Une mère préparatrice en pharmacie au CHU de Besançon, un père éleveur de bovins, à première vue, la maroquinerie ne s’imposait pas d’elle-même à Maude Vienet. Médaille d’or nationale des derniers WorldSkills, la jeune femme de 24 ans a d’ailleurs commencé son parcours dans les langues après l’obtention de son baccalauréat général teinté d’économie et de social.
Elle s’oriente vers une licence LCER en anglais avec l’ambition de devenir enseignante. « J’avais quelques facilités en anglais et ça me semblait accessible vu que je regardais les séries en anglais. Dès le lycée, j’ai eu un attrait pour les langues. J’ai notamment fait trois ans de chinois parce que j’étais attirée par la culture asiatique. » À la fin de sa deuxième année d’anglais, la Covid participe de sa démotivation et elle décroche. « Je reconnais aussi que ça me plaisait de moins en moins. Je ne me voyais plus vraiment dans de longues études. » La jeune femme brune aux cheveux longs cherche alors une autre voie de formation, plus courte et plus professionnalisante. Elle opte pour l’alternance.
Trouver sa voie
« J’ai toujours été manuelle, je bricolais. J’appréciais la couture textile alors j’ai regardé les formations qui pouvaient s’en approcher de près ou de loin. » En 2021, Maude Vienet découvre alors le fabricant maroquinier d’art dont la formation est dispensée au CFA du pays de Montbéliard. « À part ça, je ne trouvais que des bacs pro Couture et comme j’avais déjà un bac général, je voulais un enseignement supérieur. » La Saint-Vitoise passe alors les tests pratiques visant à évaluer sa dextérité et son niveau en amont de la formation. « On m’a expliqué qu’il serait préférable que j’aie un prérequis plus manuel pour contrebalancer mon parcours classique. » Maude Vienet se lance donc dans un CAP Maroquinerie en alternance au sein du CFA qu’elle valide en 2022.
Forte de ce diplôme, la souriante et dynamique jeune femme intègre la formation de fabricant maroquinier d’art en alternance qu’elle avait identifiée. « Cette formation prépare à deux titres distincts : le fabricant maroquinier d’art et le sellier maroquinier d’art. Le premier, plus moderne, travaille à la machine à coudre, le second, plus traditionnel, coud à la main. Les deux me plaisent car il y a un équilibre entre savoir-faire et modernité. » Pour son examen final, Maude Vienet doit démontrer ses compétences avec deux techniques différentes et réaliser deux sacs mais aussi une poignée de sac faite à la main.
« J’ai toujours été manuelle, je bricolais. J’appréciais la couture textile alors j’ai regardé les formations qui pouvaient s’en rapprocher »
Pendant la formation, un responsable pédagogique présente les WordSkills aux six élèves de la promotion. En 2023, la maroquinerie fait alors son entrée dans la compétition pour la première fois. Maude Vienet y participe une première fois à l’échelle régionale et décroche le bronze à Dijon. « Le Centre technique du cuir, CTC, et la Fédération française de la maroquinerie avaient demandé à rejoindre l’évènement pour gagner en visibilité. » Après l’obtention de sa certification de fabricant maroquinier d’art, la jeune femme rejoint le BTS Métiers de la mode, de la chaussure et de la maroquinerie, toujours au sein du CFA du Pays de Montbéliard, désormais baptisé l’IFAC. Elle suivra ce cursus jusqu’en juillet 2026. En parallèle, elle a participé de nouveau aux épreuves régionales des WorldSkills qui se tenaient en mars 2025 sur le salon des métiers de Dijon. Cette fois elle décroche l’or et rejoint l’équipe de Bourgogne Franche-Comté pour participer aux épreuves nationales au forum des métiers de Marseille en octobre 2025.
Sur la plus haute marche du podium
Pendant les mois qui la séparent de la compétition, la maroquinière s’entraîne sur son temps libre, soutenue par son entreprise qui lui donne accès à son atelier, mais aussi par ses professeurs et camarades jusqu’au jour J. « Nous avons eu quatre jours d’épreuves avec des modules allant de 30 minutes à 2 heures sur les différentes étapes de préparation d’un produit comme le parage visant à amincir les tranches de cuir pour les assembler, ou du placement le plus esthétique sur peau entière. » Maude Vienet, comme les dix autres compétiteurs, dont un Italien puisque l’épreuve s’ouvre à l’international, a également dû se démarquer pendant une épreuve de 14 heures consistant au montage d’un sac. La jeune femme remporte l’or et devient la meilleure maroquinière en formation de France.
Depuis ses débuts en formation, Maude Vienet travaille pour l’entreprise MDA à Avoudrey, 180 salariés, membre du groupe de luxe Delvaux. « J’ai été assembleuse opératrice en maroquinerie et j’ai évolué pour désormais être apprentie prototypiste metteur au point en bureau d’études. C’est le métier que je voudrais faire et ça me permet de développer mon sens critique et de voir le travail en amont de la chaîne, le travail de recherche. J’acquiers un autre regard sur la production. » À l’issue de son BTS, la championne de France souhaite se spécialiser encore et envisage une licence mais n’en trouve pour l’instant aucune qui réponde à ses attentes, « trop tournées vers le management quand je cherche quelque chose de plus manuel. Ce sera peut-être des formations certifiantes complémentaires ! »