Humeur

King of bons mots

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Emmanuelle de Jesus

Pendant longtemps, soooo long de son point de vue n’en doutons pas, Charles a été ce type un peu falot, avec une tête de benêt et des pavillons auriculaires claquant au vent, surtout connu pour avoir épousé et fait deux enfants, dont un futur roi d’Angleterre, à une princesse universellement aimée, la divine Diana, tout en aimant sans s’en cacher une autre femme, marchant en queue de pie derrière sa redoutable queen de maman.

Les Anglais eux-mêmes qui adorent leurs monarques et ne se privent pas au nom du « Qui bene amat bene castigat » de les moquer, ont même une charmante tasse à son effigie, avec les oreilles pour servir d’anses, c’est moche à souhait mais ça fait rire au breakfast. Bref.

Élisabeth II n’en finissant pas de ne point s’éteindre, des voix s’élevaient même pour enjoindre Tchârlz d’abdiquer au décès d’icelle afin de laisser la place aux séduisants William and Kate. Nonsense ! Devenu roi avec sa Camilla chérie à ses côtés, Charles s’est épanoui et endosse avec brio son costume de VIP de l’Angleterre.

C’est dans ce cadre qu’il était la semaine dernière aux États-Unis où il s’emploie à rafistoler les relations entre les deux pays, mises à mal par Donald Trump qui fustige régulièrement la politique du premier ministre Keir Starmer, parce que les Anglais sont super méchants de pas supporter davantage cette très bonne guerre, je vous le fais à la Trump.

Invité à prononcer un discours au Congrès, le monarque s’est taillé un joli succès en ponctuant celui-ci de piques

CAPTURE D’ÉCRAN COMPTE X WHITE HOUSE

mouillées d’acide. Censé célébrer les 250 ans de la Déclaration d’indépendance des colonies américaines de la couronne britannique, Charles III s’est en effet permis un rappel historique : « Les Pères fondateurs étaient des rebelles courageux et dotés d’une grande imagination, animés d’une juste cause... Il y a 250 ans... C’est-à-dire hier, comme on dit au Royaume-Uni » avant de remettre son hôte à sa place : « Vous avez récemment déclaré, monsieur le Président, que sans les États-Unis, l’Europe parlerait allemand. Permettez-moi de rappeler que, sans nous, vous parleriez français ! » Hilarité des parlementaires présents, rire jaune de Donald Trump tandis que Charles riait de son bon mot.

Voilà pour le côté plaisant. Mais le roi a également fait référence à la « Magna Carta » britannique, préliminaire de l’État de droit, rappelant au président américain que leurs pays sont grands par « la stabilité et la clarté des règles, un pouvoir judiciaire indépendant pour résoudre les différends et rendre des jugements impartiaux ». Une ironie cinglante alors que la mégalomanie et la tentation autocratique de Donald Trump ne connaissent aucune limite, un coup d’œil sur son projet de passeport Premium en édition limitée, avec son portrait en face de celui des Pères fondateurs de la nation américaine, rien que ça, suffit à s’en convaincre…

« Le pouvoir tend à corrompre, le pouvoir absolu corrompt absolument », écrivait Lord John Emerich Edward Dalberg Acton, qui disait aussi : « La liberté n’est pas le droit de faire ce que nous voulons, mais le droit d’être en mesure de faire ce que nous devons faire ». Pas certaine que cette sagesse ne parvienne à traverser l’Atlantique, pourtant la citation originale est en anglais. Mais comme le disait Oscar Wilde, quintessence de l’esprit british, « L’Angleterre et l’Amérique n’ont plus rien désormais qui les distingue, sauf bien entendu, le langage ». Ah, ils sont forts, ces Anglais…