Que faisiez-vous, en 1997 ? Nathalie Chiffaut-Moliard, elle, obtenait son diplôme à l’École de Sages-Femmes Saint-Antoine, dans le 12e arrondissement de Paris, à quelques lieues d’où elle était née 23 ans plus tôt (dans le 15e).
Roots, bloody roots
Forte de ce bagage de qualité, elle intègre l’hôpital de Créteil dès 1998 pour exercer le beau métier de maïeuticienne – littéralement « qui sait accoucher les femmes » - même si ce mot est alors peu usité. Assez rapidement, entre 2003 et 2004, Nathalie devient paradoxalement une « vieille » du service, récupère de facto les dossiers complexes, et commence à saturer vis-à-vis d’un travail hospitalier moralement difficile. Elle commence même à appréhender les gardes, ce que tout professionnel sait être un très mauvais signe. L’ironie du sort veut que ce soit sa propre grossesse qui la convainc de changer de vie. Elle avoue très pragmatiquement : « J’avais besoin de partir de Paris pour fonder une famille. Il était impossible de le faire dans 20 m2 sous les toits. » On peut lui accorder assez facilement que cela se tient.
Tankard
Elle part donc avec son compagnon en quête de nouveauté, avec en tête une idée de bar à thème. « On aimait boire des verres, les jeux de rôle et la musique metal. » C’est donc tout naturellement qu’ils décident d’ouvrir une taverne médiévale, avec des bières artisanales et de bons produits. Pas quelque chose d’énorme, mais « qui nous permettrait d’en vivre, pas forcément de faire fortune ». L’idée est belle, encore faut-il trouver où l’implanter… La première fois que Nathalie met un pied à Dijon, c’est au mois de novembre. Et comme chaque novembre à Dijon, il pleut et il fait froid.
« Sage-femme un jour, sage-femme toujours ! »
Elle voit des barreaux aux fenêtres des appartements du rez-de-chaussée et dit immédiatement : « Surtout pas Dijon ! ». Bingo ! C’est exactement là que le couple posera ses bagages en 2005, et qu’il va fonder rue d’Ahuy la taverne L’Antre II Mondes. Un bébé et un bar, Nathalie est comblée. Tout du moins pour quelques années…
The Offspring
En 2009, Nathalie est à nouveau enceinte. Et à nouveau, elle met sa vie en perspective et se rend compte que mener de front une vie de tenancière de bar avec deux enfants en bas âge risque d’être un tantinet compliqué. Elle doit s’aménager du temps, et décide de créer une association. Pour les jeunes femmes voulant se partager des tâches chronophages ? Vous n’y êtes pas du tout. Pour mutualiser les gardes d’enfants ? Absolument pas ! En fait, elle a tissé depuis quelques temps de forts liens avec une partie de la clientèle.
Ensemble, ils partent souvent voir des concerts de musique metal dans toute la France… ce qu’elle ne pourra bientôt plus faire. « Avec un nouvel enfant, je n’allais plus du tout pouvoir partir. Mais pourquoi aller très loin, finalement ? » Mais tout bonnement parce qu’après la belle époque de la fin des années 1990, les groupes de hard-rock ont arrêté de se produire à Dijon (ils n’étaient surtout plus programmés).
Et c’est à cela que Phoenix Rising, sa nouvelle petite association, va servir : produire des groupes dans les bars dijonnais. L’association se démène et parvient à programmer de nombreuses formations dans divers endroits de Dijon ou ses environs. Elle aide ainsi des groupes parfois peu connus mais diablement efficaces venant de tous horizons : France, Suède, Espagne, Grèce, Finlande, Italie, Allemagne, Belgique, Argentine… Même Girlschool, les légendes anglaises du hard-rock, se laissent tenter et viennent investir la cité des ducs. Deux ans plus tard, Phoenix Rising accouche carrément d’un festival, le Rising Fest, qui sonorise gaiement deux jours par an l’Espace Jean Bouhey de Longvic. Aujourd’hui, c’est plus d’une cinquantaine de merveilleux bénévoles qui organisent l’événement. Et tout est fait en interne, y compris la restauration (avec des bénévoles formés HACCP). La prochaine édition des 9 et 10 octobre aura même l’audace de placer le patron Uli Jon Roth (du groupe mythique Scorpions) en tête d’affiche pour les quinze ans du festival !
Run to the heal
Mais juste avant la création du Rising Fest, Nathalie Chiffaut-Moliard comprend qu’elle ne peut plus mener de front les horaires tardifs de restauration de l’Antre II Mondes et la gestion de ses enfants. Elle se souvient qu’en 2005 sa cadre de service lui avait lancé : « Sage-femme un jour, sage-femme toujours ! C’est comme le vélo, et la porte sera toujours ouverte. » Mais Nathalie ne peut plus faire de gardes, et ne peut donc plus retourner à l’hôpital. Ce n’est pas bien grave, il y a encore un as dans sa manche décidément bien grande : le libéral. En 2014, avec un nouveau diplôme interuniversitaire en poche (un DIU de sexologie) pour faire bonne mesure, Nathalie se lance à son compte. Une dernière étape ? Que nenni, puisque qu’elle est récemment devenue enseignante au tout nouveau département universitaire de maïeutique. Décidément, ce n’est pas demain que Nathalie va se reposer… Et plusieurs générations l’en remercient, pour des raisons très diverses.
Festival Rising Fest : 9 et 10 octobre à l’Espace Jean Bouhey, Longvic.