Une mienne connaissance, prof de son état, est allée discuter avec ses élèves en blocus devant leur lycée. C’est un professeur apprécié et qui dialogue facilement avec cette « jeunesse » dont un quarteron d’experts (ayant depuis longtemps dépassé le mitan de leur vie) parle à longueur d’antenne comme s’ils en étaient encore. Vous avez dit choc des générations ? Mais là n’est pas le propos.
En discutant avec lesdits élèves, le professeur en question a recueilli une réflexion dont il m’a fait part l’air de rien... « Tiens, ça pourrait peut-être faire le point de départ d’un édito... » Cette réflexion la voici, venue en circuit court depuis un « jeune » qui passe son bac à la fin de l’année : « Vous savez quoi monsieur ? Depuis qu’on nous a pris les portables au lycée, on s’est remis à parler et on s’est rendus compte de tout ce qui n’allait pas... »
Voilà qui devrait rassurer les vieux fourneaux qui crient à la jeunesse décérébrée : non, le jeune n’a pas troqué l’intégralité de ses neurones contre du temps disponible pour Tiktok ou Snap. En revanche, les Gafam qui ont mis ces outils à disposition savaient très bien ce qu’ils faisaient en hypnotisant les jeunes citoyens pour en faire des consommateurs. Voilà pour le point 1.
Point 2, en ôtant (fort justement) les portables durant le temps des études, le gouvernement n’avait peut-être pas pris la mesure qu’il ouvrait ainsi la boîte de Pandore. Il n’est bien sûr pas question de légitimer les violences, d’où qu’elles viennent - on en est tout de même à près de 800 blessés parmi les forces de l’ordre et 215 parmi les élèves dont plusieurs sévèrement : main arrachée, oeil en moins et mâchoire fracassée -, mais l’expression politique de ces jeunes à qui on offre une planète en surchauffe, des perspectives d’emploi en berne (merci l’IA), une retraite hypothétique et un avenir en miettes ne devrait pas nous effrayer, bien au contraire : de la confrontation (pacifique, j’insiste) naissent parfois des solutions.
Rappelons que Pandore, fermant en toute hâte la boîte qui a libéré la colère de Zeus, a pu y enfermer une chose inexpugnable de toute humanité : l’espérance. Croyons en cette jeunesse, écoutons-la au lieu de cogner dessus et il en sortira, j’en suis certaine, quelque chose qui fortifiera la démocratie.