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93e année

Marais poitevin, un univers végétal et aquatique précieux

Tourisme. Un été ne suffit pas à en explorer tous les recoins. Son périmètre correspond à l’ancien golfe des Pictons, le parc régional du Marais poitevin, grand site de France, avec ses 112.000 hectares, s’étendant sur la Vendée, la Charente Maritime et les Deux Sèvres, et constitue la deuxième zone humide de France. Un paradis pour les amoureux de la nature.

Le Marais poitevin peut être exploré en barque, au rythme de la nature et en toute quiétude. (Crédit : Victor Galice).

Aménagé par l’homme dès le XIe siècle, le Marais poitevin est composé de trois grands ensembles liés à son système hydraulique : le marais maritime, le marais desséché, le marais mouillé. En barque, en canoë, à vélo, à cheval, autant d’activités respectueuses de l’environnement, il est possible de découvrir une faune et une flore exceptionnelles tout autant qu’un patrimoine historique ancien, avec des abbayes millénaires. Les hautes ruines de certaines, comme celle de Maillezais, veillent sur le marais mouillé, cette partie du parc surnommée la « Venise verte » tant ses centaines de canaux en font le pendant végétal de la Sérénissime.

Il est facile de se perdre dans ce labyrinthe de 28.000 hectares inondables. Surveillé par les frênes têtards dont les racines plongent dans les rives des canaux, le visiteur sera saisi par la quiétude des lieux, croisant au passage une faune variée, plus d’une cinquantaine de mammifères terrestres et aquatiques, dont la rare loutre d’Europe ou le plus envahissant ragondin, 377 espèces d’oiseaux, du héron garde-boeufs au râle des genêts à la cigogne et une trentaine d’espèces de poisson. Avec un peu de chance pourra-t-il voir traverser à la surface de l’eau une couleuvre à collier.

L’Abbaye de Maillezais domine le Marais poitevin depuis plus de 1.000 ans. (Crédit : Victor Galice).

SURVEILLÉ PAR L’ABBAYE DE MAILLEZAIS

Le marais mouillé se découvre à bord de plates, embarcations traditionnelles à fond plat menées par des bateliers, dont le faible tirant d’eau et tirant d’air leur permet d’évoluer sans difficultés. Les plus téméraires s’aventureront en canoë là où les barques ne peuvent aller. De nombreux « embarcadères » sont répartis dans le marais mouillé offrant autant de points de départs à cette aventure verte et bleue. L’un d’eux est installé au pied de la majestueuse abbaye de Maillezais élevée sur une île à partir du Xe siècle, dominant les canaux du marais creusés par les moines. L’ancienne église abbatiale, convertie en cathédrale Saint-Pierre de Maillezais en 1317 est laissée à l’abandon à partir de 1666 et vendue comme bien national en 1791, détruite pour une grande partie par les marchands de matériaux. Mais de ses vestiges, aujourd’hui figés dans le temps, transpire une histoire millénaire qui touche chaque visiteur.

BAIE DE L’AIGUILLON

Le marais poitevin est traversé par la Sèvre Niortaise qui se jette en baie de l’Aiguillon dans l’océan Atlantique. Le parc naturel régional inclut soixante-cinq kilomètres de côte maritime allant de Saint-Vincent-sur-Jard au nord en Vendée à Marsilly au sud en Charente- Maritime. La façade en quelque sorte du marais maritime soumis à l’influence des mariées. Les marais desséchés, 47.000 hectares riche d’une extraordinaire biodiversité, sont, sous l’impulsion d’Henri IV, protégés des inondations et des marées par un réseau de digues appelées également levées, dotées d’ouvrages hydrauliques appelés bondes à la limite avec le marais mouillé. Ils se prêtent plus à des balades à vélos comme à Saint Denis du Payré pour découvrir la Réserve Naturelle Nationale Michel Brosselin et sa faune exceptionnelle, paradis des oiseaux migrateurs.

AU RYTHME DE LA NATURE ET DES ENVIES

Guide batelier indépendant, Romuald Fouché est tombé amoureux du Marais poitevin quand il était enfant. Pour lui c’est au lever du jour qu’il livre ses plus belles pépites. Aujourd’hui il propose d’accompagner les visiteurs pour des balades sur mesures en barque, « Au rythme de vos envies ». « Je suis ancien guide batelier salarié d’un embarcadère. Voulant continuer à aller dans le marais car c’est ma passion, fort de mon expérience j’ai orienté les choses vers une proposition plus personnalisée. C’est du sur mesure. Je pars en général souvent tôt le matin, quand les embarcadères ne sont pas encore ouverts. Et la majeure partie de mes balades se fait hors des circuits touristiques. Ce n’est jamais le même parcours. C’est selon le temps, le soleil, c’est très personnalisé pour des sorties qui durent trois heures », explique-t- il. La découverte de cet univers fait de verdure et d’eau s’accomplit dans le calme, à l’écart du tourisme de masse.

« Si on veut vraiment profiter de la quiétude de l’endroit, revenir aux sources de la nature, il faut s’écarter des autres. Pour moi la découverte du marais et le besoin de se déconnecter du monde et se reconnecter à la nature, c’est d’abord de partir là où il n’y a personne et surtout tôt le matin pour avoir à la fraîche, les odeurs, les animaux et le lever du soleil. La faune se réveille à ce moment-là. Après c’est trop tard. » Romuald Fouché connaît aussi l’histoire du marais, l’architecture hydraulique, qu’il raconte à ses passagers. Au départ de Coulon, il fait partager sa passion, en barque le matin et à vélo l’après-midi « qui donne une toute autre physionomie ».

« Je n’ai pas assez de trois heures pour tout expliquer sur le marais, de l’histoire à la faune en passant par la géographie. Partout où les marais ont été asséchés, cela été fait par les moines, glisse-t-il. Ce qui me plaît c’est retourner dans le calme de la nature. Le paysage change selon la saison. Les arbres ne sont pas les mêmes, la hauteur de l’eau est différente. Au printemps c’est plus coloré. À l’automne les arbres perdent leurs feuilles et l’on voit plus loin, on n’est plus au milieu de la végétation touffue. Au mois d’août on peut avoir la brume du petit matin. Ce n’est pas tous les jours mais quand cela arrive c’est magnifique. »

Victor Galice, L’Informateur judiciaire