Humeur

Et Dieu créa la haine

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Emmanuelle de Jesus
Emmanuelle de Jesus

Vous connaissez le fameux « Séparer l’homme de l’artiste », qui permet de continuer pépouze à lire Céline (#antisémitisme), d’apprécier le cinéma de Polanski (#agresseur sexuel) ou le génie de Depardieu (#violeur) sans trop de gêne aux entournures ? On l’a vu à l’oeuvre, ce dilemme moral, à l’heure de célébrer Brigitte Bardot, oui parce que ça marche aussi avec la femme-artiste.

BB, normalement, avait tout pour devenir une icône féministe : belle à damner, elle a exposé son corps et arrêter de le faire quand elle l’a décidé, s’est mariée et a piétiné son contrat dans la foulée en s’affichant avec ses amants, a renié tout instinct maternel avec l’air de s’en fiche complètement et est devenue économiquement indépendante dans une industrie cinématographique et musicale ultra dominée par les hommes. Son amour inconditionnel des bêtes à poils et à plumes lui faisait régulièrement sortir les griffes envers les puissants qui, à son avis, n’en faisait pas assez pour la cause animale.

Tout cela nous faisait une image un peu mythique, moitié fantasme-moitié folle aux chats, une de ces zinzins adorables sauf que... BB c’était aussi le Front national puis le RN, des diatribes anti-immigrés, une sincère amitié avec Marine le Pen, « Jeanne d’Arc du XXIe siècle », beaucoup moins adorable d’un coup. Brigitte Bardot, partie dans son cercueil d’osier, nous aura fait réfléchir une dernière fois sur la nature humaine, capable du meilleur dans l’émancipation et la valse du qu’en-dira-ton et du pire dans l’abjection.

Moi je garde en tête, et même si je m’en défends, sa voix mutine et ironique chantant Claude Bolling ou Serge Gainsbourg, son duo explosif avec Jeanne Moreau dans Viva Maria ou la façon dont elle vampait Gabin dans En cas de malheur. Dieu, en créant la femme a aussi créé la haine et BB nous laisse nous débrouiller avec ça.