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92e année

Les Dossier du JDP : Le tourisme d’après

Dossier. Avec la crise sanitaire, de nouvelles attentes en matière de tourisme se font jour. La recherche de grands espaces est sur toutes les lèvres et les Français ont besoin de flexibilité notamment pour réserver ou annuler à la dernière minute en fonction des restrictions sanitaires. La Bourgogne Franche-Comté devrait une fois encore tirer son épingle du jeu, puisqu’elle répond à ces nouvelles demandes avec notamment de grands espaces verts dont le parc national de forêts, très plébiscités par des touristes en mal de nature après des mois enfermés... À découvrir dans ce dossier spécial tourisme.

©denis photography

En France, comme dans le monde entier, la crise sanitaire a eu un impact considérable sur l’activité touristique. L’Organisation mondiale du tourisme a estimé les pertes du secteur à 1.300 milliards de dollars en 2020 soit « plus de 11 fois la perte enregistrée pendant la crise économique mondiale de 2009 ». Si en temps normal la France fait figure de première destination touristique mondiale en accueillant plus de 90 millions de touristes par an, elle a particulièrement été touchée. Plombée par l’absence des touristes étrangers qui représentent généralement la majorité des recettes générées par le secteur, la France a subi une perte de 61 milliards d’euros rien que pour l’année 2020, selon Atout France. Particulièrement meurtri, le secteur du tourisme représentait, avant la pandémie, 8 % du PIB soit, près de 56,2 milliards d’euros de chiffre d’affaires et deux millions d’emplois d’après l’agence de développement touristique de la destination France.

« Les touristes sont de plus en plus demandeurs d’ateliers, ils veulent vivre une expérience. »

La levée progressive des restrictions sanitaires (réouverture des terrasses, cinémas, magasins dits « non-essentiels  » et salles de sport le 19 mai ; réouverture des salles de restaurants le 9 juin  ; fin de l’obligation du port du masque en extérieur le 17 juin, fin du couvre-feu le 20 juin et enfin, l’annonce de la réouverture des établissements de nuits pour le 9 juillet) laisse entrevoir une embellie pour le tourisme notamment alimentée par le fort désir d’évasion des Français après plusieurs confinements successifs et une météo printanière très capricieuse. Le baromètre annuel des vacances par Europ Assistance, spécialiste de l’assistance aux voyageurs, révèle que 67 % des Français ont l’intention de partir en vacances cet été, soit seulement deux points de moins qu’en 2019… Ce baromètre indique également que la France serait la destination choisie par 54 % des sondés.

Des vacances toujours en bleu, blanc, rouge

Lors de sa visite dans le Lot début juin, le président Emmanuel Macron a par ailleurs lancé un appel aux Français : «  cet été, les vacances, c’est en France  !  ». Pour rappel, lors de l’été 2020, 94 % des Français étant partis en vacances sont restés dans le pays. Malgré cela le budget moyen consacré aux vacances par les Français est en baisse de 26 % soit un total de 1.627 euros. « Les personnes interrogées sont par ailleurs 37 % à avoir indiqué privilégier la famille et les amis pour l’hébergement contre 35 % pour les locations saisonnières et 25 % pour l’hôtel », détaille Europ Assistance.

« En BFC, la plaisance permet de générer 74 millions d’euros de retombées économiques. »

Pour que vacances en France rime avec dépaysement, les acteurs du tourisme sont prêts à tout. À commencer par proposer des offres en lien avec les nouvelles attentes des touristes qui ont émergées avec la crise sanitaire. L’appel de la nature, le besoin de grands espaces, la sécurité sanitaire, la flexibilité sont effectivement les nouvelles priorités des consommateurs. «  On observe en effet que les touristes sont vigilants sur les mesures sanitaires mises en place, ils veulent aussi être surs de pouvoir annuler à la dernière minute sans devoir payer de pénalités. Les réservations, cette année encore, se font majoritairement au dernier moment. 70 % des touristes réservent de cette manière  », informe Sophie Ollier-Daumas, directrice de Bourgogne Franche-Comté Tourisme. Lors des dernières vacances scolaires au printemps, la plateforme de location Airbnb a fait un autre constat : « les lieux moins peuplés et situés hors des villes sont les plus en vogue ». Les grandes villes, réputées pour densifier la foule, attirent moins. Une aubaine pour la région Bourgogne Franche-Comté qui cumule les atouts. «  Notre rôle est de mettre en avant les richesses du territoire afin de faire de la région une destination à part entière », présente Sladana Zivkovic, adjointe au maire de Dijon, vice-présidente de Dijon Métropole, déléguée aux relations internationales, au tourisme et aux congrès, présidente de l’Office de tourisme de Dijon métropole.

Cap sur le local

MuséoParc Alésia ©Krebel

Comme l’été 2020, la clientèle de cette année sera encore majoritairement locale  : « nous poursuivons notre travail qui consiste à attirer les clients de proximité qui ont plus de facilités à venir compte tenu du contexte sanitaire et qui peuvent visiter un lieu à la journée », précise Isabelle Corond-peintre, directrice de Côte-d’Or Tourisme. Le tourisme de proximité va également être l’axe stratégique fort de l’Office de tourisme dijonnais cet été : « sur le nombre de demandes au comptoir on observe déjà une majorité de visiteurs issus de la grande région (39 %). La clientèle nationale est également très importante puisque 19 % des visiteurs viennent d’Île-de-France ». Une campagne d’affichage ciblant principalement les Dijonnais ou encore les touristes situés à moins de trois heures de Dijon ainsi que Allemands, Belges, Suisses et Néerlendais vient d’être lancée. Des paysages emblématiques de la ville dont le lac Kir, la place de la Libération s’apparentant à des destinations touristiques phares comme le Canada, la Floride, Osaka ou encore Washington arborent le slogan « Zappez la Floride, osez Dijon  ». Un ton décalé pour « attiser la curiosité » selon Sladana Zivkovic. « Avec la crise sanitaire, de nombreux territoires se retrouvent sur le même terrain concurrentiel, à savoir le tourisme régional et européen. On a pris le parti du décalage. » Déclinée sur plusieurs thématiques (patrimoine culturel, tourisme de plein air, tourisme urbain...) et traduite en trois langues (anglais, allemand et néerlendais) la campagne est visible depuis le début du mois de juin dans les gares parisiennes, lyonnaises et celle de Strasbourg ainsi que sur les réseaux sociaux. « Nous avons des atouts que nulle autre ville de cette région n’a. Dijon, est une capitale régionale historique, architecturale, une ville d’art et d’histoire, portée sur la gastronomie et le vin. Il est essentiel de la mettre en avant », motive François Rebsamen, maire de Dijon et président de Dijon métropole.

Le tourisme expérientiel comme outil de marketing territorial

Atelier Moutarde ©Office de tourisme de Dijon

À l’heure où la course à l’attractivité est de plus en plus rude entre les territoires, proposer aux touristes de vivre une expérience unique apparaît comme la solution idéale. Le tourisme expérientiel qui cherche à créer un univers en mobilisant les cinq sens des visiteurs permet une approche sur-mesure. En étant actifs, les touristes sont ainsi plus réceptifs et plus enclins à partager ensuite leurs souvenirs dans leur cercle de proches. « Les touristes sont de plus en plus demandeurs d’ateliers, ils veulent vivre une expérience », confirme Sladana Zivkovic. C’est la raison pour laquelle de nombreux ateliers sont proposés cet été. À commencer par l’atelier street-art : « depuis quelques années on assiste à un renouveau de l’art urbain à Dijon. Cet atelier invite les participants à parcourir la ville à la découverte de ces œuvres cachées ». À l’issue de la déambulation, un moment de création en présence du collectif dijonnais Art Go ! est également prévu. Jusqu’au mois d’octobre, l’Office de tourisme de Dijon a mis en place un atelier biérologie qui présente notamment une variété de bières produites sur Dijon et sa métropole. « À la fois ludique, sensoriel, pédagogique et convivial, cet atelier s’adresse aussi bien aux amateurs avertis qu’aux néophytes poussés par la curiosité », explique Sladana Zivkovic. Pour 25 euros, le touriste de passage à Dijon cet été pourra aussi déguster des vins de qualité et jouir des conseils d’un œnologue reconnu et certifié sur la terrasse de la Tour Philippe le Bon qui domine la place de la Libération. Pour une immersion totale, un autre atelier proposera de fabriquer sa propre moutarde. Organisé en partenariat avec la dernière grande moutarderie familiale bourguignonne née en 1840, la Moutarderie Edmond Fallot, cet atelier révèlera tous les secrets de fabrication du condiment consommé dans plus de 65 pays au monde. Pour les plus fins palais, un atelier autour des secrets de la truffe avec une présentation du travail de cavage avec les chiens de la Maison aux Mille truffes est également programmé. Une dégustation de produits à la truffe est comprise dans l’atelier avec, une option incluant un déjeuner entièrement à la truffe pour une soixantaine d’euros. Enfin, les besoins de fraîcheur seront assouvis par un atelier de mixologie, plus communément appelée l’art du cocktail. Comment réaliser un savoureux breuvage ? Avec quelles techniques, quel matériel ? Comment associer les saveurs ? Guidés par un bartender-mixologue, les participants vont, au cours d’une heure d’atelier, élaborer un élixir aux particularités locales avant de le déguster. Enfin, pour les plus jeunes, le duc Philippe Le Bon propose durant tout l’été une visite guidée dans le cœur de ville pour une immersion dans le Dijon du XVe siècle.

L’appel de la nature

©R. Krebel

Après des confinements successifs et des restrictions de déplacement ayant sérieusement pesé sur le moral des Français, l’appel de la nature est plus fort que jamais. Pour répondre à ce besoin, la région regorge là encore de bons plans. À commencer par le Parc national de forêts entre Champagne et Bourgogne. Créé en 2019 après plus d’une décennie de travaux, le parc qui a l’ambition de préserver l’espace naturel ainsi que la biodiversité de la forêt, de la plaine a été lancé en 2020. De nombreuses activités dont une balade à dos d’âne, des initiations à la sylvothérapie (concept de développement personnel et de bien-être basé sur les bienfaits des arbres) à travers des stages ou encore des séances de yoga en plein air y sont proposées tout l’été.

« 39 % des visiteurs accueillis à l’Office de Dijon depuis le printemps proviennent de Bourgogne Franche-Comté. »

Plus dynamique, le Golf de Besançon et ses 200 hectares de verdure offrent un dépaysement total à deux pas de la ville. Harmonieusement dessiné à la fin des années 1960 le parcours de 18 trous est accessible à tous quel que soit son niveau de jeu. Samantha Perez, nouvelle directrice du domaine depuis février 2020, compte bien insister pour « faire tomber les clichés sur le golf. C’est la raison pour laquelle nous avons lancé des initiations gratuites encadrées par un enseignant diplômé avec le matériel fourni ». Le rendez-vous est donné un dimanche par mois jusqu’à l’automne (29 août, 19 septembre et 10 octobre, inscription par mail accueil@golfbesancon.com). «  Nous mettons également un point d’honneur à accueillir des groupes de scolaires pour des initiations. On se dit que la pratique d’un sport à l’école peut aider à déconstruire certains préjugés », précise-t-elle. Pour les plus gourmands, la terrasse du restaurant offre une vue imprenable sur le green. Des évènements festifs y auront lieu tout l’été notamment à l’occasion du 14 juillet avec un dîner de gala suivi d’un feu d’artifice.

La mode du voyage solo

©R. Krebel

Le besoin d’espace sera également assouvi par les modes de transports et de voyages solitaires comme les bateaux de plaisance sans permis qu’on peut louer notamment grâce à la société Les Canalous, née au bord du Canal de Bourgogne. « La France a le plus grand réseau navigable d’Europe », rappelle Voies navigables de France. En région, les canaux de Bourgogne, du Nivernais, du Centre, de Roanne à Digoin, du canal Latéral à la Loire, de Briare et du Loing, et les rivières navigables de la Seille et de l’Yonne, soit 1.200 kilomètres de voies d’eau sont exploités par VNF Centre-Bourgogne qui mise sur une clientèle essentiellement locale depuis le début de la pandémie. « En Bourgogne Franche-Comté, rien que la navigation de plaisance permet de générer 74 millions d’euros de retombées économiques directes par an et est source de plus de 600 emplois locaux », rappelle VNF Centre-Bourgogne. Pour les plus nostalgiques, un jeune bourguignon propose de louer un Solex pour sillonner la région. Installé au cœur de la gare de Nuits-Saint-Georges, le café-vélo La Solexerie a ouvert ses portes le 19 mai. Jérémy Rizet, à la tête de l’établissement a répondu à un appel à projet lancé par SNCF Gares & connexions à travers sa plateforme « 1001 gares ». Séduite par le projet de boutique de location de Solex pour des balades touristiques dans le vignoble bourguignon et de restauration rapide, la Société nationale des chemins de fer français a proposé une surface de 51 mètres carrés au jeune entrepreneur. Diplômé d’un bac + 3 dans le secteur du commerce sportif et d’un Certificat de qualification professionnelle de mécanicien cycles, Jérémy Rizet avait à cœur d’allier ces deux compétences notamment renforcées lors de son expérience professionnelle au sein des cycles Lapierre comme mécanicien. « C’est une réelle joie de voir ce projet se concrétiser après un an de travaux », glisse-t-il. En plus de la vente, location et réparation sur tous types de vélos et de l’offre restauration, La Solexerie propose la location de vélos à assistance électrique pour les personnes non titulaires d’un Brevet de sécurité routière (BSR) nécessaire à l’utilisation des Solex. Pour les familles avec jeunes enfants, des remorques adaptables aux Solex et vélos à assistance électrique sont également disponibles.

Les vacances en roue libre

©La Solexerie

Encore plus dans l’ère du temps, les voyages en van ou en fourgons aménagés. Idéal en termes de distanciation sociale, ce mode de voyage conjugue les besoins de communion avec la nature, la liberté et les économies puisqu’il est à la fois mode de transport et solution d’hébergement. Rendu à la mode grâce aux réseaux sociaux, le concept du vantravel, traduisez voyage en van, fait de plus en plus d’adeptes. Mobho installé à Saint-Julien en Côte-d’Or a décidé de surfer sur le phénomène en se lançant, il y a tout juste un an dans l’aménagement de fourgons. Véritable entreprise familiale (le père, David Brenot et deux fils, William 24 ans et Arthur, 21 ans), Mobho est avant tout une aventure de passionnés  : « on voyageait tous en van depuis quelque temps, après une étude de marché pour analyser la demande existante, on s’est dit que c’était un beau projet », raconte William Brenot. Pari réussi puisque l’entreprise créée en plein confinement en mars 2020 a rapidement croulé sous les demandes : « on en avait une douzaine par jours ! », s’enthousiasme-t-il. L’entreprise qui mise sur deux cibles distinctes, les grands fourgons de deux mètres de haut et les vans de moins de deux mètres davantage « passe-partout », travaille sur deux modèles emblématiques, le Sprinter de Mercedes et le Crafter de Volkswagen : « nous dessinons tout en 3D nous-mêmes, nos meubles en alu, pour plus de légèreté et une meilleure résistance à la déformation ont une très longue durée de vie, c’est à peu près l’équivalent de la durée de vie des deux véhicules, relativement haut de gamme, que nous travaillons ». S’ils ont lancés ce pari notamment par amour pour l’évasion, les fondateurs de Mobho n’oublient néanmoins pas l’importance de leurs racines en privilégiant des fournisseurs locaux : «  par exemple, les découpes laser sont effectuées par une entreprise de Longvic. On essaie au maximum de travailler avec des prestataires du coin ». Pour satisfaire la clientèle assez large (femmes, jeunes, entrepreneurs de 40 ans et plus et familles), Mobho est notamment spécialisé dans les aménagements modulables : « la flexibilité est notre maître mot, le kit conversion que nous proposons est composé de rails destinés à accueillir les meubles qui peuvent s’enlever en fonction des besoins. En trente minutes, les meubles peuvent être réinstallés ! », expose-t-il fièrement.

Des vacances « instagrammables »

©J.C. Sexe

Que la destination de vacances choisie soit photogénique, pittoresque ou en langage millennials (génération née entre les années 1980 et 2000), « instagrammable » ! C’est une des autres grandes tendances qui s’impose en matière de tourisme depuis quelques années. Une étude du site de voyage Expedia révèle en effet que deux tiers des 18-34 ans interrogés affirment que le caractère photogénique de leur lieu de vacances est un critère prioritaire devant les festivités proposées ou encore les perspectives culturelles de la destination. La majorité des sondés aurait en effet avoué choisir un endroit qui serait synonyme de clichés réussis pour pouvoir les publier sur leurs réseaux sociaux. Toujours d’après cette enquête, les hommes seraient plus soucieux que les femmes sur cet aspect. Là encore, la Bourgogne Franche-Comté a des cartes à jouer et elle peut notamment compter sur le soutien de plusieurs groupes amateurs lancés ces dernières années sur Facebook et Instagram.

« Deux-tiers des 18-34 ans avouent choisir une destination de vacances pour ses qualités photogéniques. »

Le groupe « Besançon j’aime ma ville  », créé en 2018 par Mikaël Demenge, community manager et influenceur à Besançon, compte plus de 13.400 membres amateurs qui publient quotidiennement leurs photos de la cité comtoise. Face au succès du groupe, le pro des réseaux sociaux a décliné le concept : «  Besançon, j’aime mon commerce et mon artisanat de proximité », « Besançon, j’aime ma ville d’autrefois » et bien d’autres. « Le but de ces groupes est de générer des liens autour de l’amour de Besançon », explique Mikaël Demenge.

Au pays de la moutarde et des vignes, «  Cotedorpix, j’aime la Côte-d’Or », est un groupe né pendant le premier confinement sous l’impulsion du photographe amateur, Nicolas Daubigney. « Nous étions tous enfermés pour lutter contre la propagation du virus, en cherchant un peu, j’ai remarqué qu’aucun groupe Facebook spécifiquement consacré au département n’existait. J’ai voulu rassembler tous les amoureux du patrimoine de notre département, en demandant aux internautes de poster leurs plus belles photos, dans un esprit de convivialité, chacun selon sa sensibilité. Bien des Côte-d’Oriens ne connaissent pas leur territoire qui est grand et très divers. Cotedorpix met en valeur nos richesses locales connues ou insolites et permet de découvrir de nouveaux coins, donne des idées de balades ou des infos sur les lieux remarquables, les personnes célèbres... », détaille ce passionné. Groupe non fermé, chacun peut y accéder  : habitants locaux, étrangers… « Si cela peut contribuer au tourisme en Côte-d’Or, tant mieux ! » Le hashtag « cotedorpix » est d’ailleurs devenu une référence sur les réseaux sociaux et en particulier sur Instagram. Le nombre d’abonnés, progresse quant à lui d’environ 6 % chaque mois. Depuis le lancement du groupe, Nicolas Daubigney a été rejoint par de grandes figures dijonnaises de la photo dont Denis Da Silva, Stéphane Rouillard, Cesar Vargas ou encore Karine Alexandre pour ne citer qu’elles.

Quand l’entreprise s’invite pendant les vacances

©Anis de Flavigny

De plus en plus d’entreprises ouvrent leurs portes au public. Concept typiquement français, le tourisme industriel fait de plus en plus d’adeptes notamment en ces temps de crise sanitaire où les destinations locales sont privilégiées. La fabrique de pain d’épices dijonnaise Mulot & Petitjean devrait susciter l’engouement de tous les publics cet été d’autant que la maison familiale s’est récemment dotée d’une nouvelle muséographie pour fêter ses 225 ans d’existence. « L’articulation de la visite est inchangée mais les supports vidéo consacrés à la fabrication du pain d’épices ont été actualisés dans leur globalité », détaille Alice Abraham, responsable communication et export. En 2020, la maison emblématique fondée en 1796 a réalisé de nombreux investissements afin de renouveler son parc de machines pour réduire ses consommations d’énergie ou encore les pertes de matières afin de lutter contre le gaspillage alimentaire. « Le parcours de la visite met notamment en avant les engagements RSE de Mulot & Petitjean tout en faisant découvrir un savoir-faire ayant fait de Dijon la capitale du pain d’épices. »

L’autre nouveauté consiste à faire à voir le laboratoire de recherche et développement au public depuis l’intérieur du musée. Les secrets de fabrication du célèbre gâteau aux épices demeureront cependant préservés. Chaque année, 37.000 visiteurs foulent les pas du musée. Parmi eux, de plus en plus de locaux qui souhaitent redécouvrir un savoir-faire emblématique du territoire. Première société labellisée «  entreprise du patrimoine vivant » dans le domaine de la gastronomie en Bourgogne, la Maison Mulot & Petitjean fait par ailleurs partie d’un réseau d’associations nationales animées par le même désir qu’est celui d’accueillir des visiteurs.

Tout sur les anis de Flavigny

Symboliques de notre enfance, les anis de Flavigny se mettent eux aussi en scène à travers des visites. Chef-lieu de la production d’anis, Flavigny-sur-Ozerain abrite l’abbaye Saint-Pierre où sont encore fabriqués les petits bonbons. La fabrique familiale et artisanale dirigée par Catherine Troubat compte une trentaine de personnes. Labellisée « entreprise du patrimoine vivant » en 2017, les Anis de Flavigny rejoignent ainsi un réseau composé de grands noms de l’artisanat dont la Cristallerie Baccarat, la porcelaine de Limoges ou encore la maison Chanel. « C’est une véritable reconnaissance de l’excellence du savoir-faire des anis. Un savoir rare, maîtrisé et issu d’une longue tradition ancrée sur le territoire. Un patrimoine qu’il est important de valoriser car il met en avant la fabrication française. D’ailleurs, la technique de la dragéification du bonbon mise au point avant 1591, est unique, elle ne se transmet qu’au sein de la Fabrique, aucune école ne l’enseigne. Ce patrimoine immatériel se conjugue à l’histoire et à l’architecture du lieu », vante la présidente, Catherine Troubat.

À la découverte du barrage Vouglans

©David Vuillaumic EDF

Changement de décor. Troquons les douceurs sucrées pour une atmosphère plus électrique. Situé dans le Jura sur la rivière de l’Ain, le barrage de Vouglans est le troisième plus grand barrage de France métropolitaine avec une capacité de stockage de 600 millions de mètres cubes d’eau. Mis en service le 12 avril 1968 à l’issue d’un chantier mobilisant 600 personnes, il a historiquement permis de réguler le Rhône dans lequel se jetait l’Ain. Soumis à d’importantes variations de débit, le Rhône était ainsi parfois difficilement navigable. Mesurant près de 427 mètres de large au couronnement et 103 mètres de haut, le barrage dispose de quatre vannes de crues qui permettent d’évacuer l’eau en urgence avec un débit de 1.600 mètres cubes par seconde (contre 320 mètres cubes par seconde quand l’eau passe par les turbines). Au total, l’ensemble de l’ouvrage couvre une superficie de 1.600 hectares. Le lac, lui, mesure 35 kilomètres de long.

« Le tourisme industriel est un outil indéniable sur le volet de l’emploi puisqu’il met en avant les entreprises et peut par la suite susciter des vocations. Donner à voir l’industrie d’aujourd’hui est crucial pour attirer des jeunes sur les métiers techniques. »

À plusieurs mètres de l’aval du barrage, est située l’usine de production d’électricité de Saut-Mortier. Cette dernière est ouverte aux visites durant tout l’été à partir du 5 juillet. « Elle produit, en mégawattheure, l’équivalent de la consommation annuelle d’une ville de 27.500 habitants. C’est une très belle installation pour le territoire du Jura », commente Romain Apparigliato, délégué territorial Vallée de l’Ain pour EDF. Selon lui, faire découvrir l’univers de l’hydroélectricité à travers le fonctionnement du barrage-usine de Saut-Mortier conjugue de nombreux intérêts.

Recruter grâce au tourisme industriel

« C’est dans un premier temps pédagogique puisque ces visites permettent d’expliquer au grand public le fonctionnement d’une centrale hydroélectrique, c’est également un moyen de faire passer des messages forts sur les énergies renouvelables. Le tourisme industriel est un outil indéniable sur le volet de l’emploi puisqu’il met en avant les entreprises et peut par la suite susciter des vocations. Donner à voir l’industrie d’aujourd’hui est crucial pour attirer des jeunes sur les métiers techniques. » Très impliqué au sein du programme « Une rivière, un territoire  » d’EDF s’appuyant notamment sur un fonds d’investissement national de huit millions d’euros destiné à contribuer à la création de valeur et d’emploi sur les territoires, Romain Apparigliato insiste sur l’importance du tourisme industriel comme outil au service de l’ancrage territorial.
En plus de la visite de l’usine, les touristes peuvent admirer le barrage grâce à deux belvédères construits en 2019 et accessibles gratuitement. L’un est situé sur la rive gauche sur la commune de Lect et propose une scénographie autour de l’histoire de la construction du barrage avec des dates clés, l’autre, sur la rive gauche (sur la commune de Cernon), offre une vue imprenable sur le barrage grâce à une passerelle suspendue. Prix de la visite du barrage-usine, dix euros par personne sur inscription au 03 84 25 27 47 (à partir de 12 ans, présentation d’une pièce d’identité lors de l’inscription et pour accéder à la visite, port de chaussures plates et fermées, bonne condition physique requise).

Le terroir pour prolonger les vacances

©Office de tourisme de Dijon

Parce que l’on se souvient tous des nougats qu’on a goutés lors d’un périple à Montélimar, des calissons dégustés à Aix ou encore du copieux Kouign amann englouti sur une plage bretonne entre deux baignades, tour d’horizon - non exhaustif - de nos meilleures spécialités locales, légèrement revisitées cet été. Généralement incontournable à l’heure du thé, les nonnettes s’incrustent à l’apéritif en version salée. Deux saveurs sont à découvrir, l’une à l’oignon, l’autre aux pois chiches et menthe. « Ces produits s’intègrent dans une gamme de mini-nonnettes salées. Le format bouchée est très apprécié pour des moments de convivialité », présente la Maison Mulot & Petitjean. À remporter dans sa valise, le Petit Blanc, un fromage de campagne fabriqué avec du lait entièrement issu de la région. Il est fabriqué sur le site de la Laitière de Bourgogne à Sainte-Marie-la-Blanche en Côte-d’Or par la fromagerie Delin qui ambitionne de concevoir toute une gamme 100 % BFC. Pour les envies sucrées, l’entreprise de fabrication de pain d’épices traditionnel de Vercel dans le Doubs, Délicassie, propose une édition limitée de biscuits à messages présentés dans une boîte poétiquement illustrée en hommage à la région signée Créa-bisontine. Enfin, les Anis de Flavigny n’en ont pas fini de se mettre au vert en élargissant la gamme bio, confectionnée avec du sucre de canne bio et équitable. « Désormais, cette gamme propose dix arômes naturels : anis, violette, menthe, mandarine, cassis, réglisse, gingembre, citron, eucalyptus et cannelle-orange  », présente Catherine Troubat présidente des Anis de Flavigny.

Militine Guinet