Comme d’autres enfants du territoire de Belfort et du Nord Franche-Comté, Virginie Gillet a grandi dans une famille d’ouvriers puisque son père travaillait pour la filière automobile. Un premier contact avec l’univers de l’industrie dans lequel elle allait, sans le savoir, évoluer. Son bac économie et social en poche, elle enchaîne avec un BTS assistante de gestion PME – PMI en alternance. « J’ai rejoint une société de bobinage moteur pour réparer les moteurs électriques. À 20 ans, je faisais mes premiers pas dans l’industrie en m’occupant de l’administration, de la comptabilité et du commerce », se souvient cette femme joviale dont le sourire se lit jusque dans les yeux. En 2000, avec l’obtention de son diplôme, elle est embauchée dans l’entreprise qui l’a formée en tant que commerciale sédentaire, « je voulais rester derrière le bureau et la société avait besoin de ces compétences. » Peu à peu, elle se démarque dans les relations clients mais aussi fournisseurs dans un domaine très technique pour lequel elle a développé des connaissances. « Avec mon âge et mon manque d’expérience, il a fallu que je démontre que je savais de quoi je parlais, que je pouvais apporter ou trouver les réponses. J’ai fait ma place dans la persévérance et avec le temps. » À l’arrivée de son fils, elle décide de changer de profil de poste et devient, en 2005, commerciale itinérante, sillonnant la région pour décrocher de nouveaux contrats. À peine deux ans plus tard, elle devient responsable du service commercial et passe cadre, ses 30 ans tout juste soufflés.
Au fil des rencontres
En 2011, elle est approchée par une société alsacienne de bobinage et d’électromécanique qui lui ouvre les portes d’une entreprise familiale porteuse de valeurs dans lesquelles elle se reconnaît mieux. Pendant 12 ans, depuis la Haute-Saône où elle habite alors, elle multiplie les trajets en tant que commerciale itinérante. « Je faisais aussi de la gestion et j’ai évolué pour devenir responsable de l’équipe commerciale. »
Sa rencontre avec Isabelle Lacourt changera la suite de son parcours professionnel. À la tête de l’entreprise Advinsi à Bavilliers, à deux pas de Belfort et également spécialisée dans la maintenance industrielle des moteurs électriques, la cheffe d’entreprise cherchait quelqu’un pour diriger le site. Elle a donc sollicité la quarantenaire. En novembre 2022, Virginie Gillet accepte de relever le défi. « La situation financière était compliquée avec des chiffres commerciaux en baisse. J’avais l’objectif de redresser l’activité. Je connaissais bien le métier, j’avais vu l’équipe en place et son potentiel. Il y avait surtout un besoin de réexploiter le commercial. » Un an après, la dirigeante exprime son souhait de vendre Advinsi, qui réalise 1,7 M€ de chiffre d’affaires, à une investisseuse. « Je me disais que c’était mieux de garder la dimension d’une entreprise familiale avec une équipe qui partage une passion pour l’activité. Je voulais préserver ce rapport face à un investisseur qui aurait visé la rentabilité avant tout, sans être animé de la même envie vis-à-vis de l’entreprise. » Elle décide donc de se porter candidate à la reprise.
Un investissement total
Les discussions s’entament en début d’année 2024 et traînent un peu en longueur le temps que les deux femmes s’accordent sur les prix et les conditions de vente. En juillet 2025, Virginie Gillet prend officiellement la tête d’Advinsi. L’action de Virginie Gillet se mesure avant même la signature avec un chiffre d’affaires qui croit à 2,3 M€ en 2024 et estimé à 2,5 M€ en 2025. « Je me suis impliquée sur la partie commerciale. Nous avons redressé la barre en réintensifiant l’activité commerciale avec la même équipe et avec une réorganisation interne. » Toutes les industries ayant des besoins en maintenance électromécanique peuvent avoir recours à Advinsi, tout autant que des acteurs du bâtiment pour les pompes de relevage ou encore les syndicats des eaux et autres stations d’épuration. « Il y a un travail de fond à faire. Nous avons la chance d’avoir une multitude de clients ce qui sécurise notre activité », explique Virginie Gillet qui cite le recul du secteur automobile en exemple.
« Dans mon entreprise, j’y mets toutes mes tripes ! »
La société compte aujourd’hui 13 salariés, Virginie Gillet profitant d’une personne en BTS en alternance pour l’appuyer sur la partie administrative. « Je ne veux pas dépasser 15 salariés parce qu’on ne peut pas être sur tous les fronts. Je préfère améliorer la qualité et les marges mais aussi bien rémunérer les équipes. J’ai des ambitions mesurées » sourit cette blonde coupée au carré de 48 ans. « La société va mieux mais il y a encore des améliorations à mettre en place en interne. C’est challengeant ! » Elle espère également pouvoir trouver sa perle rare, le collaborateur ou la collaboratrice qui pourra l’épauler, son bras droit du quotidien.
Savoir souffler
Accompagnée par le réseau Entreprendre, la cheffe d’entreprise a également profité du soutien d’Initiative Haute-Saône. Elle a d’ailleurs été récompensée du 1er prix des trophées Initiative au féminin en décembre 2025 avec une dotation de 5.000 €. « Ça nous a aidé à acquérir du matériel. » Virginie Gillet insiste sur la nécessité d’être entourée pour éviter la fameuse solitude du dirigeant. « Les réseaux permettent de partager, de questionner, d’exprimer ses doutes. C’est une ressource extérieure qui participe d’un équilibre. » Tout comme le sport, le vélo et la natation, qu’elle pratique régulièrement pour se vider la tête. « J’ai besoin de garder ces moments pour moi, pour évacuer. » Mais même si elle admet ne pas compter ses heures et connaître un stress régulier, Virginie Gillet, mère de deux garçons, n’a aucun regret quant au choix qu’elle a fait de reprendre Advinsi. « Je mets mes tripes dans mon entreprise », s’autorise-t-elle à dire !