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93e année

La Russie a un incroyable talent

Frédéric Chevalier.

Si le Guinness Book avait une catégorie « cynisme » il ne faudrait pas chercher bien loin pour en trouver le champion. Vladimir Poutine en chantre de la propagande coche assurément toutes les cases. Dernière preuve en date, la mise au vote d’un projet de résolution humanitaire relatif à l’Ukraine, par la Fédération de Russie, à l’Assemblée générale des Nations-Unies, le 23 mars. Un texte évidement rejeté par le conseil de sécurité, jugeant l’initiative « honteuse ». Dans une volonté de culpabiliser l’Occident, avec une impudence sans limite, à la frontière de l’obscène, celui qui est à la fois l’agresseur et l’auteur de cette résolution a énuméré les bienfaits qu’aurait amenés son projet avorté : « cessez-le-feu », « mise en place d’un couloir humanitaire », « traitement humain des prisonniers de guerre »

Une proposition qualifiée par Moscou comme étant « de bonne foi », et qui aurait aidé à soulager les souffrances du peuple ukrainien, peuple utilisé comme « bouclier humain » par les dirigeants de Kiev, qui abriteraient, toujours selon la Russie, des armes lourdes dans des hôpitaux et des crèches. Face à ces propos aux allures de one-man-show bodybuilder aux stéroïdes d’humour noire, le représentant français Nicolas de Rivière a accusé la Russie de « chercher à imposer des réalités alternatives et à instrumentaliser ce Conseil ». Que le texte proposé « constitue une manoeuvre de Moscou pour légitimer son agression contre l’Ukraine ».

Arguant que : « Si la Russie se préoccupe tant du sort des populations civiles, elle n’a qu’une seule chose à faire : arrêter son offensive et retirer ses troupes d’Ukraine ». « Alors que la Russie poursuit son invasion répréhensible de l’Ukraine depuis un mois, que des civils sont attaqués, blessés et tués, et que des maisons, écoles et hôpitaux sont bombardés par la Russie, ce que nous avons devant nous n’est pas un projet de résolution humanitaire neutre et équilibré, c’est une diversion », a dénoncé pour sa part la représentante de Norvège Mona Juul.

Quant à l’ambassadrice américaine Linda Thomas Greenfield, elle a déclaré : « La Russie ne se soucie pas de la détérioration des conditions humanitaires. Si elle s’en souciait, elle arrêterait de se battre. La Russie est l’agresseur, l’attaquant, l’envahisseur, le seul parti en Ukraine engagé dans une campagne de brutalité contre le peuple ukrainien, et elle veut que nous adoptions une résolution qui ne reconnaisse pas sa culpabilité ! », insistant ainsi sur l’hypocrite astigmatisme dont semblerait souffrir la Russie au vu de son incapacité à bien voir les choses en face.

Frédéric Chevalier