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Laura-Line Legendre

Joueuse sur terre battante

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Photo de Laura Line Legendre
Laura Line Legendre est la 8e joueuse française de tennis fauteuil. Crédit : photo personnelle Laura-Line Legendre.

Rien ne prédestinait Laura-Line Legendre à devenir joueuse de tennis de haut niveau. Petite, le sport fait déjà partie intégrante de son quotidien. Gymnastique, course à pied, rugby… elle touche à tout, sauf au tennis. Puis, en octobre 2016, alors qu’elle n’a que 16 ans, un accident de la route bouleverse sa vie. Son père est au volant lorsqu’une voiture surgit en effectuant un dépassement dans un épais brouillard. Le choc est frontal. Père et fille survivent, mais rien ne sera plus comme avant.

Commence alors un long parcours de rééducation. C’est au cours d’une sortie organisée à Roland-Garros que Laura-Line Legendre découvre, presque par hasard, le tennis fauteuil. Le déclic est immédiat. Non pas parce qu’elle retrouve un sport, mais parce qu’elle découvre une discipline où la technique, le maniement du fauteuil et l’exigence mentale se mêlent en permanence. « J’étais dans un moment de ma vie où j’avais besoin de changement et de dépassement », confie-t-elle. Cette quête devient rapidement un moteur. Pourtant, les débuts restent modestes. Une séance hebdomadaire, aucune compétition, simplement le plaisir de progresser. Rien ne laisse encore imaginer un avenir international.

En parallèle, Laura-Line poursuit ses études avec la même rigueur. BTS, bachelor puis master en communication entre Troyes, Reims et Paris : elle refuse que le handicap réduise son horizon. Ce parcours universitaire lui permet surtout de préparer la suite. Car, déjà, elle comprend qu’une carrière sportive, particulièrement dans le parasport, ne peut reposer uniquement sur les résultats sportifs.

Des ambitions mondiales

Cinq ans seulement après avoir découvert le tennis fauteuil, Laura-Line Legendre s’est déjà fait une place sur le circuit international. Une progression fulgurante pour celle qui n’avait jamais tenu une raquette avant son accident. Aujourd’hui classée dans le Top 100 mondial, elle nourrit des objectifs à la hauteur de son investissement : intégrer le Top 50, décrocher une place parmi les meilleures Françaises, puis viser les Jeux paralympiques de Los Angeles en 2028. Et, comme tout joueur de tennis français, un rêve domine les autres : fouler un jour les courts du tableau principal de Roland-Garros.

Les qualifications pour Roland-Garros 2026, « c’était déjà un exploit d’en être ».

Cette année, elle a déjà franchi une étape symbolique. Sélectionnée parmi les six Françaises retenues pour les toutes premières qualifications de Roland-Garros en tennis fauteuil, elle mesure le chemin parcouru. « C’était déjà un exploit d’en être », confie-t-elle avec humilité. Une expérience qui confirme surtout que le plus haut niveau n’est plus un rêve inaccessible, mais un objectif de travail.

Pour y parvenir, la Dijonnaise d’adoption s’impose un quotidien millimétré. Chaque matin est consacré au tennis, chaque après-midi au travail physique. Deux semaines par mois sont ensuite réservées aux tournois, en France comme à l’étranger. Entre deux déplacements, les séances sont adaptées aux lacunes repérées lors des compétitions : maniement du fauteuil, déplacements, stratégie ou encore apprentissage de nouveaux coups. « Plus j’apprends, plus j’ai une vision large du jeu », explique-t-elle.

Convaincre les sponsors

Mais derrière les performances sportives se cache une réalité économique beaucoup moins reluisante. Dans le tennis fauteuil, même remporter un tournoi ne garantit pas de rentrer dans ses frais. Inscriptions, transports, hôtels, matériel… les dépenses s’accumulent rapidement. Son fauteuil de compétition représente à lui seul un investissement d’environ 10.000 €. Quant aux sponsors, ils restent difficiles à convaincre lorsque l’on n’évolue pas encore parmi l’élite mondiale. « C’est un peu au compte-gouttes », résume-t-elle. Un partenaire finance quelques mois de compétition, puis il faut repartir convaincre de nouveaux soutiens.

Entreprendre pour gagner sa liberté

Pour poursuivre son rêve sportif, Laura-Line Legendre a rapidement compris qu’il lui faudrait construire un modèle économique solide. Alors qu’elle termine son master en communication, elle crée sa propre société. À l’origine, l’objectif est simple : travailler pour l’entreprise Wheel, spécialisée dans les fauteuils roulants, tout en conservant la souplesse nécessaire pour s’entraîner et voyager. Une décision qui, avec le recul, s’avère déterminante.

Aujourd’hui, ses journées ressemblent à un exercice d’équilibriste. Trois heures d’entraînement le matin, plusieurs heures de travail devant son ordinateur, des rendez-vous clients, puis une nouvelle séance physique avant de préparer le tournoi suivant. En déplacement, il faut encore trouver le bon équilibre entre les obligations professionnelles et la concentration indispensable à la compétition. « Quand j’ai trois ou quatre heures de travail, je dois être très efficace », raconte-t-elle. Une discipline quotidienne qui lui permet de mener de front deux carrières sans jamais sacrifier l’une au profit de l’autre.

Cette capacité d’organisation, Laura-Line Legendre l’attribue en partie à son accident. Loin d’y voir uniquement une épreuve, elle considère que cette rupture dans sa vie l’a obligée à se réinventer. « J’ai appris naturellement à vivre avec mon handicap et à adapter ma vie », résume-t-elle. Une philosophie qui irrigue désormais aussi bien son activité professionnelle que sa carrière sportive. Tout est pensé pour avancer dans une même direction !

À seulement 27 ans, Laura-Line Legendre refuse pourtant de parler d’aboutissement. Elle se considère encore au début de son parcours, convaincue que sa marge de progression est immense. Les Jeux paralympiques de Los Angeles, Roland-Garros ou encore le Top 50 mondial rythment déjà ses prochaines saisons...