Invités / Entretiens

Silvère Denis

French touch de l’innovation

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Photo de Silvère Denis
Pour Silvère Denis, directeur délégué de la French Tech BFC : « Partout sur le territoire régional, des entreprises innovantes se démarquent et grandissent, notamment grâce à la French Tech. » Crédit : JDP.

Même s’il a choisi une faculté de mathématiques et informatique à Dijon après son bac en 2004, Silvère Denis n’avait pas d’idées précises du métier qu’il souhaitait exercer. « Je voulais associer le numérique à autre chose, à cause des horizons qu’il ouvrait, mais ça ne se faisait pas trop à cette époque. » Ce fils de proviseur de lycée agricole et d’une femme au foyer délaisse rapidement son cursus pour entrer dans la vie active. « Je voulais quelque chose de plus opérationnel. » Après avoir œuvré pour une fédération étudiante, il décide de créer sa propre activité de conseils en numérique. « Je travaillais sur les réseaux sociaux dont c’étaient les débuts, sur les sites e-commerce. J’accompagnais les grands comptes sur leur stratégie. »

En 2011, avec une poignée d’entrepreneurs du numérique, Silvère Denis s’interroge sur la capacité du territoire à retenir ses talents. « Pour se développer, les acteurs locaux de la tech partaient chercher un écosystème à Paris principalement. Localement, il n’y avait rien, donc on a voulu créer les outils qui manquaient au territoire. » Les Docks numériques voient alors le jour sous la forme première d’un espace numérique de coworking. Au fil des ans, la structure évolue pour devenir un incubateur de startups ; Silvère Denis en devient le gérant, en parallèle de sa propre entreprise.

Place à la French Tech

En 2017, il saisit l’opportunité qui lui est donnée de prendre la direction de BFC Numérique. Le cluster chargé de l’animation, la représentation des acteurs de la tech et de leur accompagnement devient la French Tech Bourgogne Franche-Comté en 2023 en obtenant le label de capitale French Tech. « Cela nous a donné une dynamique et une ambition plus importante, un rayonnement national. » La mission de la French Tech consiste à développer les entreprises de la tech du territoire en s’appuyant sur différents dispositifs de financement, en les aidant à trouver de nouveaux marchés mais aussi en leur donnant de la visibilité. Aujourd’hui, le réseau French Tech compte 550 membres dont environ 450 entreprises innovantes. « L’objectif est que l’entrepreneur ne soit pas seul avec son projet, qu’il ne rate aucune opportunité, qu’il trouve les bons interlocuteurs, les bonnes solutions adaptées à ses besoins. »

« J’apprécie la dimension collective et j’ai le sentiment d’être utile. »

La French Tech réunit aussi bien des porteurs de projets dont l’idée demande à être incubée, que des entreprises ayant déjà connu une hypercroissance, ou encore en phase de développement international comme Matawan en Saône-et-Loire. « Il s’agit de la première génération d’entreprise innovante qui est restée sur le territoire, qui a construit son réseau. La French Tech a toujours été à ses côtés. » Silvère Denis se réjouit toutefois que les choses aient largement évolué depuis ses débuts dans la filière. « Aujourd’hui, nous avons tout ce qu’il faut localement entre les écoles, les formations et demain avec des lieux totems comme Technov à Dijon ou le Numérique à Besançon. Nous avons toutefois déjà des lieux comme l’Inkub à Nevers, l’AuxR Green Lab à Auxerre ou encore le Crunch lab et Numerica à Belfort. » Partout sur le territoire régional, des entreprises innovantes se démarquent et grandissent, notamment grâce à la French Tech. « Mon travail consiste à créer les bonnes connexions pour leur permettre d’aller plus loin, de faire que l’innovation régionale soit plus utile au territoire. »

Oser le choix de l’innovation

Le directeur délégué de la French Tech régionale rappelle que les entreprises de la tech apportent de la valeur mais aussi des emplois et mettent l’innovation au service des acteurs locaux. À condition d’oser l’innovation. « En France, nous avons tendance à aller sur des solutions connues plutôt que d’essayer de nouvelles voies. Toutefois, l’image de notre pays a changé sur la tech. Des projets qui ont vu le jour rendent l’Hexagone plus attractif pour les talents notamment. Nous sommes mieux armés pour les retenir. » Pour Silvère Denis, un travail reste à mener auprès des donneurs d’ordre et des entreprises. Contrairement aux États-Unis qui disposent du Small Business Act pour obliger les acteurs à se tourner vers des PME, la France n’a aucun levier pour encourager l’innovation.

À nouveau labellisée pour la période 2026-2028, la French Tech Bourgogne Franche-Comté continue à agir malgré tout dans cette direction. « Le label ouvre à des financements, nous donne une reconnaissance et donne accès à un important réseau en France et à l’international. Cela renforce notre rôle de facilitateur. » Un rôle que Silvère Denis a joué sur le salon Vivatech qui s’est déroulé du 17 au 20 juin à Paris et qui a réuni aussi bien des financeurs que des donneurs d’ordre. « Nous avons emmené 16 startups qui ont exposé sur le stand régional mais d’autres étaient présentes sur les stands de leurs partenaires. Cet évènement nous a donné l’occasion d’échanger, de tisser des liens mais aussi d’organiser nos propres rendez-vous. » Une action du quotidien qui permet à Silvère Denis de n’avoir aucun regret quant à sa carrière. « J’apprécie la dimension collective et j’ai le sentiment d’être utile. »