Humeur

La culture pousse en terrain... politique

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Emmanuelle de Jesus

Il n’aura échappé à personne que dans 220 jours à la louche, nous aurons un.e nouveau.elle président.e, (qui dans ce dernier cas si l’on en croit les sondages, sera - quoique, c’est pas sûr au vu des calendriers des appels, pourvoi en cassation etc etc - porteuse et c’est inédit sous la Ve pour un chef d’État français en exercice, d’un modèle de joaillerie issu des plus belles collections du ministère de la Justice). Une Le Pen, donc, à l’Élysée. Et là, privilège de l’âge, je me souviens des sanglots longs des violons du monde de la culture qui en 1995, lorsque Marignane, Toulon et Orange tombèrent dans l’escarcelle du FN de Le Pen Jean-Marie, montèrent des barricades pour protester contre l’arrivée de l’extrême-droite au pouvoir. Ça s’empoignait sévère dans les journaux mais d’un point de vue général, le FN, ancêtre du RN, et la culture, ne faisaient pas bon ménage.

Du temps et la Seine sont passés sous le pont Mirabeau. La culture fait les frais des restrictions budgétaires et en régions, les présidents deviennent directeurs artistiques et, via les subventions aux compagnies et lieux culturels, décident ce qui doit ou non être produit et donc susceptiblement vu par le public (spéciale dédicace au LR Laurent Wauquiez et à l’Horizon Christelle Morançais). Mais revenons à nos RN : pas plus tard qu’en juin dernier, on apprenait l’annulation de la pièce de théâtre Passeport, d’Alexis Michalik, par la municipalité Rassemblement national de Castres, au motif qu’elle donnait des forces de l’ordre et de la migration une image 1) négative et 2) angélique. Inutile de dire que sur les réseaux qui ont remplacé les journaux (où, au moins, on éliminait les insultes, les délits racistes et les fautes d’orthographe), les thuriféraires s’en sont donné à coeur joie : « Le maire il fait se qui veux il vont commencer a nous casser les Bur... » (par un gars qui se dit correspondant du journal local, c’est limite si on ne préfère pas l’IA dans ce cas) ai-je pu lire - avant de foncer chez mon ophtalmo, j’avais les yeux qui saignaient. Bon. Et après ? Ben rien. Ah si : la mairie PS de Lomme a ouvert son théâtre pour que la pièce soit jouée.

Que nous apprend cette histoire ? Que la culture, loin d’être une variable d’ajustement des budgets ou une occasion de se faire briller le nombril entre gens qui pensent pareil, devrait être une arène où se frottent les idées, s’agrippent les consciences, où les esthétiques s’exposent et où l’humanité progresse vers autre chose qu’une guérilla géante. C’est en tous cas la conviction de Christine Martin, adjointe en charge de la Culture à Dijon, qui fait l’objet de notre portrait. C’est aussi la promesse de la saison 2026/2027 des scènes de la région.

Alors nom de Zeus, sortez de chez vous, levez le nez de vos écrans, et allez les voir ces spectacles ! Au pire, ça ne vous plaira pas, au mieux vous allez adorer (et pshitt un coup de dopamine), sinon, vous allez vous ennuyer, mais vous ferez cela en communion avec d’autres spécimens humains (ça active les neurones miroirs, ça développe l’empathie), vous pourrez échanger, vous émouvoir ou vous agacer ensemble et, icing on the cake, sans me causer des pétéchies. Mon ophtalmo, le trou de la sécu (tout comme la Nation, et notre devise républicaine) vous diront merci. Pas convaincus ? Faisons un pari : d’ici à la Noël, comme disaient les anciens, au lieu de faire courir vos doigts sur des claviers éreintés ou d’user les ophtalmos en regardant CNews, payez-vous un siège à l’opéra, au théâtre, au concert. Vous apprendrez en les vivant tous les bienfaits de l’art, ainsi qu’Horace (le poète) les avait synthétisés dans son traité Ars Poetica, également baptisé Épître aux Pisons. Et on en reparle en mars, sous le mot d’ordre : « Noël aux balcons, Pâques aux Pisons ». Rideau.