Humeur

La salsa du Démos

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Emmanuelle de Jesus

Privez-moi de sommeil et ça part en vrille. Or en ces moments caniculaires, les nuits à 25° dans la chambre, le coucher à des heures indues pour moi qui ai besoin de mes sept heures de dodo (or je me lève tôt) et l’irrésistible appel toutes les deux heures de la carafe d’eau fraîche dans le frigo (un étage au-dessous), autant vous dire que ça me met le cervelet en ébullition sur l’oreiller et la sarabande dans les guibolles sur des airs caliente qui finissent en A (samba, rumba, chacha, salsa).

Cogito ergo sum a dit Descartes, mais cogito quand pas dormito, ça me fait penser à des trucs un peu trop perchés pour espérer glaner une ou deux heures de récupération pour mon capital sommeil. Or donc en ce moment : la démocratie. Je ne sais pas si ce sont les élections qui approchent, les réseaux sociaux ou parce que mes synapses aiment bien faire des nœuds, mais ça m’occupe pas mal le lobe frontal.

La démocratie, c’est une invention des Athéniens au Ve-IVe siècle avant J.-C. : tirage au sort de citoyens sans distinction de richesse (par contre : exclusion des femmes, des esclaves et des étrangers, on peut pas tout avoir) pour être magistrats, c’est-à-dire exécutants des décisions prises par l’Ecclésia, l’assemblée populaire des citoyens, discussions sans fin sur le gouvernement de la cité, délibérations collectives, recherche d’une solution négociée, rhétorique, feta et olives (on est en Grèce ou pas ?). La démocratie c’est donc littéralement le pouvoir du peuple (le « Démos »), par le peuple, pour le peuple.

Intervention de mon for intérieur : « ipso facto (oui mon for intérieur a fait latin renforcé), le peuple athénien avant J.-C. on voit bien, mais aujourd’hui, le peuple c’est quoi ? » Ouch. Et c’est parti pour le cirque : lever de l’oreiller, verre d’eau, retour chambre à coucher, loupiotte, pile de livres sur la table de chevet. Livre : Démocratie ! Manifeste, par la philosophe Barbara Stiegler et l’historien Christophe Pébarthe. On y lit que si le Démos est une idée abstraite, non sensible, il devient concret dès lors qu’il se cristallise dans une « foule prodigieuse » par exemple lors de la Prise de la Bastille (le 14 juillet c’est bientôt !).

Et donc, poursuit lobe frontal, celles et ceux qui manifestent devant les tribunaux pour réclamer une loi intégrale contre les violences sexuelles, c’est le peuple ou pas ? Oui, s’auto-répond ledit lobe après une rapide introspection. Ben pourtant, s’auto-rétorque le lobe, c’est une attaque contre la justice donc contre un des piliers de notre République ! Certes, s’auto-réplique patiemment le lobe, mais la République, c’est pas la Démocratie, puisque ce sont ses représentants et non le peuple, qui la dirige... Tu veux t’auto-dire, s’alarme lobe, qu’on ne vit pas en démocratie ? Ben si, s’énerve lobe, pas au sens athénien, mais... Bon ben voilà. La seule bonne nouvelle, c’est que c’est l’heure de se lever...