervenant qui va vous parler de quelque chose qui nourrisse un peu plus l’esprit que le gosier. C’est plus mémorable, ça touche différemment. Les bonnes bouffes, on peut se les faire entre amis, mais parler avec un ancien membre du GIGN ou un explorateur du bout du monde, les collaborateurs ne le vivront qu’une fois. »

L’Ajence a surtout su s’adapter pour, au-delà de l’événement business, créer une expérience humaine, assure sa fondatrice. « C’est vraiment dans les rencontres et quand on voit que l’alchimie prend, que tout le monde passe un super séminaire. Ils arrivent le lundi en disant "Bonjour madame" et repartent le vendredi en vous faisant la bise et en disant "embrasse tes enfants", je trouve ça génial. On réussit à dépasser le côté purement prestataire pour aller vers l’hyper-pro mais humain. On les chouchoute énormément : on est les premiers debout, on va réveiller ceux qui ne se lèvent pas, on est les derniers couchés et... on va coucher celui qui n’y arrive pas tout seul ! »

Une expérience humaine

L’alchimie a si bien pris que la clientèle pro, enchantée, a commencé à faire appel à l’Ajence pour des événements personnels : voyage en amoureux ou entre amis, anniversaires... « Je voyais ces demandes arriver, qu’on gérait au fil de l’eau, et c’est ainsi qu’on a lancé notre agence de voyage ouverte pour les particuliers. On applique à ces séjours les mêmes exigences et la même recherche d’exception que pour nos clients professionnels. Un client pro, on va toujours aller au-delà de ses demandes, essayer de le surprendre sur quelque chose qu’il n’attendait pas et qui n’était peut-être pas prévu dans le devis signé, pour lui faire plaisir et avoir ce côté expérientiel en plus. Je veux exactement qu’on retrouve ça sur tous les séjours qu’on fait pour nos clients en B to C parce que c’est ce qu’ils retiennent : l’expérience, le petit plus, le cadeau en chambre, le petit-déjeuner qui n’était pas prévu, le taxi qui vient les chercher pour les emmener sur une plage privée... » L’Ajence, avec un J comme Jessica donc, mais aussi comme les « jumeaux » de la fondatrice, dont la naissance, après un « long combat de PMA », a éprouvé sa solidité et celle de son entreprise. « L’arrivée de mes bébés, que j’attendais avec impatience, a bouleversé l’organisation de ma boîte et a mis l’équipe au défi, parce que c’est un événement personnel qui a eu des répercussions professionnelles. Un parcours de PMA est lourd à gérer, il faut en parler. Ce n’est pas parce qu’on est une femme à la tête d’une entreprise qu’on n’a pas un parcours personnel qui impacte la vie pro. C’est pour ça que j’aime m’entourer de personnes profondément bienveillantes et humaines, parce qu’on a toutes besoin de se sentir solidaires, accompagnées, et de pouvoir se montrer, parfois, faillibles. » Ce qui n’empêche pas la réussite : l’Ajence et sa minuscule équipe dépasse le million d’euros de CA sans faire de tapage, prouvant, résume Jessica Vavasseur, « qu’il est possible de réussir en restant une structure à taille humaine, proche de ses clients et de ses valeurs. »