J’habite dans un village d’environ 183 âmes, qui, comme l’immense majorité de ses semblables, a plié les votes dès dimanche 15 mars. C’est bien, ça laisse du temps pour le jardinage le week-end d’après, mais cela me prive d’un loisir : le débat de l’entre-deux tours. Heureusement qu’il y a quelques villes en BFC pour nous offrir ce pur moment de démocratie, d’esprit affûté et d’expression oratoire, de finesse d’analyse, de profondeur et de visions politiques enchanteresses. Oh, que j’aime ces joutes verbales à fleurets mouchetés, reflets de cette rhétorique à la française qui date de la Sorbonne, héritée de Démosthène et d’Abélard, émaillées de ces flamboyantes saillies dont l’éloquence n’est, cependant, pas un masque destiné à camoufler le manque d’idées, mais bien l’ultime élégance des discours imprégnés d’une irréfragable fidélité aux valeurs des candidats. Bref : un bonbon, une félicité, du Mozart. Je me réjouissais donc du débat télévisé entre les candidats à la mairie de Dijon rescapés du second tour, la tête pleine de ces réminiscences goûtues : « Vous n’avez pas, monsieur Mitterrand, le monopole du coeur » (VGE à Mitterrand, 10 mai 1974). « Vous l’homme du passé, c’est ennuyeux que vous soyez devenu, sept ans plus tard, l’homme du passif » (Mitterrand à VGE, en 1981). C’était sanglant, mais ça avait de la gueule.
J’avais fait les choses bien, puisque, outre un téléviseur en parfait état de marche et une connexion fiable, j’avais un Chablis bien frais et des cahouètes (les nostalgiques des Guignols de Canal + comprendront). J’en étais donc là, prête à m’esbaudir les esgourdes quand Thierry Coudert (RN) qui a visiblement pris Emmanuel Bichot (LR et alliés) en grippe lui a asséné un « Vous êtes complètement asexué politiquement » avant de remettre le couvert un peu plus tard : « Vous parlez de dignité, mais vous faites le tapin ». Si j’étais psy, je dirais que ce champ lexical situé entre le nombril et la mi-cuisse révèle chez le sieur Coudert un certain nombre de traumas et de « noeuds émotionnels » qu’il ne m’appartient pas de commenter ici et que de débat... il n’y en eu point. C’était tellement nul que j’ai rebouché le Chablis et rangé les cahouètes. La prochaine fois, j’irai directement au potager.