« Je voulais associer mon goût pour le sport et l’économie » résume Pierre-Henri Deballon qui a judicieusement été aidé dans la construction de son avenir par une conseillère d’orientation avisée. Après son bac obtenu au lycée Carnot à Dijon, il mène de front ses cours d’économie gestion à l’université de Bourgogne et une prépa au lycée Eiffel afin d’intégrer une maîtrise d’économie et de gestion du sport à Paris Dauphine en 2002. Condition indissociable de l’entrée dans ce cursus, être un sportif de haut niveau. « À l’époque j’étais gardien de but dans l’équipe de hand de Villepinte en deuxième division. Je vois d’ailleurs un parallèle entre ce poste et l’entrepreneuriat car on est au cœur d’un collectif mais on reste seul sur un poste exposé. » À un rythme fou comme il l’admet lui-même, Pierre-Henri Deballon enchaîne les cours et les entraînements tout en gardant des forces pour profiter de sa vie d’étudiant.
Après sa maîtrise, il rejoint l’école de commerce parisienne ESCP-EAP pour obtenir son master innovation et entrepreneuriat. Sur les bancs de l’école, il rencontre Lefei Chu et Sébastien Tonglet, destiné à devenir son associé. Ensemble, plutôt que de faire le stage imposé, ils choisissent une autre option : faire éclore un événement. « Nous avons créé une association pour faire le Vélotour, une idée que j’ai piquée à mon père. Il avait imaginé une course de VTT dans la ville mais nous ne voulions pas une compétition. Nous avons préféré en faire une découverte ouverte au plus grand nombre. » Des parents avec un siège bébé aux octogénaires, tous les publics participent au Vélotour dès sa première édition dijonnaise en 2006 ; il existe désormais dans 12 villes de France.
Les débuts d’une success story
« En organisant le Vélotour, nous avons pris conscience de la difficulté pour un organisateur de trouver une billetterie adaptée pour son événement. » Face à cette problématique et pour casser les barrières qu’ils ont rencontrées, les associés donnent naissance à Weezevent en 2008. « Nous avons voulu une solution simple, rapide qui permette à n’importe qui de créer un événement. » Au fil des ans, la startup grandit, compte aujourd’hui 400 salariés, participe à l’organisation de plus de 100 000 événements par an et dispose de bureaux dans dix pays. « Nous voulons devenir leader européen de la billetterie. Nous réalisons déjà 60 % de notre chiffre d’affaires, d’environ un milliard d’euros, à l’étranger. » Pour y parvenir, Weezevent rachète des réseaux dans différents pays et les dote de sa technologie. Le chef d’entreprise vise pour l’heure les marchés italiens et allemands, il espère franchir les frontières européennes pour conquérir ensuite l’Asie ou les États-Unis. « Il n’y a pas de limite », insiste Pierre-Henri Deballon dont l’entreprise gère la billetterie gère la billetterie et les paiements cashless du PSG, du Grand prix de Formule 1 du Mexique, du G7 ou du festival de musique Tomorrowland. « De petites associations utilisent aussi notre solution et on ne se rémunère que si l’événement est payant. »
Préserver ses racines
À Paris depuis qu’il est étudiant, Pierre-Henri Deballon et ses associés y ont installé les bureaux de Weezevent mais le siège de l’entreprise reste à Dijon. « Nous aurions pu le déplacer à Paris mais je suis attaché à Dijon où vit ma famille, ma belle-famille, mes amis… C’est important de savoir d’où on vient. » Cet attachement à sa ville natale et sa passion du sport l’ont conduit en 2024 à racheter le DFCO. « C’était un rêve de gamin. J’ai toujours voulu travailler dans le sport et je me souviens des heures que j’ai passées à jouer à football manager. » Il en rêvait, il en avait la capacité et l’envie afin de ne pas avoir de regret. Il y avait sans doute aussi un soupçon de folie et le goût du risque. « J’ai peur en avion parce que je ne pilote pas. J’ai besoin d’être actif et de faire les choses à 1 000 %. »
« Il faut créer un nouveau modèle économique, dépenser ce que l’on gagne. Le DFCO est une entreprise qui oblige à dresser un constat froid. »
Au moment de sa reprise, le club de foot affichait un déficit de 8 M€. « Quand on voit les chiffres, on sait qu’il n’y a rien de rationnel. » Pourtant, à force de décisions difficiles et de restructuration qui ont permis de réduire les charges, Pierre-Henri Deballon a ramené le déficit à 3 M€. Avec un budget de 13 M€, le DFCO c’est aussi 150 salariés, 400 emplois indirects et 20 M€ de retombées pour le territoire.
Pierre-Henri Deballon rappelle que l’économie du foot repose principalement sur les droits télévisés qui représentaient 60 % des recettes quand le club évoluait dans les plus hautes sphères. Mais ces droits ont disparu avec les descentes et ont été divisés par cinq ces dernières années, passant de cinq à 1 M€ pour le club qui évoluera en ligue 2 cette saison. « Il faut créer un nouveau modèle économique, dépenser ce que l’on gagne. Le DFCO est une entreprise qui oblige à dresser un constat froid. »
Viser les sommets
Le président du DFCO veut accueillir des événements, s’appuyer sur le centre de formation pour valoriser les jeunes accueillis, verser une partie de la vente des contrats à des associations locales, se réjouir de l’augmentation du nombre d’abonnés pour la nouvelle saison (qui devrait rapporter 500 000 €) de recettes… mais sait aussi qu’il doit se séparer du club féminin pour lequel il discute avec un repreneur potentiel.
Il porte enfin des ambitions. « On ne se fixe aucune limite. On ne vise pas le maintien. On peut renverser l’ordre établi en tant qu’outsider, personne ne nous attend », avait-il lancé aux joueurs dans son discours de reprise. Enthousiaste quand il évoque la capacité du foot à fédérer les gens, à faire vivre des émotions positives, il rêve d’une épopée en Coupe de France, d’un grand titre. En attendant, Pierre-Henri Deballon se donne à fond dans l’aventure, n’hésitant pas à se lever à 5 h 30 les jours de match pour sauter dans un train et passer sa journée au club auprès des salariés, des joueurs et des partenaires, à jouer son rôle de représentation avant de rentrer dormir chez ses parents. Le lendemain matin, il reprend le train de 7 h pour être le week-end à Paris avec sa famille...
Et face aux rumeurs qui le soupçonnent de vouloir vendre après la montée, il répond simplement : « Tant que je peux le faire physiquement, mentalement, économiquement et que j’y prends plaisir ; même si c’est le pire des investissements, je continuerai. Je n’ai pas fixé de limite. »