Loïc Gergaud
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Loïc Gergaud

L’envol d’un « Frenchy »

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L’aéroport de Dijon aura permis à Loïc Gergaud de réaliser qu’elle était sa voie. La ville reste son port d’attache alors qu’il parcourt le monde. (Crédit : DR.)

Antoine de Saint-Exupéry avait écrit : « Ce qui donne un sens à la vie donne des ailes à l’homme. » Pour Loïc Gergaud, cette maxime n’est pas qu’une simple métaphore : elle définit la trajectoire du jeune homme de 21 ans qui a transformé son besoin d’évasion en un projet de carrière : « Les années du lycée ont été un peu compliquées. Je n’ai vraiment pas du tout aimé. J’avais toujours cette sensation d’être coincé alors que je pourrais vivre plein de trucs. Ma dernière année, je l’ai passée aux fenêtres. Mais j’ai quand même eu le Bac avec mention ».

Disney puis les road-trips

Deux mois plus tard, en août 2023, il s’envole pour Orlando, Floride pour rejoindre le programme de représentation culturelle du Walt Disney Resort : « Mes parents l’avaient fait 25 ans plus tôt ». Pendant un an, il incarne la France au parc Epcot, travaillant dans l’attraction Ratatouille vêtu d’un costume aux rayures délibérément clichées.

Et c’est au cours de cette année de pause que son envie d’évasion prend corps ; alors, il voyage. Et au détour d’un de ses périples, rencontre un filmmaker freelance qui le conforte dans ses désirs : « Je savais ce que je ne voulais pas faire : des grandes études, aller en école de commerce. Je savais que je voulais créer quelque chose. Depuis gamin, j’aimais bien raconter des histoires. J’en faisais des vidéos, des petits montages marrants mais jamais je n’avais envisagé cela à un niveau professionnel ».

« Je fais cela depuis un an et demi et ça me comble Je sais que c’est ce que je veux faire de ma vie . »

Un an plus tard, Loïc rentre en France avec – enfin – un projet : devenir filmmaker : « J’aime bien ce terme parce qu’il reflète le côté artisanal du travail. On s’occupe de tout, de la réalisation à la post-production. » Il commence donc à tourner quelques films à Dijon : pour des restaurants, des bars, des boîtes de nuit, gratuitement ; des productions qu’il diffuse sur ses réseaux Instagram et YouTube, avant de finir par les vendre.

Entre jets et ballerines

C’est son père, salarié de l’aéroport de Dijon, et sa mère, qui travaille chez Air France, qui lui apportent son premier vrai projet : « J’ai eu l’occasion d’accompagner mon père à l’aéroport de Dijon et j’ai commencé à faire un petit film sur les jets privés. Or ce petit film a été vu par l’aéroport de Tours, pour lequel j’ai réalisé un documentaire d’une vingtaine de minutes. » C’est ce deuxième projet qui est repéré sur les réseaux par une compagnie de jets privés américaines qui le contacte pour lui commander des films publicitaires : « Ce qui est intéressant avec ces compagnies, c’est qu’elles n’ont pas “besoin” de publicité donc elles ont une approche artistique et des budgets importants. J’ai donc carte blanche ». C’est ainsi que pour la compagnie New yorkaise Mercury Jets, il fait danser une ballerine sur les ailes d’un avion après avoir vue une vidéo de Black Swan…

Christopher nolan et denis villeneuve

Mais pourquoi des compagnies américaines, australiennes, malaisiennes font-elles appel à un filmmaker de 20 ans sans diplôme dans le cinéma, et qui tient à rester à Dijon ? Sans aucun doute pour son style « So Frenchy » inspiré du « cinematic documentary », ou l’esthétique pastel de Wes Anderson ; un genre hybride qui privilégie l’action et l’émotion à l’opposé des documentaires classiques : « J’ai toujours vu mes parents regarder le 20 heures et je me disais que dans les reportages, il y avait des longueurs, et mon but est de m’éloigner de tout ça ; de mêler des moments d’action, des moments un peu plus nostalgiques et des images d’habillage plus personnelles ». Pour lui, l’image doit parler d’elle-même : il cite volontiers Christopher Nolan (Interstellar) pour sa gestion des émotions, ou Denis Villeneuve,pour Top Gun Maverick.

Armé de sa Sony FX30, une caméra de la gamme cinéma qu’il apprécie pour sa légèreté, il filme tous les samedis les matchs de la JDA, des films pour les voitures (Alpine A110) … et des avions : « Je fais cela depuis un an et demi et ça me comble. J’ai finalement trouvé ma voie. Je sais que c’est ce que je veux faire de ma vie ». Malgré cela, Loïc Gergaud ne quittera pas Dijon : « J’aime être proche de ma famille. Quand on voyage longtemps, on se rend compte qu’être loin des siens, ce n’est pas toujours facile. Après les voyages, je rentre chez moi ; j’ai ma ville que je connais bien, mes amis, mes clients habituels. Et je reste chez mes parents. Je voyage tellement que je ne peux pas me permettre de prendre des locaux ou un appartement ».

Un aperçu du travail de Loïc Gergaud : www.youtube.com/watch?v=BdIr0ikythw