Une légende raconte que les peuples autochtones du Groenland dispose de plusieurs dizaines de mots pour désigner la neige selon sa texture, sa portance, sa capacité à pouvoir être ou non utilisée pour fabriquer un abri, sa couleur... C’est très joli, probably faux et de toute façon ça ne pèse pas bien lourd face à un Donald Trump qui, pour qualifier le Groenland, n’a que deux mots : « For sale » (à vendre) avec en face un seul acheteur, lui-même.
Le Groenland, territoire autonome constitutif du royaume du Danemark, ne fait pas à proprement parler de l’Union européenne, mais ses habitants ont un passeport européen. Voilà pour le contexte. Ce territoire glacé, qui change de physionomie aussi vite qu’un Miko en plein mois d’août à cause du réchauffement climatique, est devenu l’obsession de l’agent orange. Officiellement, le Groenland est un couloir stratégique, une menace pour la sécurité des USA, un gisement de terres rares, on en passe.
La vérité est que, chafouin de n’avoir pas eu son Prix Nobel de la Paix (même si sa nouvelle bestie, la présidente par intérim du Vénézuela lui a offert le sien), Donald Trump a fait savoir au Premier ministre norvégien que puisque c’est comme ça... « Considering your Country decided not to give me the Nobel Peace Prize for having stopped 8 Wars PLUS, I no longer feel an obligation to think purely of Peace » (Vu que votre pays ne m’a pas donné le prix Nobel de la Paix alors que j’ai stoppé plus de huit guerres, je ne me sens plus obligé de penser uniquement à la paix), a-t-il écrit dans le style élève de 6e pas doué qui le caractérise - prouvant du même coup à quel point il était peu digne d’une telle récompense.
Depuis il a mis de la glace dans son bourbon, rengainé ses menaces de hausse douanières, trouvé un accord avec le chef de l’Otan pour que les USA renforcent quand même leurs positions sur l’Arctique... Mais tout cela, uniquement ce vendredi 23 janvier 14 h 29, heure française, au moment où j’écris ces lignes. Connaissant le bonhomme, tout peut encore changer pour peu que son gros ego, chatGPT, ou un autre machin aléatoire ne vienne faire dévier de sa route hasardeuse le cheminement de ce qui lui sert de pensée.
Le plus terrible dans tout cela est que, fort de son énorme puissance économique et militaire, il aura suffit que Donald Trump éructe, menace et tempête pour que son exigence de prendre possession d’une manière ou d’une autre du Groenland ne passe, au fil des heures, de « parfaitement incongrue » à « envisageable sous condition ». Un concept théorisé sous le nom de « fenêtre d’Overton », qui permet, sans trop de casse, de faire passer comme acceptables dans l’opinion publique des idées jugées, peu de temps auparavant, complètement dingues. Il suffit pour cela d’un gros bonhomme, d’une grosse armée, d’un gros culot et d’une Europe divisée pour que ladite fenêtre s’ouvre en grand.
La seule réjouissance dans tout cela est le clip 100% IA mettant en scène des ours polaires, des pingouins surarmés, des morses, des orques... (et quelques représentants humains) prêts à défendre chèrement leur Arctique face à la menace du grand méchant aigle (qui finit mal). Vous me direz que l’IA, ça bousille la planète et menace un peu plus les glaces polaires. Finalement il suffirait d’un peu de patience à super Donald pour qu’il puisse s’emparer sans coup férir d’un continent totalement bousillé. Mais bon la patience, quand on est maître du monde, ça va bien cinq minutes...