Rien ne prédestinait Victoria Thoizon au rock britannique. Originaire du nord de l’Yonne, elle rêve d’abord de crampons et de football. Mais l’héritage artistique est là, puissant et influent : son père, Philippe, a écumé les palaces parisiens au piano pendant de nombreuses années. Pour autant, pas question pour elle de marcher dans les pas de ce modèle paternel dont elle souhaite s’émanciper à tout prix. Victoria ressent rapidement le besoin de tracer sa propre route, portée par l’énergie du rock britannique et de la soul, de faire ses preuves par la seule force de son travail et de son talent.
« Je voulais tracer ma propre route »
« Je ne voulais pas avoir appris par mon père, je voulais être détachée de ça », confie-t-elle. L’artiste observe ses débuts avec tendresse, lorsqu’elle fredonnait et jouaient ses premières notes à la guitare à l’âge de 11 ans, sa première « scène » dans la rue piétonne de Sens pendant la fête de la musique. Après avoir obtenu son baccalauréat, elle troque les bancs de l’école contre l’ambiance des concerts. Victoria relève haut la main un défi lancé par son père. Ensemble, ils parcourent la France à la conquête du public, dans les bars et les restaurants. « J’adore tout ce qui est Bretagne, Normandie. Je crois que c’est là que j’ai les plus beaux souvenirs », se souvient Victoria. Une expérience grâce à laquelle elle estime avoir gagné en maturité et développé sa conscience de la scène.
« Quand je suis sur scène, je sais que je suis faite pour ça, je me sens bien. »
Discrète dans la vie quotidienne, parfois en proie au doute, Victoria Thoizon se métamorphose dès qu’elle monte sur les planches. Chacune de ses apparitions laisse une empreinte indélébile : une présence scénique intense, magnétique, et une voix lumineuse, qui trouve un équilibre subtil entre fragilité et assurance. Victoria Thoizon chante avec une retenue émotionnelle élégante, toujours guidée par une sincérité palpable. Cette force tranquille s’est d’abord exprimée dans son premier album sorti en 2017. Avec onze titres mêlant pop orchestrale et rock, Inked a conquis les amateurs du genre. Puis dans un second opus, Hannah, paru en 2020.
Le temps de la renaissance
Si le talent de Victoria Thoizon est constant, sa carrière mue au gré de ses rencontres et de ses aspirations. Après avoir évolué au sein d’un groupe, elle s’est engagée dans une aventure solo il y a environ un an. Une seconde émancipation que l’artiste qualifie de « renaissance musicale » motivée par le besoin de renouer avec ses premières amours : la pop-soul. En studio, elle cultive une complicité précieuse avec son ingénieur du son, Théo, mais c’est la scène qui demeure son véritable point d’ancrage. Face au public, elle retrouve l’essence même de sa démarche artistique : tisser un lien profond et sincère.
Un succès outre-Manche
C’est en Angleterre que l’univers de Victoria Thoizon trouve son plus bel écho, s’inscrivant dans la lignée de voix habitées comme celles d’Amy Winehouse, Florence and The Machine, PJ Harvey ou de Hannah Reid du groupe London Grammar. Elle marque les esprits en 2019 au mythique Cavern Club de Liverpool, lors de l’I.P.O. (The International Pop Overthrow). Une prestation qui donne une nouvelle impulsion à son parcours : elle y est sacrée « coup de coeur » du festival par la BBC. Aujourd’hui maman, le feu sacré anime toujours l’artiste. Elle n’exclut pas de s’envoler prochainement, cette fois en famille, vers son « pays de rêve musical » pour y poursuivre son ascension.
« Ce que je veux, c’est vivre de ma musique »
En France, les scènes s’agrandissent. Les bars intimistes ont laissé place à des salles d’envergure comme l’espace Argence où elle se produisait en première partie de Laura Cox en avril 2025, puis le Zénith de Dijon en octobre dernier. Son parcours témoigne d’une progression constante. Le 12 mars prochain, elle investira Le Majestic pour assurer la première partie de Suzanne Vega. Figure majeure de la folk américaine, celle-ci avait marqué toute une génération en 1987 avec le titre Luka. Ce soir-là, Victoria Thoizon étrennera sa nouvelle « compagne de route », une guitare Martin GPC-13 choisie chez le luthier sénonais Luthimate. Un passage qui pourrait bien la rapprocher de son rêve : fouler la scène de l’Olympia.
Masterpiece, la voix d’une femme libre et assumée
À 28 ans, l’artiste livre une musique plus mature et profonde, fruit d’une introspection qu’elle juge nécessaire et que l’on retrouve dans son nouveau single, Masterpiece, le premier morceau de sa nouvelle carrière solo. D’une voix assurée, Victoria y affirme pleinement sa féminité à travers un clip sensuel et élégant. « Je m’assume en tant que femme, ma sensualité, ma sexualité », confie celle qui prépare actuellement son prochain album. « Regardez comment je peux être féminine, chanter et être une personne à part entière », revendique-t-elle. En cassant les codes d’une industrie privilégiant souvent l’esthétique à la performance, Victoria Thoizon prouve qu’elle est, plus que jamais, une artiste complète.