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92e année

Coronavirus : la culture en voie de guérison

Dossier. La culture souffre depuis plus d’un an des fermetures, jauges sanitaires imposées mais aussi des annulations et du manque de public. Leur remède pour survivre ? S’adapter. Être plus créatifs encore, se renouveler, proposer de l’inédit et surtout, faire rêver.

Ersatz à l’ABC. Laurent Guizard

Culture outragée, culture brisée, culture martyrisée mais plus que jamais déterminée. Depuis le début de l’année 2020, le monde de la culture vit au rythme des annonces du gouvernement pour contenir la pandémie de coronavirus.

Olivia Ruiz, sur les Scènes du Jura. Sydney Carron

Dans un premier temps, le 29 février, ce sont les rassemblements de plus de 5.000 personnes en milieu confiné qui ont été interdits, puis ceux de 1.000 personnes le 8 mars. Le véritable électrochoc s’est produit le 13 mars 2020 avec la publication d’un arrêté bannissant cette fois les rassemblements de plus de 100 personnes. Depuis, le secteur qui emploie 670.000 personnes en France et représente près de 2,3 % du PIB, est maintenu en vie, sous perfusion, grâce au soutien de l’État, à son chevet depuis l’apparition du virus.

Malade, la culture souffre depuis plus d’un an des fermetures, jauges sanitaires imposées mais aussi des annulations et du manque de public. Un symptôme aggravé par le pass sanitaire qui décourage majoritairement les spectateurs.

Le quotidien du secteur est aussi empoisonné par le manque de visibilité et la perte de sens. Les artistes, eux, privés de relation avec le public, élément vital pour eux, commencent à être lassés d’attendre des jours meilleurs…
Après cet été pluvieux et gangrené par la crainte de la survenue d’une nouvelle vague et d’un énième variant, tous les acteurs du monde culturel voient dans la saison qui s’apprête à débuter, une bouffée d’oxygène. Leur remède pour survivre ? S’adapter. Être plus créatifs encore, se renouveler, proposer de l’inédit et surtout, faire rêver.

Le moral des troupes à rude épreuve

Le monde des arts, sévèrement touché par le coronavirus, fait face à une perte de sens au fur et à mesure que les mesures sont annoncées. En juin dernier, bien avant l’instauration du pass sanitaire, le spécialiste de l’emailing et du marketing, Sendethic, a publié une enquête sur le moral des acteurs du secteur culturel. Plus de 270 personnes du secteur (artistes, producteurs, représentants d’institutions culturelles…) ont été interrogées. L’enquête révèle que la majorité des professionnels (81 %) sont convaincus du retour du public. Autre donnée importante : 54 % des sondés pensent que le retour du public va prendre du temps. L’enquête montre par ailleurs que 67 % des acteurs se sentent « frustrés  », 61 % se disent « épuisés » et 28 % s’estiment « pessimistes ».

Exposition « Les Outils » à la Minoterie. Roxanne Gauthier photographe

Une tendance qui s’observe aussi chez les professionnels de la région Bourgogne Franche-Comté. « À la Minoterie (Dijon) cette crise a été vécue de manière très particulière car ce lieu ne défend pas uniquement des spectacles terminés, l’accueil de répétitions, résidences et stages fait aussi partie de notre activité. Si nous avons malgré tout essayé de continuer les actions autant que possible, cela s’est fait dans des conditions moins optimales qu’en temps normale puisque nous avons joué en dehors de nos murs, dans des écoles, des Ehpad, donc dans des salles pas forcément conçues ni équipées pour. Imaginer des formats permettant de contourner les interdictions de recevoir du public a été réjouissant et source de créativité, d’inventivité et de recherche mais ce fut néanmoins une période fatiguante avec un rythme d’adaptation et des changements de situation fréquents. Nous sommes à nouveau inquiets pour la rentrée. Présent au Festival d’Avignon en début d’été, j’ai pu constater avec mes confrères, la frilosité du public à assister aux spectacles. La crainte d’un cluster plane quasiment partout. Quoiqu’il en soit, nos interrogations sont multiples : est-ce que le spectacle vivant va retrouver sa place dans les sorties ? Le pass sanitaire sera-t-il un frein ? On va devoir redoubler d’invention, créer du désir  », témoigne Christian Duchange, directeur. Son confrère de la Vapeur (Dijon), Yann Rivoal, parle quant à lui de « douche froide » avec le souvenir amer d’un dernier concert « avant-covid » qui n’aura finalement pas eu lieu : « Izia devait se produire le 12 mars 2020 à guichets fermés, soit 1.200 personnes attendues. Mais une jauge de moins de 1.000 personnes nous a été imposée. L’artiste a bien voulu se produire deux fois pour réduire la jauge mais nous avons quand même dû annuler le concert suite aux annonces communiquées entre-temps qui ne permettaient plus ces demi-jauges. Quelques jours après, on nous annonçait le confinement strict. Une période compliquée où nous traquions les informations tout en restant optimistes. Puis, fin août quand on a appris les conditions d’accueil du public à l’automne 2020, nous avons tout fait pour adapter les concerts au format assis et on a tenu comme ça jusqu’au deuxième confinement d’octobre où nous avons encore dû fermer… Moralement, on est passés par toutes les phases, incompréhension, abattement, espoir… ».

Un sentiment d’injustice

« La fermeture lors du deuxième confinement a été vécue comme une injustice : pourquoi avons-nous dû fermer alors que nous avions un protocole sanitaire stricte ? Un amalgame culturel a été fait : pourquoi une salle de spectacle de 200 places avec des spectateurs espacés et des règles précises serait plus dangereuse que les transports en commun ? Nous sommes suspendus aux annonces. On craignait que le pass sanitaire soit étendu à nos activités car lors de la réouverture, le 19 mai, nous avons reçu de nombreux appels de personnes souhaitant savoir s’il était exigé. Quand nous leur disions que non, beaucoup nous répondaient que si ça avait été le cas, ça aurait été rédhibitoire pour assister à un spectacle ici. Maintenant que les règles ont changé, nous craignons pour la rentrée. Ces nombreuses mesures, qui évoluent, changent, auxquelles nous devons nous adapter finissent par nous épuiser. Nous pouvons également dénoncer un manque d’anticipation de la part du gouvernement : une saison ne se programme pas du jour au lendemain, tout comme l’accueil d’un public », s’inquiète Hortense Bourguignon, directrice de l’Écrin à Talant.

AKZAK (CDCN Art danse). Laurent Philippe

Du côté de l’Association bourguignonne culturelle (ABC), la crise sanitaire a un impact sur le moral des équipes : « beaucoup ont eu l’impression de travailler pour rien, cette période d’incertitudes s’est révélée épuisante tant physiquement que moralement », confie Simon Lépine, membre du collectif de direction et responsable de la communication. Si l’équipe de l’ABC avait retrouvé son optimisme en début d’été, les inquiétudes quant à la crise sanitaire ressurgissent. « Les chiffres de la pandémie nous laissent penser que le déconfinement a peut-être été trop brusque. Nous voulons à tout prix éviter de revivre deux saisons pareilles. »

Pour le Dancing CDCN Art danse (Dijon), ces deux dernières saisons ont particulièrement été affectées. Son directeur, Frédéric Séguette en a pris la tête en janvier 2019. Il revient sur des projets « stoppés dans leur élan » en 2020 puis 2021. « Nous avons dû annuler deux éditions de Art Danse. L’impact psychique a été considérable surtout pour la jeune équipe que nous sommes. Le sentiment de faire et défaire n’a pas été des plus facile à vivre. »

« On n’ose plus être optimistes »

Through the Grapevine (cirqonflex).

Les circassiens de CirQ’ônflex ont eux aussi perdu leur sourire : « la vaccination donne de l’espoir mais nous avons appris à nous méfier désormais. Depuis le début de cette crise, à chaque fois que nous étions confiants, ça s’est mal passé, nous sommes donc plus prudents. On n’ose plus être optimistes. À cela s’ajoute le sentiment de vide. Beaucoup d’entre nous avons eu, à un moment, l’impression de plus savoir ce qu’on faisait là. On s’est tous demandés si ça valait encore le coup. On s’est finalement raccrochés à ce qui nous faisait tenir, c’est-à-dire notre passion, l’amour du public…mais la culture est aussi touchée par une vague de reconversions et ce n’est sans doute pas terminé. Nous sommes cependant conscients des efforts qui ont été faits par l’État pour nous soutenir, les aides nous ont réellement permis de résister financièrement. Tant que l’État et les collectivités nous soutiennent, nous ne sommes pas en danger immédiat mais il faut tout faire pour retrouver une situation normale avec un public présent pour ne plus dépendre des subventions. Nous craignons que la situation s’éternise », se préoccupe Natan Jannaud, directeur de CirQ’ônflex qui appréhende également les prochaines élections présidentielles. «  Tous les candidats à la présidentielle n’auront pas forcément la même vision de l’importance de la culture, ce qui pourrait mettre à mal la politique de soutien au monde culturel. On a beaucoup à perdre, ou à gagner des résultats de cette prochaine échéance électorale. »

Des efforts balayés par les annonces

Le Moloco à Audincourt

Au Moloco d’Audincourt, ancien cinéma métamorphosé en salles de concerts depuis 2012, les équipes sont elles aussi dans l’impasse : « on a imaginé de nombreuses choses à mettre en place pour maintenir nos activités et l’accueil du public mais à chaque fois, ces efforts ont été balayés par les annonces et les consignes sanitaires qui ne le permettaient pas. En effet, nous avions prévu de proposer des concerts assis en début d’année en installant des gradins qu’on a loués afin d’avoir une scène panoramique, nous nous étions également proposés pour accueillir un concert-test… mais rien n’a pu voir le jour. Tout a dû être démonté. Nous sommes malgré tout restés ouverts pour accueillir des résidences d’artistes, nous avons pu maintenir quelques actions culturelles hors de nos murs mais beaucoup de nos évènements ont dû être annulés et ça a énormément pesé sur le moral de l’équipe et des artistes », énumère Pauline Pobès, chargée de communication.

Nicolas Royer, directeur de l’Espace des Arts de Chalon-sur-Saône en est convaincu  : « un spectacle est fait pour rencontrer un public. Notre but à tous dans le monde de la culture est de nourrir les imaginaires et de faire travailler les artistes. Nous vivons une période très complexe depuis plus d’un an, nous avons tous très hâte de retrouver une activité aussi normale que possible ».

La peur du vide

L’Oiseau ligne (OD). Alain Monot

« L’absence est le plus grand des maux », écrivait Jean de La Fontaine dans ses Fables. Et c’est justement ce qui inquiète les acteurs du secteur. À la mi-juillet, à seulement quelques jours de l’entrée en vigueur du pass sanitaire dans les lieux de culture, ces derniers attendaient encore les décrets d’application. Une mesure qui a suscité de nombreuses craintes et interrogations. Nombreux sont ceux qui ont l’impression d’être abandonnés sans mode opératoire à suivre pour la mise en place du précieux sésame. « On s’attendait à y être soumis mais nous ne pensions pas qu’il serait exigé si tôt. Une fois de plus, cette mesure a été annoncée à la dernière minute. Pourtant, on connaissait l’existence du variant Delta, sa contagiosité et sa dangerosité. On savait les risques de la propagation de ce variant sur l’économie, alors pourquoi avoir attendu la mi-juillet pour l’exiger ? Nous n’avons pas immédiatement eu de consignes sur lesquelles se baser pour sa mise en place, tout s’est fait avec beaucoup de latence. Ce pass est surtout une menace sur la fréquentation de nos lieux. Le pass sanitaire risque, au moins dans un premier temps, de constituer un frein pour le public. On espère vivement que les spectateurs réussiront à dépasser cette appréhension. Quoiqu’il en soit, on ne s’attend pas pour l’instant aux fréquentations d’avant-covid », se soucie Yann Rivoal (La Vapeur, Dijon).
« Il est assez étonnant que nous devions contrôler des données médicales sans être ni assermentés ni formés. Vérifier les pass va engendrer des tensions pour lesquelles nous serons en première ligne. Notre métier est de proposer un show, pas d’être dans le sur-contrôle », interpelle Hortense Bourguignon (L’Écrin, Talant).

« On a encore du mal à se projeter sur la réticence ou non des publics à assister à des concerts avec la mise en place du pass. Ce qui nous inquiète le plus, c’est le protocole contraignant qui va avec. L’autre point négatif, c’est qu’il va nous faire endosser un rôle de police. D’un autre côté, si ce pass peut nous permettre d’assister aux concerts en étant debout et sans masque, ce serait une très bonne nouvelle », modère Pauline Pobès (Le Moloco, Audincourt).

Du personnel et des coûts supplémentaires

L’Idéal club au TDB. Cyril Duc

Si la Rodia à Besançon a accueilli le deuxième concert-test de France le 8 juillet dernier avec 700 spectateurs debout, masqués, vaccinés ou testés négatifs 48 heures avant le concert, celle-ci demeure néanmoins dubitative concernant le pass sanitaire. « Certes, le pass sanitaire permet des jauges de public plus importantes mais il demande par ailleurs plus d’effectifs pour son contrôle. Pour l’organisation du festival Détonation qui aura lieu du 23 au 25 septembre, nous allons devoir tripler nos effectifs notamment pour garantir un accueil fluide des festivaliers », annonce Emmanuel Comby, directeur. Une augmentation des effectifs et donc, des coûts. Concernant la réticence éventuelle du public, il est plutôt confiant : « on ne s’attend pas forcément à faire une saison facile même si, notre concert-test a montré que les participants n’avaient pas de réticences. Malgré cela, le public peut hésiter à assister à des rassemblements : cette pandémie a été un énorme choc psychologique chez certains individus pour qui sortir et se mêler à la foule est devenu anxiogène. L’impact de cette crise sur le lien social peut à l’inverse, nous aider à faire le plein. Un point est certain, notre but est de rassembler autour de l’art  ». Nicolas Royer (Espace des arts de Châlon-sur-Saône) est lui aussi partagé : «  cette mesure risque de créer une société à deux vitesses ce qui n’est pas souhaitable. Personne ne peut trouver ça positif dans le sens où l’on aimerait tous que la responsabilité de chacun prenne le pas sur les contraintes. Néanmoins, le pass sanitaire et par extension, la vaccination, semblent être les seules solutions ». Dominique Pitoiset qui a pris ses fonctions de directeur de l’Opéra de Dijon en début d’année, «  respecte le point de vue de certains compatriotes même si le pass et la vaccination semblent indispensables. Nous devons en effet favoriser la politique vaccinale pour le plus grand nombre ».

Leur combat pour faire vivre la culture

Éve Risser et le Red Desert Orchestra. Marc Chesneau

Alors que les établissements culturels de la région dévoilent leurs saisons 2021-2022, ces derniers sont inquiets concernant les mois à venir. Une certitude les anime, la passion pour leurs métiers permet de dépasser les craintes. « Nous vivons cette crise terrible depuis plusieurs mois. Nous avons tout fait pour maintenir notre activité quitte à sortir de nos murs pour proposer des spectacles en milieux scolaires ou en Ehpad. Le spectacle Cabaret sous les balcons, premier spectacle à respecter les gestes barrière imaginé pendant le premier confinement et joué dans les Ehpad a par ailleurs connu un franc succès avec 25 dates. L’idée était de tout faire pour que l’art, essentiel selon nous, ne s’arrête pas. On voulait en effet continuer à nourrir les imaginaires, faire travailler les artistes… C’est tellement terrible pour un artiste de ne pas pouvoir s’exprimer. Aussi paradoxal que ça puisse être, pendant les périodes de fermeture au public, nous avons joué devant des publics qui n’ont généralement pas l’habitude de consommer cette forme de culture, l’opportunité donc, d’aller à leur rencontre et de démocratiser le spectacle vivant. Cette crise a également démontré notre force d’adaptation, qui ne faiblit pas. La culture génère de nombreux emplois, il faut donc à tout prix les préserver. Jouer le jeu, s’adapter pour pouvoir proposer de l’art malgré tout est primordial », insiste Nicolas Royer (Espace des Arts, Chalon-sur-Saône). Les équipes de la Vapeur à Dijon ont elles aussi mis à profit cette période de fermeture forcée pour réfléchir à des nouveautés : «  le 15 décembre 2020, les magasins dits non-essentiels rouvraient, l’économie reprenait peu à peu après le deuxième confinement, nous, nous restions fermés… On a donc cessé d’être attentistes face aux annonces gouvernementales qui tardaient et on a décidé d’accueillir des résidences d’artistes, nous avons proposé des concerts en établissements spécialisés comme des services psychiatriques… Cette période a également été l’occasion d’améliorer nos équipements et installations et de lancer des choses inédites comme notre calendrier de l’avent ou encore notre magazine dédié à l’établissement et à ses actus. L’objectif premier était de maintenir à tout prix le lien avec nos publics et dans un deuxième temps, de nous maintenir alertes, de nous forcer à être créatifs. Une chose est certaine, depuis le début de la crise, le monde de la culture a montré sa volonté assez stupéfiante de ne pas baisser les bras. Nous sommes lassés, mais pas abattus. On espère à tout prix pouvoir maintenir tous nos spectacles cette fois-ci. Nous sommes également très impatients de re­trouver une activité avec moins de contraintes d’autant plus que La Vapeur est un lieu très apprécié du public dijonnais », exprime Yann Rivoal (La Vapeur, Dijon). Pour ne pas rompre le lien, Le Moloco d’Audincourt a proposé des captations de concerts en live depuis des monuments emblématiques de la ville proche de Montbéliard : « l’idée était de mettre en avant le patrimoine local et de l’associer à la musique. Nous avons également lancé une guinguette lors de l’été 2020 pour contourner la fermeture et permettre aux artistes de jouer, qui va perdurer face au succès rencontré ».

La renaissance tel un papillon

Le Groupe Altin Gün à La Vapeur. Sanja Marusic

Pour représenter cette renaissance offerte par la crise sanitaire, le Théâtre Gaston Bernard utilise le papillon, symbole de la métamorphose par excellence. « Ce sera le signe fort de notre saison à venir car la culture, comme les papillons, est fragile mais tellement précieux », poétise sa directrice Catherine Miraton. Selon elle, « l’espoir perdure. On ne cache pas que les risques psychosociaux sont présents dans notre société et dans l’univers du spectacle vivant en raison des doutes nombreux mais ce qui nous anime est plus fort. Nous ressentons l’attente du public ».
Dominique Pitoiset (Opéra de Dijon) confie « repartir sur des bases prudentes pour cet automne » mais garantit que l’adaptation donnera le la de cette saison à l’Opéra.

Il parle également d’ouverture, « ainsi se nomment les premières pages musicales d’un opéra. Le compositeur y donne un avant-goût des thèmes que l’œuvre va déployer. Elle est à la fois un signe de la musique future, et déjà le début de sa présence. Une promesse qui commence lll lll à se tenir à l’instant même où elle se formule. Elle est inaugurale : avec elle et en elle, le temps présent se laisse happer, aimanter, orienter par l’avenir. Ouverture… l’Opéra de Dijon, comme tout lieu d’art et de création, a pour vocation d’être ouvert : curieux du monde, attentif, hospitalier. Prêt à se réinventer. L’art n’est jamais un acquis une fois pour toute, un capital placé dont on encaisse la rente sans plus y penser. Cela, c’est ce qu’il risque de devenir quand il devient une habitude, quand il se fige ». Éprouvé par ces longs mois de fermeture forcée, l’Opéra dijonnais espère donc enfin renouer avec le « face-à-face » entre ses artistes et son public « dans ce qu’il offre d’irremplaçable  ». N’étant pas un «  homme de streaming » son directeur insiste en effet sur l’importance de l’instant, en présentiel qui « génère de la vie, de l’existence, fait sens et communauté ».

Une saison culturelle très dense

Après deux saisons chaotiques, la saison culturelle s’annonce dense, en raison de nombreux reports. Par exemple, à l’Espace des Arts de Chalon-sur-Saône, on note 30 % de spectacles en plus par rapport à une saison normale. Christian Duchange, directeur de la Minoterie à Dijon fait le même constat : « la saison est très riche en raison des reports mais c’est également lié à la quantité d’offres proposées. En effet les artistes ont élaboré de nouvelles propositions pendant ces mois d’absence donc on assiste véritablement à une explosion des dossiers. Le fait que la Minoterie soit bien identifiée en France mais aussi à l’échelle mondiale dont en Europe contribue à ce phénomène puisque nous remarquons une affluence de plus en plus forte des demandes de résidences ici ». L’autre particularité cette année, c’est le découpage des saisons en deux, de septembre à décembre d’une part, de mars à avril d’autre part. «  Par souci de prudence, nous avons décidé d’annoncer que la première partie de la saison pour l’instant car nous ne sommes jamais certains de rien. Nous avons donc baptisé cette première partie le “premier voyage” car il ne faut pas rêver d’horizons nouveaux, il faut les atteindre », éclaircit Nicolas Royer (Espace des Arts, Chalon-sur-Saône).

Militine Guinet