Me voilà de retour avec dans les mains la barre du Titanic gentiment remise par mon collègue Frédéric Chevalier, à qui le mois de juillet et le contexte général (la guerre, Trump, la loi d’urgence agricole, la canicule, tout ça, tout ça), n’ont pas réussi. Ma mission, si je l’accepte, est donc d’éviter l’iceberg, de le laisser pour les ours polaires ou, éventuellement, en prélever un cube pour le glisser dans un cocktail vert comme un Grasshopper par exemple [1], vert comme la couleur de l’espoir. C’est pourquoi je vous livre ici quelques minuscules parcelles dudit. De rien, ça fait plaisir.
Petit 1) Alors que la presse est en train de couler tel un paquebot de légende, transpercée par l’IA, les journalistes courtisans de leurs patrons milliardaires et une audience qui a choisi TikTok pour s’informer, il se trouve que j’ai accompagné la semaine dernière mon amie Virginie dans sa tournée. Virginie est journaliste. Il y a vingt ans, avec un petit legs offert par sa grand-mère qui lui a ordonné de réaliser son rêve, elle a créé « son » journal qu’elle a baptisé Mamie Pétille. Un média qui lui ressemble : généreux, curieux, préférant les chemins de traverse aux autoroutes et bienveillant. Depuis vingt ans, elle a usé quelques voitures à arpenter son Morvan et au-delà pour rencontrer des artistes, des commerçants, des artisans, des amoureux du patrimoine ou des animaux, des gourmands, des jeunes, des vieux, des...
Nous étions ensemble sous le cagnard à Avallon pour distribuer son magazine (gratuit), dans les commerces ravis de lui offrir un bout de comptoir et ça n’a pas traîné : « Oh, c’est vous ! C’est super votre magazine, n’arrêtez jamais ! » lui a glissé notre voisine au restaurant. « Oh, Mamie Pétille », a fait un monsieur tout content de prendre son exemplaire au cul du coffre, « je les ai tous ! » « Oh, Mamie Pétille, on vous adore » a lancé une dame sur le trottoir. Etc. etc. Et le tout, en moins d’une heure. Ben moi, ça m’a fait sourire tout le long. Et ça me réconforte de savoir qu’un média aussi anachronique, qui ferait hurler n’importe quel expert des écoles de journalisme, soit la star de son territoire...
Petit 2) La semaine dernière, une autre Virginie, qui aura les honneurs d’un de nos prochains portraits. Celle-ci, cheffe d’entreprise et aviatrice, s’est donné comme mission de sauver des vies : celles des Beagles, « nés pour mourir » comme elle le dit, et plus précisément pour servir aux expérimentations médicales. Depuis 1999, Virginie les récupère auprès des laboratoires qui habituellement les euthanasient à l’issue des protocoles, les rassure, leur apprend ce qu’est le monde puisqu’ils n’ont connu que des univers aseptisés et des humains masqués et leur trouve des familles. La regarder ouvrir une à une les cages dans son jardin, encourager ces chiens dont certains sont encore des chiots à oser poser une patte sur l’herbe, réconforter ceux trop traumatisés pour bouger, jouer avec les autres, si ça ce n’est pas de l’espoir dites-moi ce que c’est !
D’ailleurs en repartant de chez cette Virginie-là, je suis passée devant l’Espérance, l’ancien restaurant étoilé du chef aujourd’hui disparu Marc Meneau. Laissé à l’abandon par ses racheteurs, squatté, abîmé, il a été enlevé aux enchères par Maryline Martin, co-fondatrice de Guédelon, un château recréé pierre par pierre selon les méthodes et avec les outils médiévaux. Devant le bâtiment, il y a un panneau : « Le renouveau de l’Espérance » qui détaille le projet de réhabilitation du lieu. Pour moi qui ai eu la chance de connaître l’adresse du temps de sa splendeur, et d’y goûter des mets légendaires, voir l’Espérance revivre, ça m’a redonné foi en l’avenir.
Ben en fait ?! Ça fait un petit 3), non ? Trois raisons de laisser monter en soi une bouffée d’espérance... je crois que cette semaine, on a évité l’iceberg !
[1] L’abus d’alcool est néfaste pour la santé. À consommer avec modération !