Humeur

L’État joue à l’apprenti... sorcier

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Emmanuelle de Jesus
Emmanuelle de Jesus

C’était, plus qu’une promesse, un manifeste, presque une cause nationale : la France devait devenir l’Eldorado de l’apprentissage, avec l’objectif du million d’apprentis dans notre pays en 2027. Objectif atteint : les chiffres 2024-2025 du ministère de l’Éducation nationale pointent 1.050.000 apprentis (dont 15.733 pour l’académie de Besançon et 2.440 pour celle de Dijon).

L’apprentissage ? « une voie d’excellence et la meilleure garantie, tous niveaux de qualification confondus, d’une insertion plus rapide et de qualité sur le marché du travail » (Astrid Panosyan-Bouvet, ministre du gouvernement Barnier, chargée du travail et de l’emploi en avril 2025, devant le Sénat). Que de l’amour, mais rapidement étranglé par les contraintes budgétaires que l’on sait. De coup de rabot sur les aides aux entreprises qui signent des contrats en alternance aux renégociations à la baisse avec les Opco, des organismes consulaires inquiets à la prolifération des formations qualifiantes en ligne, l’Eldorado risque de se ternir un peu. Autre indicateur : sur les contrats signés, 40%, relève l’Éducation nationale, concernent des formations de niveau Master... On est loin de l’image d’Épinal de l’apprenti aux doigts d’or.

Le nouveau ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, ne l’a d’ailleurs pas caché aux sénateurs : le niveau de soutien par les fonds publics aux employeurs d’apprentis dans le supérieur « fait partie des thèmes d’optimisation que l’on veut poursuivre », reconnaissant que la croissance de l’apprentissage du supérieur n’a « peut-être pas » été contrôlée, a souligné le ministre. « On peut faire quasiment aussi bien avec un peu moins » (d’argent, s’entend), sans « renoncer à l’apprentissage originel » visant les niveaux bac et infra-bac. On l’entend. Mais au sortir d’une séquence budgétaire plus que chaotique, et dans l’attente de l’avis des Sages du conseil constitutionnel saisi par le Premier ministre, tout le monde se demande à quelle sauce il va être mangé. Pas simple, alors qu’on est encore en plein dans les voeux ParcoursSup, de se projeter pour les futurs bacheliers.

Quant aux entreprises, n’en parlons pas : c’est maintenant, alors qu’elles sont confrontées à des tensions dans de nombreux secteurs, aux départs en retraite, à l’indispensable transmission des savoir-faire, à la montée en compétences des métiers de l’industrie ou à l’entrée fracassante de l’IA qu’elles auraient besoin de s’appuyer sur un réseau solide d’organismes de formation professionnelle sereins. La solution ? Comme vous pourrez le lire dans notre dossier spécial (pages 7 à 23), c’est la résilience à marche forcée et une adaptabilité toute darwinienne que ces organismes doivent assumer afin d’offrir aux jeunes qu’ils accueillent des raisons de croire en l’avenir.