Virginie Taupenot
Invités / Entretiens

Virginie Taupenot

Les vignes au féminin

Lecture 8 min
Photo de Virginie Taupenot et son frère Romain
Neuvième génération, Virginie Taupenot et son frère Romain gèrent ensemble le domaine familial. (Crédit : Marie-George Stavelot.)

Neuvième génération à la tête du domaine familial Taupenot-Merme de Morey-Saint-Denis, Virginie Taupenot a légèrement déjoué les pronostics de ses parents en prenant leur suite avant que son frère Romain ne la rejoigne. « J’ai baigné dans cet univers. Quand mes parents ont développé la vente à la bouteille plutôt que le vrac, ma mère m’emmenait avec elle pour faire du porte-à-porte dans les restaurants et les commerces tandis que mon père livrait la semaine suivante. » Elle qui adorait l’ambiance des vendanges et faisait sa première vente dans le caveau à 13 ans à peine, a pourtant choisi une autre voie pour commencer sa carrière.

Elle intègre ainsi l’école de commerce de Dijon et part ensuite à Paris pendant trois ans à l’Institut supérieur de gestion. « La deuxième année, j’ai dû effectuer un stage à l’étranger. Ça a été un tournant pour moi. » Devant le travail qui accaparait ses parents et malgré toute la fierté qu’ils lui inspirent, Virginie Taupenot n’envisageait jusqu’alors pas de reprendre le flambeau. Après six mois à New-York, elle enchaîne par trois mois à Tokyo. « J’ai rencontré l’importateur de mes parents sur place. J’ai eu un déclic, un jour, en buvant du vin accompagné de fromage. Ma région m’a manqué. Je suis finalement partie pour mieux revenir. » Diplômée en 1993, elle poursuit son cursus au lycée viticole de Beaune et obtient son brevet professionnel de responsable d’exploitation agricole. En 1995, elle remonte dans un avion, direction l’Afrique du Sud pour vinifier au sein de deux domaines.

Retour aux sources

(Crédits : MARIE-GEORGE STAVELOT)

À 24 ans, elle rejoint ses parents pour travailler avec eux mais « la transmission n’était pas encore une évidence. Il y avait quelques conflits de générations », sourit cette jolie brune aux cheveux longs et au franc parler. Sa mère s’occupe de la dimension commerciale tandis que son père s’affaire à la production. Entre eux, Virginie Taupenot tente de faire sa place autant que ses preuves. « Un jour, j’ai signé une importante commande équivalente à 90.000 grands crus. Ça a été un moment fort. » Peu de temps après, en 1998, son aîné de cinq ans retourne à son tour au domaine Taupenot-Merme. Romain prend la suite de son père à la production et gère l’export quand Virginie succède à sa mère sur le commerce et assure la gestion administrative. Ensemble, ils trouvent leur équilibre, l’un et l’autre allant parfois dans les vignes ou la cuverie, ou participant à des rendez-vous avec les clients.

« Nous avons un beau métier car on donne du plaisir aux gens »

Entre les vignes de Denise Merme, originaire de Morey-Saint-Denis, et celles de Jean Taupenot, installé à Saint Romain et quelques autres reçues en héritage au fil des ans, le domaine Taupenot – Merme cumule désormais 19 appellations sur 20 hectares de vigne en Côte de Nuits et Côte de Beaune. Le domaine exporte dans 45 pays, contre 12 quand la fratrie a repris les rênes. La production varie quant à elle d’une année sur l’autre, battant des records opposés entre 2023, avec ses 125.000 bouteilles, et 2024 avec seulement 45.000 bouteilles notamment à cause du mildiou. « Nous avons un beau métier car on donne du plaisir aux gens mais on subit les aléas climatiques. Nous n’oublions pas non plus que nos ancêtres avaient aussi leur lot de difficultés. » Les inquiétudes de la quinquagénaire ne se limitent pas au changement climatique mais concernent aussi la transmission. « Les grands groupes financiers ou de luxe, français ou internationaux, qui achètent à des prix exorbitants, impactent notre foncier et complexifient la transmission. Pourtant, c’est notre outil de travail, ce n’est pas un jouet. Nous faisons vivre des familles », insiste la cogérante qui emploie 15 personnes. Deux fois maman et tante, elle mesure le poids de l’histoire qui pèse sur ses épaules et sur celles de son frère. « Ce qui nous lie est un fardeau », dit-elle en référence au film de Cédric Klapish, à la fois fière de ses origines et soucieuse de l’avenir.

Sur tous les fronts

Outre le domaine viticole, impossible d’évoquer Virginie Taupenot sans mentionner l’association Femmes et Vins de Bourgogne. « En 2000, Anne Parent, de Pommard, m’a sollicité avec une idée en tête, celle d’une association pour les femmes du vin afin qu’elles échangent et ne soient pas seules. » Avec six femmes, elle créé Femmes et Vins de Bourgogne. « C’est un lieu de partage, nous avons les mêmes problématiques, on est soudées, on s’épaule dans un monde d’hommes. » Anne Parent prend la présidence pendant huit ans avant que Virginie Taupenot ne prenne le relais de 2008 à 2019. D’autres, toutes aussi compétentes, ont depuis pris sa suite. « Désormais, je suis simplement membre comme près de 40 autres femmes. J’ai eu le sentiment de boucler la boucle en 2023, quand nous avons réalisé une vente caritative aux bénéfices de la maison des femmes à Talant et de la fondation Coeur et Recherche, première cause de mortalité chez les femmes, devant le cancer du sein. »

Virginie Taupenot et son frère Romain
Virginie Taupenot et son frère Romain (Crédits : Marie-George Stavelot)

Épicurienne, Virginie Taupenot aime ses congénères mais aussi les plaisirs de la table et salue le travail des chefs et des sommeliers, et plus largement du monde du vin. Membre de la confrérie des Chevaliers du Tastevin depuis 2010, elle fait partie de la compagnie d’honneur depuis 2019. « C’est une reconnaissance et un honneur, en tant que femme d’abord mais aussi car je représente ma famille, une famille qui n’avait pas encore de longévité au sein de la confrérie. » Son engagement a par ailleurs été salué à travers sa nomination comme officier du mérite agricole, alors qu’elle cherche désormais le bon moment pour recevoir une autre récompense, l’ordre national du mérite vient en effet de lui être attribué. Véritable ambassadrice de la Bourgogne, elle croit dans le collectif pour faire rayonner ses vins et son art de vivre. Et quand elle relâche la pression, c’est dans le duo comique qu’elle forme avec une amie en tant que Pipettes. Infatigable Virginie.